TATIE

 

N’ayant jamais cru aux vertus de la concertation et de l’écoute, le gouvernement a lâché du lest après avoir abattu sa carte maîtresse : le recours à la force. Face à la détermination de l’église catholique, il a été contraint de revoir sa copie.

(Guy Patrick Obiang et Lambert Noël Matha). Face à la détermination de l’église catholique, le pouvoir a été contraint de revoir sa copie. Initialement, il avait tout misé sur la coercition. Mélange d’arrogance, d’improvisation et de bricolages juridico-institutionnels, la pratique politique en vigueur peut conduire aux pires extravagances. © Gabonreview/Capture d’écran sur Gabon 24

 

Victoire de la foi ou rançon de l’orgueil ? Décrétées sous prétexte de lutte contre la Covid-19, les dernières mesures gouvernementales ont été annulées. Soutenues à cors et à cris il y a encore quelques jours, elles ne seront plus appliquées. Sur le test de négativité, l’eucharistie, la dîme ou les offrandes, «les communautés religieuses devront désormais (s’organiser).» Autrement dit, l’accès aux lieux de culte ne sera plus subordonné à la présentation des résultats d’un test virologique PCR datant de moins 14 jours. Mieux, les offices seront célébrés conformément aux liturgies respectives. Telles sont les principales conclusions d’une séance de travail tenue jeudi dernier sous la présidence de la Première ministre, en présence des ministres en charge de l’Intérieur et de la Santé.

Détermination de l’église catholique

Pour le gouvernement, ce rétropédalage est lourd de sens. Suscitant des railleries, il soulève moult questions. Même si on peut se satisfaire de cette issue, on ne peut s’empêcher de s’interroger. Comment des responsables politiques en sont-ils arrivés à concevoir de telles mesures ? En avaient-ils vraiment discuté avant de les rendre publiques ? En avaient-ils soupesé la faisabilité et la pertinence ? S’étaient-ils posés la question de leur légalité voire de leur constitutionnalité ? Pourquoi ne pas avoir anticipé en négociant en amont, comme le lui conseillaient d’autres forces sociales ? Où l’on en vient à s’inquiéter des conséquences de la pratique politique en vigueur : mélange d’arrogance, d’improvisation et de bricolages juridico-institutionnels, elle peut conduire aux pires extravagances.

Au-delà des circonstances, cette reculade a été rendue inévitable par une accumulation de manquements aux principes de la République ou aux modalités de fonctionnement d’un État. Sur sa compréhension de la laïcité, comme sur son rapport aux autres forces sociales ou son idée des libertés individuelles, le gouvernement n’a jamais été au clair. Certes, ces mesures ont été abandonnées à sa propre décision et sur instruction du président de la République. Mais, de par leur minutage, les événements attestent d’une réalité : face à la détermination de l’église catholique, le pouvoir a été contraint de revoir sa copie. Initialement, il avait tout misé sur la coercition. N’ayant jamais cru aux vertus de la concertation et de l’écoute, il a lâché du lest après avoir abattu sa carte maîtresse : le recours à la force. Comme en témoigne sa communication minimaliste, il a reculé sous la pression. Loin de chercher à construire, il a plutôt voulu éviter une confrontation à l’issue incertaine.

Enseignements à tirer

A y regarder de près, l’église catholique a fait preuve de sens tactique et de confiance en sa fonction prophétique. Sur la forme, elle a pris sa décision au cours d’une session extraordinaire de sa Conférence épiscopale, liant l’ensemble des évêques et diocèses. Puis, elle a fait appel au «peuple de Dieu», l’invitant à réfléchir «à cette double justice dans la manière de gérer la Covid-19.» Face aux menaces du gouvernement, elle a renoncé à ouvrir ses paroisses, préférant organiser des offices en plein air. Tournant le dos à ses pratiques d’antan, elle a évité de s’en remettre à Ali Bongo, donnant même l’impression de ne plus croire en l’effectivité de sa présence au sommet de l’État. Dans le fond, elle n’a jamais cédé à la polémique. Refusant de discourir sur ses relations avec l’État, elle a axé son propos sur la liberté de conscience, revendiquant le droit de fixer librement son calendrier. Or, par l’addition de propos guerriers et d’approximations sémantiques ou conceptuelles, les ministres en charge de l’Intérieur et de la Santé ont très vite paru dépassés par les événements. Sans s’en rendre compte, ils ont joué aux apprentis-sorciers.

Quels enseignements tirer de cette séquence ? Ayant cherché à vaincre et pas à convaincre, le gouvernement gagnerait à intégrer cette loi d’airain : en démocratie, les rapports sont fondés sur la recherche de l’intérêt général et non sur la force. Ayant assisté à ce vaudeville sans mot dire, l’Assemblée nationale aurait intérêt à réfléchir à sa mission de contrôle de l’action gouvernementale. Pour les uns comme pour les autres, ces événements sont un avertissement sans frais. Faute de revoir leur rapport aux affaires publiques, faute d’améliorer leur gouvernance, ils pourraient, un jour ou l’autre, s’exposer à des périls d’une autre nature.

 
GR
 

18 Commentaires

  1. diogene dit :

     » en démocratie, les rapports sont fondés sur la recherche de l’intérêt général et non sur la force.  »
    Quelle démocratie ?

    • Spiritlighter dit :

      Très bonne question. Démocratie de nom et complètement illusoire.

    • Gayo dit :

      L’échec des Bongo vient de là en partie. A tel point que leurs conseillers et experts ne servent à rien. Ils disent conseiller leurs conseillers. Normal quand vous écartez les gabonais compétents à cause de leur liberté d’action et de ton parce qu’ils sont surs de ce qu’ils sont et valent au profit du clientélisme, de l’oppurtime de personnes fausses et cupides tels que Matha, Bilié Bi Nze, Alihanga, Accrombessi, etc; ça peut que donner des conseillers que vous conseillez, des experts qui ne dépassent pas le niveau de votre médiocrité, les fausses annonces, les décisions impopulaires et les retropedalages. Une bande d’amateurs illégitimes.

  2. Theydert Pauline dit :

    Il ya clairement anguille sous roche ! L’Église à quelle force pour amener le gouvernement à un rétropedalage ? Le Vatican est clairement derrière tout ça mais je vous préviens que le Gabon est un pays de traditions et tant que l’on ne reconnaîtra pas nos racines, vous aussi vascillerez, vous ne viendrez pas faire la loi dans un état souverain, vous n’êtes pas un état dans un état, vous n’êtes que représentant.

    • Bibang Serge dit :

      @Pauline Theydert. Cultive des plantations à Nyonie et Ndzomoe au lieu de parler de ce qui te dépasse

    • SERGE MAKAYA dit :

      @Theydert Pauline, tu appelles le Gabon des Bongo-Valentin-Quai d’Orsay-Maroc UN ETAT SOUVERAIN ? A Ntare Nzame !! Pitié de toi.

      Sais-tu SEULEMENT que tu es sous surveillance 24h/24h sur ce site de Gabonreview ? Ils sont MOULT des renseignements qui surveillent ce site jour et nuit. Je suis passé par la aussi. Donc j’en sais quelque chose. Ton pays le Gabon n’est NULLEMENT un Etat SOUVERAIN tant que les Bongo-Valentin-Quai d’Orsay-Maroc nous traiteront ainsi.

      Dans un pays de LIBERTÉ et SOUVERAIN, les renseignements ou B2 doivent au service de la NATION et du PEUPLE et NON au service de quelques RIGOLOS que sont les Bongo-Valentin-Quai d’Orsay ou le roitelet du Maroc.

      NB : ces gens nous amènent inexorablement vers une nouvelle magouille qui se prépare déjà. J’ai bien PEUR que 2023 est joué d’avance. Vous aurez de nouveau de la SAUCE BONGO-VALENTIN dans votre assiette, malheureusement.

    • Fille dit :

      A noter que ici d’où nous viennent ces religions de dieu, c’est la refermeture, le re confinement quoi. Pauvre Gabon. Nos élites ont finit par créer un manque de confiance avec les populations qu’elles vont trouver de la résistance même là où il devrait avoir unanimité. C’est de leur faute d’avoir abandonner les gabonais entre l’obscurantisme et les sectes. Les écoles sont moins fréquentées que les églises et autres lieux de cultes pour abêtir encore plus les gens. Le retour du bâton, c’est cela même.

  3. Nzé Michel-Philippe dit :

    J’avoue que je n’ai pas compris ce que l’auteur de ce texte veut dire par « la rançon de l’orgueil »… N’aurait-il pas été plus cohérent de reconnaître tout simplement que les deux parties sont parvenues à se mettre d’accord sur l’essentiel? Et que la bonne volonté a prévalu des deux côtés? C’est quoi ce genre de publication si peu objective ? Ppurquoi choisir un angle de traitement qui n’enrichit ni n’apporte aucune plus-value nette à l’information du jour qui est l’accord intervenu entre l’Église catholiqueet l’État? Pourquoi vouloir en faire un sujet polémique comme s’il s’agissait de déterminer un vainqueur et un vaincu? Il ne peut en être question entre deux entités différentes dans leur essence, mais vouées à s’accorder pour le bien des communautés dont elles ont chacun la responsabilité. Pour l’une, la vie spirituelle de la communauté catholique et la deuxième, la sécurité, la santé,en somme, la vie matérielle physique de ces populations. Il n’y a là à l’évidence aucune raison de se faire concurrence sauf si l’un voudrait empiéter sur les prérogatives de l’autre comme cela avait été le cas lors de cette « crise », ou l’Église catholique à voulu passer outre les dispositions gouvernementales. Et même si du point de vue de certains, le gouvernement aurait dû mettre de l’eau dans son vin, croyez-vouw qu’en termes strictement de gouvernance, l’État se devait d’affirmer son autorité exclusive dans cette circonstance face à ce qui s’apparentait une défiance vis-à-vis de ses prérogatives. Il est donc tout à fait logique qu’après coup, il revienne à de meilleures dispositions pour envisager des assouplissements assortis de quelques conditions. En quoi donc, je pose la question, le gouvernement aurait payé la « rançon de l’orgueil »

  4. Rembourakinda dit :

    Très cher Bibang vous faites preuve de naïveté, sachez une chose:la France ne veut pas d’une élection démocratique es Afrique, c’est une des clauses des accords qui nous ont été imposés au sortir de la période coloniale. Une seule élection démo à eu lieu au Congo Brazzaville Mr Pascal Lissouba qui vient de mourir à été élu, il a fait appel à une entreprise pétrolière américaine, Elf a vu rouge… Sassou soutenu par Elf à gagné la guerre civile… Vous connaissez la suite. Pardon arrêtez de
    rêver nous ne sommes pas indépendants nous sommes sous le diktat de la France
    Cessons de penser gabonais, congolais, Camerounais etc pensons africain pour la révolution populaire. Mr Serge Makaya est un patriote il a de la doc arrêtez de le vilipender.

    • Bibang Serge dit :

      @Rembourakira. Laccruche était soutenu par la France non ? C’est l’ambassadeur de France au Gabon qui avait demandé à tous les zozos sans honneur de lui obéir et le traiter comme un chef d’état, c’est ça ? La France a sa part de responsabilité… Les Africains et surtout les dictateurs aussi… Trop facile de de cacher derrière autrui. Quant à Serge Makaya, c’est une suppôt des Bongo

  5. Astha dit :

    Dommage a notre elite d aujourdhui, ils ont peut etre l instruction mais on manque d education et la documentation sur l information reelle n est pas de nos intelligent… on a un etat gere par des camicaze qui par des consideration perso et l exageration du moi amene le Gabon vers un ravin..
    Prions Dieu qu on sorte de cette gangrene puante

  6. Rembourakinda dit :

    Très cher Bibang Serge, pourquoi à votre avis il y a une base militaire française au Gabon ? Les militaires français connaissent la forêt gabonais mieux que les autochtones. Pourquoi appartenons-nous à la zone franc ? Un système nazi imposé par Hitler durant l’occupation ? Pourquoi sommes-nous menbre de OIF, avec le français comme langue officielle ? Le peuple gabonais n’a validé aucune de ces mesures. Omar Bongo n’a jamais gagné une seule élection Ali Bongo non plus. Jean Ping a été élu par le peuple, pourquoi n’est-il pas aux affaires ? Avez-vous déjà entendu parler de la franafrique ? Merci à vous d’ouvrir grand vos yeux.

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