Au Gabon, 137 entreprises industrielles sur 188 dirigées par des expatriés
Le gouvernement gabonais a reçu, le 11 mai, les résultats d’une enquête nationale sur le secteur industriel, menée depuis 2024 avec le soutien de la Banque africaine de développement (BAD), afin de mieux organiser l’industrie du pays. Cette étude avait pour objectif de fournir des données fiables et une cartographie précise pour guider les politiques publiques. Les résultats, présentés au vice-président du gouvernement, Herman Immongault, révèlent d’importantes inégalités dans l’organisation et la gouvernance du secteur industriel.

L’étude remise par le ministre Lubin Ntoutoume au vice-président du gouvernement, Herman Immongault, visait à établir une cartographie précise de l’industrie gabonaise afin de disposer d’indicateurs fiables pour orienter les politiques publiques. © D.R.
Dans sa volonté de mieux structurer le tissu industriel national, le gouvernement gabonais a réceptionné, le 11 mai, les résultats de l’Enquête nationale sur la collecte des données du secteur industriel. Lancée en 2024 avec l’appui de la Banque africaine de développement (BAD), cette étude visait à établir une cartographie précise de l’industrie gabonaise afin de disposer d’indicateurs fiables pour orienter les politiques publiques. Présentés au vice-président du gouvernement, Herman Immongault, les résultats mettent en lumière de profondes disparités dans l’organisation et la gouvernance du secteur.
L’enquête révèle d’abord une forte centralisation des activités industrielles dans la province de l’Estuaire, indique le quotidien l’Union de ce 12 mai, qui rapporte cette actualité. Sur les 190 entreprises recensées à l’échelle nationale, 127 sont implantées dans cette seule province. Ce qui confirme ainsi la prédominance économique du Grand-Libreville. Cette concentration géographique montre les déséquilibres qui caractérisent encore le développement industriel du Gabon, avec une faible répartition des unités de production dans l’intérieur du pays. Ce, malgré les ambitions affichées de diversification économique.
Moderniser le système d’information industrielle du pays et améliorer l’efficacité des politiques d’industrialisation
Les données collectées révèlent également la place prépondérante des expatriés dans la direction des entreprises industrielles. Sur 188 sociétés implantées au Gabon, indique notre source, 137 sont dirigées par des étrangers, contre seulement 51 par des Gabonais. Ce constat alerte sur la question du renforcement des compétences nationales et de l’accès des cadres gabonais aux fonctions stratégiques dans l’industrie. L’étude met aussi en évidence des insuffisances réglementaires. On note plusieurs entreprises opérant sans agrément technique industriel, pourtant considéré indispensable pour assurer le contrôle et la régulation des activités du secteur.
Pour les autorités, cette enquête constitue désormais un outil fondamental pour la refondation de la politique industrielle nationale. Lors de l’atelier de restitution, le ministre de l’Industrie et de la Transformation locale, Lubin Ntoutoume, a insisté sur la nécessité de bâtir une gouvernance industrielle appuyée sur des statistiques crédibles. Il a notamment dénoncé des «faiblesses dans les mécanismes de collecte, de traitement et de diffusion des données industrielles», ainsi qu’une «fragmentation des sources d’information». En s’appuyant sur ces résultats, le gouvernement entend moderniser le système d’information industrielle du pays et améliorer l’efficacité des politiques d’industrialisation dans les années à venir.













1 Commentaire
Il n’y a aucune garantie que la gabonisation sera réellement bénéfique au Gabon et aux Gabonais si elle s’inscrit dans le contexte actuel d’ultra-politisation de notre économie. Dans notre pays, trop de dirigeants politiques sont aussi des affairistes qui confisquent l’économie nationale à leur profit.
À cela s’ajoute une culture professionnelle préoccupante, où l’on favorise trop souvent les proches, même lorsqu’ils sont incompétents, au détriment des personnes capables, intègres et porteuses de vraies valeurs. Chez nous, on peut promouvoir quelqu’un parce qu’il appartient au bon réseau, même s’il devient un poids pour l’organisation. Ailleurs, une personne qui ne fait pas la différence n’avance tout simplement pas.
La gabonisation ne doit donc pas être un simple slogan. Elle doit être fortement conditionnée par le niveau de compétence, le sens de l’intérêt général, le désintéressement et la probité des personnes promues. Oui à la gabonisation, mais pas au sacrifice de la qualité, de la performance, de l’innovation, du progrès industriel et, plus largement, de l’intérêt supérieur du pays.