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Si le cannibalisme se défini comme «l’action de se nourrir d’un être d’une même espèce», l’Anac s’y est visiblement mise. Dans un déplorable mélange des genres, elle est en train de tuer les petites compagnies nationales pour un projet des plus incertains et au bénéfice d’un monopole.

Petit hub local de trois aéroports internationaux (Libreville, Port-Gentil et Franceville) et de bien d’autres dans l’arrière-pays pouvant alimenter des flux et générer des revenus pour l’État, l’aéroport de Libreville est devenu un triste désert animé par les compagnies internationales seules. © libreville-aeroport.com

 

Absurdité gabonaise comme il en est souvent : en janvier dernier, le patron de l’Agence nationale de l’aviation civile (Anac) gabonaise a été nommé Conseiller spécial, chargé de missions du président de la République.  En principe, dans les normes et l’esprit républicain, on ne peut être, à la fois, régulateur d’un secteur et conseiller d’un homme politique, fut-il le chef de l’État. Conseiller du président de la République est une fonction purement politique alors que régulateur est une fonction purement technique. Dans l’esprit des lois, un régulateur se doit d’être à équidistance de toutes les influences possibles, de tout ce qui pourrait interférer dans le secteur dont il est chargé du bon fonctionnement.

Avions cloués au sol : la détresse des vols domestiques

Autre absurdité : alors que qu’une «nouvelle» compagnie aérienne dénommée Nationale Airways Gabon (NAG) a reçu de l’Anac, le 18 mai dernier, sa Licence d’exploitation et son Certificat de transporteur aérien (CTA), elle s’est vue notifiée, le 30 juillet donc moins de 3 mois après, une décision de suspension de ses activités. Dans la foulée, Solenta Aviation Gabon et Tropical Air ont également été suspendus. La raison : non-immatriculation de leurs avions en TR, le code d’immatriculation du Gabon. «Pourtant, le directeur de l’Anac le sait bien : le contexte du Covid-19 ne favorise pas le processus. Des restrictions considérables et multiples ont été mises en place au milieu de la pandémie et causent de graves perturbations dans tout le réseau aéronautique mondial», explique un administrateur de compagnie aérienne. Ce qui est vérifiable à souhait sur la toile mondiale. «Immatriculation des aéronefs : En raison de crise sanitaire actuelle sur le Covid-19, l’activité relative à l’immatriculation des aéronefs est fortement réduite», peut-on lire, par exemple, sur le site institutionnel français ecologique-solidaire.gouv.fr.

Pour certains promoteurs de compagnies aériennes, l’Anac, notamment son directeur Arthur Nkoumou Delaunay, travaille à désertifier le ciel gabonais depuis un bon moment. «Après avoir affaibli les compagnies en les privant de vols domestiques entre mars et juillet, voici qu’il a entrepris de les fermer. Le régulateur les précipite ainsi dans une situation financière catastrophique et les prive des derniers revenus possibles. Des centaines de salariés sont dans l’inquiétude la plus vive», peste la même source.

Cannibalisme pour une compagnie nationale

Dans certains cercles de l’aéroport de Libreville, il se murmure que le patron de l’Anac ambitionne de devenir président de la compagnie aérienne nationale annoncée par Julien Nkoghé à l’Assemblée nationale le 27 décembre 2019. Si l’ex-chef du gouvernement n’avait donné aucun détail sur le budget alloué à la réalisation de ce grand projet et qu’en juillet 2018, Justin Ndoudangoye, alors ministre des Transports et de la Logistique, annonçait que le groupe saoudien Nexus Aero était dans la short-list du projet, Arthur Nkoumou Delaunay, lui, travaillerait «en secret avec un certain Marc R., bien connu dans le secteur aérien des Caraïbes, ami de Brice Laccruche, qui l’a introduit au Gabon. Et si le projet traine, il ne permet pas moins de déjà se servir dans les frais d’étude de faisabilité», indique, à la périphérie de l’Anac, une source digne de foi.

On ne comprend donc que mieux pourquoi il faut désertifier le tarmac national : «une fois le secteur laminé, Arthur Delaunay n’aura plus qu’à présenter à son mentor le projet de compagnie aérienne comme une urgence nationale. Au pire, on prendra sur un budget santé ou éducation, pour financer son beau rêve», explique la même source.

Auréolé de la sortie du Gabon de la liste noire de l’Union européenne, le DG de l’Anac est actuellement sur un nuage. Un employé de l’agence soutient qu’on l’y a surnommé Zeus du fait de la terreur qu’il exerce sur ses agents. Et d’ajouter qu’il se contrefiche des ministres, se prévalant de la confiance directe du chef de l’État lui-même, seul à pouvoir lui donner des ordres. Cela justifierait-il qu’au ministère des Transport, un projet de Direction de l’aviation est à l’étude ?

Dans un tel contexte, le Gabon pourra-t-il retrouver son lustre d’antan ? Le pays était l’un des mieux dotés d’Afrique en infrastructures aéroportuaires. Ce qui, évidemment, est dû à l’insuffisance du réseau routier et à la difficulté de pratiquer la route, notamment durant la saison des pluies. Avec trois aéroports internationaux (Libreville, Port-Gentil et Franceville) et bien d’autres dans l’arrière-pays pouvant alimenter des flux, l’aéroport de Libreville est devenu, bien avant la pandémie du Covid-19, un triste désert animé par les seuls vols des compagnies internationales. Va-t-on laisser le secteur des vols domestiques mourir définitivement ou alors entretient-on le monopole d’Afrijet, compagnie ne desservant que les escales locales les plus lucratives et même pas l’ensemble du territoire national ? C’est pourtant connu de tous les bons managers, la concurrence pure et parfaite est l’une des bases de la dynamique des marchés, elle a des effets positifs sur la croissance et l’emploi.

 
GR
 

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