Dans une Grande Interview accordée lundi 4 mai au quotidien L’Union, le président de la République Brice Clotaire Oligui Nguema a livré, au terme de sa première année de mandat, un bilan d’une franchise rare. Ni plaidoyer pro domo, ni mea culpa de façade, un exercice de vérité, conduit pendant près d’une heure au Palais des Congrès Omar Bongo Ondimba, devant quatre journalistes du quotidien national.

Oligui Nguema devant quatre journalistes du quotidien national : «Ce peuple m’a fait confiance pour changer son quotidien. C’est un contrat sacré.» © L’Union

 

Il y a un an, le 4 mai 2025, Brice Clotaire Oligui Nguema prêtait serment avec 94,85 % des suffrages. Un score qui était davantage qu’un plébiscite : l’expression chiffrée d’une attente collective immense, accumulée durant des décennies d’immobilisme. Un an plus tard, L’Union l’a convoqué à l’heure des comptes. Il a répondu. Frontalement.

La tonalité est posée dès les premières répliques, avec une formule qui résume à elle seule l’état d’esprit revendiqué : «Je ne suis ni dans l’autosatisfaction, ni dans le découragement. Je suis dans l’action.» Trois propositions. Trois postures. Un programme existentiel.

La lucidité comme boussole

Car ce qui frappe, dans cette interview fleuve, c’est d’abord le refus du confort narratif. Oligui Nguema ne cède ni à la tentation du bilan glorieux, ni à la rhétorique du temps long comme alibi commode. «Je suis dans un état d’esprit de détermination absolue. Un an, c’est à la fois beaucoup et très peu», concède-t-il. Beaucoup, parce que les fondations de la Ve République ont été posées : Constitution, élections libres, retour à l’ordre constitutionnel. Très peu, parce que le Gabon dont il a hérité était «quasi en ruine», avec plus de 7 500 milliards de francs CFA de dettes, des infrastructures abandonnées, des services publics en lambeaux.

C’est dans cet écart, entre la profondeur du gouffre et l’urgence des attentes, que se loge la vérité politique du moment. «Derrière les 94,85 % des suffrages exprimés, il y a aussi l’expression de la détresse des Gabonais», lâche-t-il, avec une gravité qui dit tout. La légitimité électorale n’est pas une rente. C’est une dette contractée envers un peuple. «Ce peuple m’a fait confiance pour changer son quotidien. C’est un contrat sacré, et je me dois de le respecter

Des mots qui tranchent

Sur l’emploi, il désamorce la polémique autour des 163 000 postes annoncés en restituant la temporalité réelle : une projection sur sept ans, adossée à des emplois directs et indirects déjà en cours de création : 88 000 dans la seule Fonction publique en mars. «Je comprends cette impatience. Les Gabonais ont souffert pendant des décennies et ils réclament des résultats immédiats», reconnaît-il, avant de rappeler l’équation impossible léguée par le régime précédent.

Sur le FMI, sa déclaration est peut-être la plus structurante de l’entretien : «Lors de leur dernier passage à Libreville, j’ai personnellement demandé que nous procédions à un audit complet et rigoureux de la dette publique gabonaise.» Et d’enfoncer le clou : «Je ne signerai jamais un accord qui demande aux Gabonais de se serrer la ceinture pendant que les gaspillages continuent.» La souveraineté budgétaire comme ligne rouge. Assumée. Revendiquée.

Sur les crimes rituels, enfin, il brise le silence présidentiel d’une formule tranchante : «J’ai évoqué la possibilité d’un référendum sur cette question.» Le débat, longtemps esquivé, est désormais ouvert.

Analytique, décontracté, sans langue de bois, Oligui Nguema a livré, en une heure, la radiographie d’un Gabon en chantier, gouverné par un homme qui a choisi la clarté comme méthode et l’action comme seule réponse à l’impatience d’un peuple.

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Grande Interview accordée à L’Union, Libreville, lundi 4 mai 2026.

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GR
 

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