Un rapport onusien met en garde contre un scénario de panne numérique mondiale aux conséquences systémiques. Entre effets en cascade, vulnérabilité des infrastructures et impréparation des États, les experts estiment qu’une crise majeure n’est plus hypothétique, mais inévitable à terme.

L’UNDRR, l’UIT et Sciences Po Paris décrivent un scénario de « pandémie numérique » dont la probabilité est jugée sous-estimée, alors même que le monde n’y est pas préparé. © Avishek Das/Zuma Wire

 

Une panne généralisée d’Internet pourrait paralyser les systèmes de paiement, désorganiser les hôpitaux, perturber les réseaux électriques et réduire au silence les services d’urgence. Dans un rapport publié le 5 mai 2026, le Bureau des Nations Unies pour la réduction des risques de catastrophe (UNDRR), l’Union internationale des télécommunications (UIT) et Sciences Po Paris décrivent un scénario de « pandémie numérique » dont la probabilité est jugée sous-estimée, alors même que le monde n’y est pas préparé.

Selon les experts, les défaillances des infrastructures numériques sont susceptibles de déclencher des perturbations en cascade, traversant les secteurs et les frontières. Le rapport souligne que jusqu’à 89 % des impacts ne résultent pas du choc initial, mais de ces effets systémiques, avec un nombre de personnes touchées pouvant être jusqu’à dix fois supérieur à celui des populations directement exposées.

Des vulnérabilités systémiques aux effets en cascade

Plusieurs scénarios critiques sont détaillés. Une tempête solaire comparable à celle qui a frôlé la Terre en 2012 pourrait endommager satellites et réseaux électriques, interrompant communications et transactions financières. Des vagues de chaleur extrêmes risqueraient, quant à elles, de surcharger les centres de données, compromettant le fonctionnement des hôpitaux et des services d’urgence. Les câbles sous-marins, qui transportent plus de 99 % du trafic Internet mondial, constituent également un point de vulnérabilité majeur : leur détérioration pourrait isoler des régions entières pendant plusieurs semaines.

« Et si nos systèmes numériques s’effondraient… maintenant ? », a interrogé la secrétaire générale de l’UIT, Doreen Bogdan-Martin, lors d’une conférence de presse à Genève. « Nous ne pourrions pas suivre cette conférence de presse en direct. Les lumières de cette salle s’éteindraient probablement. Les systèmes de paiement finiraient par se bloquer, les appels d’urgence auraient du mal à passer et il serait de plus en plus difficile d’accéder à des informations fiables sur la conduite à tenir. Une telle panne est plus probable que vous ne le pensez », a-t-elle averti.

Une préparation insuffisante face à une crise jugée inévitable

Le rapport met en évidence la dépendance croissante des sociétés modernes à des systèmes numériques interconnectés, exposés à des risques multiples : catastrophes naturelles, pannes d’infrastructures, phénomènes météorologiques extrêmes, débris spatiaux ou tempêtes solaires. Pourtant, les États restent insuffisamment préparés, notamment face à des défaillances à grande échelle des satellites, des réseaux électriques ou des câbles sous-marins, ainsi qu’aux perturbations non intentionnelles.

Face à ces menaces, les auteurs appellent à une réponse coordonnée à l’échelle internationale. Ils recommandent notamment le renforcement des normes, le maintien de capacités de secours analogiques, ainsi qu’une meilleure coordination autour des infrastructures critiques, qu’il s’agisse des systèmes spatiaux, des centres de données ou des réseaux sous-marins. Le rapport insiste également sur la nécessité d’actualiser les cadres de gestion des risques, de mieux cartographier les interdépendances entre secteurs et d’améliorer les dispositifs de préparation.

« Comme le souligne le rapport, le risque d’une catastrophe numérique n’est pas une question de [si], mais de [quand]. Nous ferions donc mieux de commencer à nous y préparer dès maintenant », a insisté Kamal Kishore, chef de l’UNDRR.

 
GR
 

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