HABANA

 

Sans se soucier de l’origine des actifs du Rassemblement pour la restauration des valeurs (RV) et des Sociaux-démocrates gabonais (SDG, le Parti démocratique gabonais (PDG) accepte de les reprendre. Bien entendu, il ne s’intéresse guère aux conséquences de sa manœuvre sur la vie publique.

RV et SDG furent les principaux bénéficiaires des indélicatesses dénoncées dans le cadre de l’opération Scorpion. Comment le parti au pouvoir peut-il lier son avenir à celui de probables receleurs ? © Gabonreview

 

Au Parti démocratique gabonais (PDG) c’est la navigation en eaux troubles. Année après année, il recycle les recettes du passé : après Démocratie nouvelle (DN), le Rassemblement pour la restauration des valeurs (RV) et les Sociaux-démocrates gabonais (SDG) vont s’y fondre. Comme il y a vingt ans, lors du sabordage du Mouvement commun de développement (MCD) et du Parti de l’unité du peuple (PUP), on parle de fusion-absorption. Autrement dit, RV et SDG vont cesser d’exister, leur patrimoine devenant de fait celui du PDG. Sans se soucier de l’origine de ces actifs, l’ex-parti unique accepte de les reprendre. Sans se poser la question de l’imprégnation des élus à ses valeurs, il consent à en faire des cadres. Bien entendu, il ne s’intéresse guère aux conséquences de sa manœuvre sur la vie

Déni de réalité voire duplicité

Certes RV et SDG se définissent comme des soutiens du président de la République. Certes, leurs élus travaillent main dans la main avec ceux du PDG. Certes, les modalités de fusion sont prévues par la loi. Mais, d’un point de vue démocratique, comme aux plans éthique et moral, l’opération en cours pose question. Visant une réduction du nombre d’acteurs politiques, elle peut être comprise comme une limitation déguisée du droit à la liberté d’association. Est-ce une garantie pour la vitalité du jeu politique ? On peut en douter. De plus, RV et SDG ont toujours été présentés comme des émanations voire des faux-nez de la défunte Association des jeunes émergents volontaires (Ajev). De notoriété publique, ces partis furent les principaux bénéficiaires des indélicatesses dénoncées dans le cadre de l’opération Scorpion. Comment le parti au pouvoir peut-il lier son avenir à celui de probables receleurs ? Est-ce un pied de nez à l’exécutif et à l’autorité judiciaire ? Ou une façon de s’en désolidariser ?

Même si RV et SDG n’ont jamais été mis en cause, on est fondé à douter de la volonté de l’exécutif de clarifier les règles de financement des partis. Quand bien même leurs élus demeurent libres de tout mouvement, on peut s’interroger sur la sincérité de l’engagement à lutter contre la corruption. En clair, la position du PDG tient du déni de réalité voire de la duplicité. En se situant sur le seul terrain du droit, l’ex-parti unique feint d’ignorer une réalité : conjuguée à une tentation hégémonique, sa propension à faire peu de cas de la vertu rappelle les sombres heures du parti-Etat. Si cette pratique politique lui a permis de conserver le pouvoir, elle n’a favorisé ni le progrès social ni l’enracinement de la démocratie. Pour toutes ces raisons, les fusions annoncées ne peuvent contribuer à restaurer la confiance. Bien au contraire.

Quel message par ces fusions ?

En novembre 2019, à la faveur du démantèlement de l’Ajev et à la suite de l’audit de la Société nationale des hydrocarbures (SNH), des révélations furent faites. On avait alors parlé d’un trou de 85 milliards de nos francs. Des noms de coupables ou complices présumés furent cités, notamment Tony Ondo Mba et Juste Louangou Bouyomeka, respectivement président de RV et de SDG au moment des faits. Or, durant les élections couplées d’octobre 2018, ces partis s’étaient illustrés par une débauche de moyens à faire pâlir le PDG de jalousie. Depuis lors, l’opinion cherche à comprendre les circuits de financement de la vie publique. Si elle attend les explications de la justice, elle escompte une suite politique. La fusion constitue-t-elle une réponse à ces demandes ? A moins d’accuser le PDG de promouvoir la corruption, l’impunité et la mal-gouvernance, on ne saurait répondre par l’affirmative.

Visiblement, le parti d’Ali Bongo rêve d’une recomposition du paysage politique. Mais, de par sa position, il ne peut se moquer de la morale. Il ne peut ne pas tenir compte du contexte. En démocratie, la liberté d’association est totale. Principe à valeur constitutionnelle, elle ne peut être limitée pour des raisons bien connues : sécurité nationale, intégrité territoriale, sûreté publique, prévention du crime, notamment. Y sommes-nous ? Que nenni…En conséquence, personne ne militera pour des mesures de rétorsion contre RV et SDG. N’empêche, on ne peut faire comme si Tony Ondo Mba n’était pas accusé de «corruption, blanchiment de capitaux», comme si Juste Louangou Bouyomeka n’était pas cité parmi les bénéficiaires des largesses de Christian Patrichi Tanasa, actuellement en détention préventive pour des malversations financières supposées. Alors, chers camarades, une seule question : quel message voulez-vous envoyer par ces fusions ?

 
GR
 

5 Commentaires

  1. Hugo dit :

    LA RUSE EST LE PROPRE DU DIABLE.

    • Gayo dit :

      Je ne s’avait pas qu’un voleur le PDG pouvait se géner de s’associer à un simple petit receleur RV. Ali Bongo homme de mauvaise moralité ne s’est jamais soucié des qualités morales et intellectuels, de l’image de ceux qu’il prend comme allier. Un homme sans mérite, sans compétences, sans légimité et sans popularité n’est plus intéréssé que par le nombre et une communication qui sent le vice.

  2. Serge Makaya dit :

    LA CONSERVATION DU POUVOIR À TOUT PRIX PAR LES BONGOISTES, LES VALENTISTES, LES SASSOUISTES, LES PDGISTES, LES QUAI D’ORSAYISTES RETARDERA TOUT PROGRÈS AU GABON. C’EST IDEM DANS LE RESTE DE L’AFRIQUE FRANCOPHONE QUASIMENT.

    TANT QU’IL N’Y AURA PAS ALTERNANCE (toujours votée par le peuple et toujours cadenassé par les mêmes), le Gabon ne changera jamais. Et je persiste en disant qu’il nous faut aussi CESSER avec la forme de gouvernance actuelle. Elle ne marche pas en Afrique (même en France c’est quasiment devenue obsolète). Si nous voulons vraiment que le pays se porte bien, partageons alors ce qu’on appelle POUVOIR (je préfère dire plutôt SERVICE). UNE ÉQUIPE GOUVERNEMENTALE A LA TÈTE DU PAYS SERAIT L’IDÉAL. AINSI, IL N’Y AURA PLUS DE MAGOUILLE, DE VOL, D’ASSASSINAT, D’ARRESTATION ARBITRAIRE, ETC.

    C’EST POSSIBLE DE FAIRE ÇA. MAIS ÇA DEMANDE D’ABORD À TOUS CEUX QUI ONT VOLÉ D’ACCEPTER CETTE NOUVELLE FORME DE GOUVERNANCE ET,S’IL PEUVENT CETTE HUMILIATION (une faute avouée est pardonnée), ILS SERONT AUSSI VITE RÉHABILITÉS.

    Que l’exemple d’un certain KEREKOU du Bénin vous serve de leçon: il avait volé, tué, usurpé, etc. Ensuite, après avoir été arrêté, emprisonné et relâché, il a reconnu ses torts, s’est converti à DIEU et s’est représenté à une nouvelle présidentielle où il a eu la faveur du peuple Béninois. Bref, vous connaissez son histoire qui faisait dire à Omar Bongo dès plateaux Batekes ceci (véridique, puisque c’est à moi qu’il le disait): » je ne pensais pas que les Béninois étaient aussi aveugles ». Et moi de répondre à Omar Bongo des plateaux Batekes en lui disant: »ne croyez vous pas à la conversion d’une personne Mr le président ? Et lui d’ajouter: » pas celui là. Il s’accrochera de nouveau au pouvoir jusqu’à sa mort ». Et moi de répondre à Omar Bongo des plateaux Batekes: »montrez-lui alors le bon exemple Mr le président. « En faisant QUOI », me répondit-il. Et moi de ne plus rien ajouter pour éviter d’être aussi emprisonné.

    Vive le président élu Jean Ping, vive le Gabon libre. Nous y croyons toujours.

    Bonne journée, peuple gabonais. Ne baissons pas les bras. Jusqu’au bout.

  3. matho dit :

    « Circulez, il n’y a rien à voir ». Tel est le message. Ou encore, « ce sont des problèmes de famille »… Oyé, oyé, milolouoooooooo!

  4. Ulys dit :

    Si vous souhaitez vous enrichir, allez au PDG. Si par contre vous voulez « enrichir » la nation gabonaise (aider le pays à sortir de la misère, construire des écoles, des hôpitaux, des lycées, des universités, des maisons pour l’ensemble des gabonais, etc.), changez de parti politique ou même n’adherez à aucun parti politique. Travaillez seulement pour le bien des gabonais. Et le peuple vous sera extrêmement reconnaissant.

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