Sous le signe de la pression et de la dernière chance. Installé le 24 avril dans ses fonctions de maire de Libreville par le ministre de l’Intérieur, Adrien Nguema Mba, Eugène Mba a aussitôt installé ses cinq adjoints, au terme d’une séquence politique marquée par de vives tensions. Avertissements fermes du gouvernement, exigences de réformes immédiates : l’édile prend les commandes d’un Conseil municipal fragilisé par les divisions, sommé de restaurer ordre et efficacité.

Adrien Nguema Mba installant Eugène Mba, le 24 avril 2026. © D.R.

 

Dès son discours, le ministre de l’Intérieur, Adrien Nguema Mba, a insisté sur l’expérience des nouveaux responsables municipaux, dont plusieurs ont déjà exercé des fonctions de maire d’arrondissement ou au sein de l’Hôtel de ville. Un atout, selon lui, qui implique des responsabilités accrues. Mais derrière cette confiance affichée, le ton s’est rapidement durci. Le membre du gouvernement a dressé un constat sans détour des dysfonctionnements récents, appelant à une cohésion immédiate au sein de l’exécutif municipal. «Si l’un de vous échoue, c’est tout le bureau qui en pâtira», a-t-il averti, pointant les divisions internes ayant fragilisé l’institution.

Le ministre n’a pas manqué de saluer le travail du maire sortant, Pierre Matthieu Obame Etoughe, notamment pour l’audit des ressources humaines engagé durant son mandat. Un travail jugé «immense» et appelé à servir de base au redressement de la municipalité. Cette reconnaissance s’est accompagnée cependant d’un message clair : les querelles politiques ont failli coûter cher à la commune. Jusqu’à évoquer une option radicale un temps envisagée par les autorités : la dissolution du Conseil municipal. Une décision finalement écartée, présentée comme une «dernière chance» accordée par le chef de l’État.

Dans un contexte marqué par l’entrée du Gabon dans la «5e République», le ministre a insisté sur le caractère «historique» des responsabilités qui pèsent désormais sur les élus locaux. «Tous les yeux de la République sont braqués sur vous», a-t-il indiqué, dans un discours aux allures de rappel à l’ordre.

Parmi les priorités fixées : restaurer l’harmonie au sein du Conseil, revoir le fonctionnement budgétaire et renforcer la collaboration avec les mairies d’arrondissement. Le ministre a notamment critiqué la faiblesse des dotations allouées à ces dernières lors du Conseil municipal du désaveu du maire sortant, 70 millions de francs CFA, jugées insuffisantes face aux besoins exprimés.

Au-delà de la discipline interne, c’est une transformation en profondeur du fonctionnement municipal qui est attendue. Le ministre a plaidé pour une déconcentration des services de l’Hôtel de ville vers les arrondissements, ainsi que pour la création éventuelle de nouveaux postes en attendant une révision de l’organigramme. Autre enjeu majeur : la gestion budgétaire. Alors que le budget primitif à adopter pourrait toujours être de l’ordre 30 milliards de francs CFA, les autorités exigent une meilleure répartition des ressources, longtemps absorbées par les salaires et le fonctionnement. Une cellule dédiée au transfert de compétences devrait être mise en place rapidement.

Le discours ministériel a pris une tournure particulièrement ferme sur la question de la gouvernance éthique. Le nouveau maire a été explicitement invité à éviter toute forme de favoritisme familial et à s’appuyer sur les compétences internes de l’administration. Dans le même esprit, un avertissement clair a été adressé contre les détournements de fonds, avec un regard appuyé sur la Direction des marchés, pointée comme un foyer de dérives. «On ne vient pas à la mairie pour se constituer un matelas financier», a martelé le ministre. Avec cette investiture sous tension, Eugène Mba entame son mandat dans un climat de vigilance accrue. Entre attentes politiques, impératifs de réforme et exigence de résultats, le nouveau maire joue désormais une partition décisive pour l’avenir de Libreville.

 
GR
 

0 commentaire

Soyez le premier à commenter.

Poster un commentaire