On y entre malade. On peut en sortir mort : ce que l’État ne dit pas sur le CHU de Libreville
Le CHU de Libreville dispose d’un budget, de textes de réforme adoptés en urgence, d’une direction fraîchement installée et de discours officiels bien rodés. Ce que les chiffres ne disent pas, ce que les communiqués taisent, ce que les familles endeuillées savent mieux que quiconque : dans les couloirs du Centre Hospitalier Universitaire de Libreville, l’attente est devenue une sentence, et l’urgence un mot vidé de son sens. Bienvenue dans l’hôpital de référence d’un pays qui soigne mieux ses textes que ses malades.

Dans les salles du CHUL, le temps s’étire comme une punition. On attend le médecin, le matériel, le médicament. Parfois, on attend en mourant. © GabonReview/Illustration IA
En février 2026, le gouvernement a adopté des ordonnances érigeant formellement le CHUL, le CHU d’Owendo et le CHUMEJE (plus connu sous le nom de Jeanne Ebori) en établissements publics à caractère médical, scientifique et technique, placés sous double tutelle des ministères de la Santé et de l’Enseignement supérieur.
La ministre Elsa Nkana Joséphine Ayo Bivigou a présenté ces textes comme une réforme hospitalo-universitaire de fond, destinée à clarifier compétences, financements et missions des trois établissements. Une nouvelle équipe dirigeante a été installée au CHUL fin 2025, avec pour consigne explicite de redresser la qualité des services, la gestion interne et la transparence, dans le cadre d’une volonté présidentielle affichée de faire du CHU «une référence pour tous les Gabonais».
Sur le papier, l’architecture se tient. Dans les faits, une note d’alerte citoyenne relayée en ce mois de mai par l’hebdomadaire Gabon d’Abord, dresse un tableau radicalement différent : salles d’attente bondées d’heures d’agonie silencieuse, matériel tombé en panne et jamais remplacé, médicaments introuvables, personnel compétent mais épuisé par un sous-effectif chronique et une paie aléatoire. Le document, signé par un observateur identifié sous les initiales DKM, est lucide et opérationnel : il pose le problème, chiffre les causes, fixe cinq mesures concrètes applicables en six mois. Il ne demande pas l’impossible. Il demande que la volonté politique dépasse enfin le stade des ordonnances.
Les chiffres qui interrogent
Le budget 2026 prévoit une enveloppe de 10,2 milliards de FCFA spécifiquement fléchée vers les CHU, auxquels s’ajoutent 7,29 milliards pour les quatre établissements de l’Estuaire (Libreville, Angondjé, Owendo et Jeanne Ebori). Ces montants sont significatifs dans l’absolu. Mais leur effectivité reste à démontrer, tant la distance entre les lignes budgétaires et les réalités de terrain est connue.
L’exemple du CHU Mère Enfant Jeanne Ebori est, à cet égard, particulièrement éloquent : l’établissement visait 7,7 milliards de FCFA de recettes propres en 2024, mais n’en a effectivement recouvré que 5,5 milliards. Un écart de 2,2 milliards qui traduit, en chiffres sobres, les limites structurelles du modèle de financement hospitalier gabonais.
Quand l’État promet, les familles attendent
Le président Oligui Nguema a annoncé en début d’année des mesures fortes pour améliorer l’offre de santé nationale, plaçant les CHU au cœur du dispositif. Une livraison de médicaments estimée à un milliard de FCFA pour cinq cents tonnes a été engagée en 2025 pour corriger les pénuries chroniques. Ces initiatives existent, et il serait inexact de les nier. Mais elles peinent visiblement à se traduire en expérience concrète pour les patients qui franchissent chaque jour les portes du CHUL.
Selon l’hebdomadaire Gabon d’Abord, qui cite amplement la note d’alerte citoyenne signée des initiales DKM, cinq mesures concrètes seraient applicables en six mois : des centres de santé fonctionnels, des médicaments disponibles, un personnel protégé, une cellule d’accueil et de médiation, une gouvernance ouverte. Le document pose une seule condition : que les décideurs cessent de traiter l’urgence hospitalière comme une formalité administrative, et commencent à la gérer comme ce qu’elle est : une question de vie ou de mort.
———————————————————————————–
Sources : Note d’alerte citoyenne (mai 2026 citée par Gabon d’Abord) ; Projet de loi de finances 2026 ; articless GabonReview, Gabon Media Time et Infos Gabon.
.













0 commentaire
Soyez le premier à commenter.