HABANA

La catastrophe survenue à Bata, plus grande ville de Guinée Equatoriale, le dimanche 7 mars dernier, avec l’explosion de dépôts d’explosifs, doit donner à réfléchir et à prévenir. Parce que peu de pays africains sont à l’abri de ce type de drame, chaque État, surtout du continent noir, doit pouvoir en tirer des enseignements. Leçons de Bata pour le Gabon dont Libreville compte au moins 4 bases armées dans le périmètre urbain. Quand la peur de perdre le pouvoir par la force des baïonnettes entretient des poudrières dans la foule.

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20 morts et 600 blessés, selon le bilan des autorités du pays, ont été enregistrés à la suite des explosions survenues dimanche dans la ville équato-guinéenne de Bata. Explication de la présidence du pays : des dépôts d’explosifs ont pris feu du fait de l’incendie de fermes agricoles à proximité, entraînant leur explosion. Les médias, locaux et internationaux, ont laissé entendre que les quatre explosions successives provenaient des entrepôts des forces spéciales et de la gendarmerie, tandis que la télévision d’Etat du pays passait en boucle des images de blessés et de maisons ravagées par les détonations. On devrait donc comptabiliser de nombreux sans-abris.

Dans la sous-région d’Afrique centrale, un scenario catastrophe du même genre a été enregistré il y a 9 ans. Le 4 mars 2012, le Congo Brazzaville enregistra une tragédie consécutive à l’explosion d’un dépôt de munitions à Mpila, un quartier de la capitale du pays. Le bilan, avancé par le gouvernement, fit alors état de 220 morts, 2.300 blessés, 14.000 sans-abris, des centaines de maisons et d’immeubles rasés ou endommagés. L’apocalypse, en quelques dizaines de minutes. Comme pour le Sida, cela n’arrive pas qu’aux autres. Aussi, les gouvernants de bien d’autres pays africains devraient commencer à y réfléchir et à en tirer des leçons.

Jouxtant une caserne fort équipée en moyens de projection et stocks, le quartier camp De Gaulle à Libreville. © YouTube

Camp De Gaulle, base de la GR à Nzeng-Ayong, camp Baraka… des poudrières dans la foule à Libreville

À la suite du drame de Brazzaville, la presse congolaise avait appelé au démantèlement de toutes les armureries et au ramassage des armes et munitions stockées à la périphérie ou dans les quartiers populaires. Ce qui amène, pour le cas du Gabon, à relever que le camp De Gaulle, base abritant à Libreville le 6e Bataillon d’Infanterie de Marine (6e BIMa), dispose sur place de tous les moyens de projection et de stocks conséquents. Une poudrière, certainement bien entretenue, qui n’est pas moins située dans une zone de résidence comportant le quartier d’Alibandeng.

Dans le même ordre d’idée, la plus grande base de la Garde Républicaine (GR) du Gabon se trouve à la cité de la Démocratie, du côté Nzeng-Ayong, le plus grand quartier de Libreville (près de 150 000 habitants). De même, le camp N’Tchoréré, plus grande caserne militaire du Gabon également dénommé camp Baraka, est situé au milieu des quartiers populaires d’Akébé Plaine et Frontière, de Plaine-Niger et de Toulon. On n’oubliera pas le Bataillon de reconnaissance et de combat (BRC) des Forces armées gabonaises situé à Melen, une zone également populaire, et la cavalerie blindée de la GR adossée au quartier résidentiel de La sablière. On devrait mentionner, dans cette énumération, le palais présidentiel de Libreville qui, en toute logique doit disposer d’un important stock d’armes. Il ne faudrait donc pas, ainsi que l’a noté un bloggeur se «contenter des infrastructures héritées de la colonisation concernant l’armée, la police et (avoir) à l’esprit que ces installations peuvent être obsolètes avec le temps

On notera tout de même que nombreux de ces camps militaires (Baraka, BCR Mélen, De Gaulle) ont été érigés durant l’époque coloniale ou autour des indépendances. S’ils étaient effectivement à la périphérie des zones urbaines, l’expansion de Libreville les a rattrapé et engloutit. L’anticipation a fait défaut mais on devrait penser à leur délocalisation et les affecter à d’autres missions d’utilité publique.

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Leçons politiques et organisationnelles

Glosant et tentant d’expliquer comment et pourquoi on peut conserver dans un quartier populaire des explosifs, des munitions, des obus et des missiles, Emmanuel Dongala, écrivain et chimiste congolais, avait noté sur Slateafrique : «Convaincus qu’ils ne perdront jamais le pouvoir par les urnes car ils savent comment ne pas perdre des élections, il ne leur reste que la peur de le perdre par la force des baïonnettes. Alors ils vivent dans l’insécurité permanente, nourrie par la psychose du complot et du coup d’état. Voire, ils vivent de cette insécurité qu’ils distillent, suggèrent ou alimentent, pour mieux apparaître comme les seuls à pouvoir la juguler.» Une explication transposable dans bien de pays d’Afrique et qui amène à quelques remarques.

La première leçon de Bata, et plus loin de Brazzaville, concerne le rôle de l’armée. Dans les républiques respectueuses de certains principes universels de gouvernance, celle-ci n’a pas pour mission d’amener les gens au pouvoir ou de servir à les y maintenir. La mission de l’armée est de sécuriser le territoire national. Dans ce cas, les caches d’armes en pleine ville ne se justifient que par l’obsession du maintien au pouvoir. Car, il s’agit toujours de pouvoir réagir le plus vite en cas de…

La deuxième leçon à tirer des explosions de Bata est le respect des règles et normes. Il existe, pour ce qui est de la conservation des armes, des chambres fortes dont la construction doit obéir à des règles précises. Ailleurs dans le monde, ces chambres fortes sont souvent souterraines. De même, l’entreposage et la conservation des armes exigent quelques précautions, leurs normes de fabrication étant celles des climats tempérés, alors que sous l’équateur le climat est chaud et humide. On note à cet effet que lors des émeutes postélectorales de 2016 à Libreville, de nombreuses grenades lacrymogènes lancées par les forces de l’ordre ne percutaient pas, comme si elles étaient en mauvais état de conservation ou de péremption dépassée. Mais, ce serait surtout la résultante de mauvaises conditions de conservation. Il faut non seulement respecter les notices de conservation mais aussi les réadapter précautionneusement au contexte des climats africains.

Il faut, par ailleurs, penser à une urbanisation traduisant des schémas d’aménagement efficients et opératoires ; penser à créer des plans d’urgence et d’évacuation fonctionnels. Ce qui fait penser à l’organisation de l’administration, notamment de la protection civile. Dans de nombreux pays africains, la protection civile n’existe que de nom. Au Gabon, par exemple, la direction de la protection civile compte un trio de fonctionnaires entassés dans un même bureau étriqué. En cas de problème urgent, elle ne sait que faire. On note également que le Corps des sapeurs-pompiers est souvent mal équipé en Afrique. Parce qu’il ne permet pas de mater les émeutes et les révoltes, on semble préférer de suréquiper les armées au détriment de ce corps pourtant très important.

La troisième leçon de Bata concerne la formation et la gestion efficiente des ressources humaines. Il faut former et affecter les gens outillés là où ils méritent d’être, en fonction de leur savoir-faire ou de leur instruction. Un armurier devra donc travailler à l’armurerie, même s’il n’est pas de bonne accointance tribale ou provinciale avec sa hiérarchie. Ceux qui ont été formés au combat de terrain devront être affectés à l’infanterie. Ceux qui ont été formés au renseignement devront faire du renseignement. Il y a des responsabilités qu’on ne doit pas confier aux cousins et oncles sans formation idoine ou adéquate.

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La quatrième leçon se rapportera aux plans d’urgence sanitaires et d’évacuation. On l’avait vu au Congo Brazzaville : les hôpitaux avaient très vite été débordés. Ce qui, naturellement, arrivera toujours en cas de catastrophe soudaine. Quel est le plan d’urgence en cas de catastrophe dans un quartier de Libreville ? Comment évacuer la capitale gabonaise en cas d’annonce d’un raz-de-marée par exemple ? La direction de la protection civile devrait y réfléchir et se préparer à parer toute éventualité.

Pour prévenir le débordement des hôpitaux, en cas d’urgence de grande amplitude, le Gabon doit penser à former chaque année toujours plus de secouristes et se doter d’une réserve d’hôpitaux mobiles. Également appelés hôpitaux de campagne, il s’agit ici d’un concept né de la médecine de guerre consistant à reproduire, sous forme d’abris modulaires et autonomes réunis en réseau, au plus près des zones sinistrées, des infrastructures médicales performantes permettant de traiter les blessés dans les meilleures conditions de rapidité et d’efficacité. Ce sont des choses qui se stockent et s’entretiennent. Même si cela doit mobiliser des capitaux, il faut y investir et comprendre : l’homme est rare, l’homme coûte cher et il est la plus grande richesse d’une nation. A quand la fin de cette Afrique qui manque de l’essentiel, cette Afrique des pays qui attendent toujours la solidarité internationale même pour les petits rien comme les médicaments de première nécessité ? Bata est si proche de nous.

(Adaptation d’un article paru dans Gabonreview en 2012 après la catastrophe de Brazzaville).

 

 
GR
 

1 Commentaire

  1. SERGE MAKAYA dit :

    « Quel est le plan d’urgence en cas de catastrophe dans un quartier de Libreville ? Comment évacuer la capitale gabonaise en cas d’annonce d’un raz-de-marée par exemple ? La direction de la protection civile devrait y réfléchir et se préparer à parer toute éventualité. »

    Mr Dimitri Mimongo, ils sont plus préoccupés de voler, de tricher les élections, du tuer, etc. En cas de catastrophe naturelle ou pas, ils seront d’abord préoccupé de SAUVER LEUR PEAU. C’est malheureusement ça la triste réalité. Et ne pensez pas que les français qui sont chez nous pensent autrement. Ils sauveront D’ABORD leur peau.

    La vie du pauvre africain, du pauvre gabonais ne pèse pas à leurs yeux. A Ntare Nzame !!!

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