Biens mal acquis : Ali Akbar Onanga dénonce « l’inacceptable » position de l’État gabonais sur Omar Bongo
Intervenant le 16 septembre sur Global Africa Telesud, Ali Akbar Onanga Y’Obegue s’est vivement indigné de la position adoptée par l’État gabonais dans la procédure française sur les biens mal acquis. L’ancien pilier du régime d’Ali Bongo estime que les observations de la République gabonaise, qui renforceraient les accusations du parquet contre Omar Bongo, portent atteinte à la mémoire de l’ancien président. Il rappelle toutefois que son camp ne conteste ni la procédure judiciaire ni la nécessité de faire la lumière sur les éventuels détournements.

Ali Akbar Onanga Y’Obegue intervenant, le 16 septembre 2026, sur sur le plateau de Global Africa Telesud (capture d’écran). © GabonReview
La position de l’État gabonais dans le dossier des biens mal acquis (BMA) continue de susciter des réactions. Dernière en date, celle d’Ali Akbar Onanga Y’Obegue, ancien responsable du Parti démocratique gabonais (PDG) et figure du régime d’Ali Bongo Ondimba.
Invité le 16 septembre sur le plateau de Global Africa Telesud, il a vivement contesté les observations formulées, le 8 septembre, par les avocats de la République gabonaise dans le cadre de la procédure instruite en France. Au cœur de son indignation : le traitement réservé à la mémoire d’Omar Bongo Ondimba. «Nous pensons que la défense des intérêts légitimes de la République gabonaise ne passait pas nécessairement par la position adoptée dans les observations», a-t-il déclaré.
Selon lui, la constitution de partie civile de l’État gabonais, obtenue le 14 mars 2023 sous la présidence d’Ali Bongo, avait pour objectif de permettre à la République de défendre ses intérêts patrimoniaux dans l’hypothèse où la justice établirait l’existence de détournements.
«Cette position n’obligeait pas la République gabonaise à soutenir les accusations du parquet»
Pour Ali Akbar Onanga Y’Obegue, la constitution de partie civile et les observations récemment versées à la procédure constituent deux choses distinctes. «La position de partie civile permet à la République gabonaise de se mettre dans la position de défendre ses intérêts patrimoniaux», explique-t-il.
En cas de condamnation établissant des détournements au préjudice de l’État, cette qualité permettrait notamment à la République de solliciter une indemnisation. Mais, insiste-t-il, «cette position n’obligeait pas la République gabonaise à soutenir elle-même les accusations du parquet».
C’est précisément ce qu’il reproche au gouvernement actuel. Selon lui, les observations déposées par les représentants de l’État «appuient» et «donnent de la force à l’accusation du parquet», notamment concernant Omar Bongo Ondimba. Une démarche qu’il juge particulièrement problématique au regard du statut historique de l’ancien chef de l’État.
«Une atteinte morale à sa mémoire»
Ali Akbar Onanga Y’Obegue prend soin de distinguer la procédure judiciaire de la question mémorielle. «Il ne s’agit pas pour nous ici de nous prononcer sur la culpabilité ou pas d’Omar Bongo Ondimba», affirme-t-il.
L’ancien président gabonais, décédé en 2009 après avoir dirigé le pays pendant près de quatre décennies, demeure, selon lui, une figure historique dont la mémoire ne saurait être traitée indépendamment de son parcours à la tête du Gabon. «Omar Bongo Ondimba a été un bâtisseur, a été un artisan de la paix, de la cohésion, du développement du Gabon et ça, on ne doit pas l’oublier sous le prétexte d’une instruction judiciaire qui n’a même pas encore abouti», soutient-il.
Pour l’ancien responsable du PDG, la justice doit suivre son cours, mais l’instruction judiciaire ne devrait pas conduire, avant toute décision définitive, à jeter l’opprobre sur la mémoire de l’ancien président. «Nous voulons que, en attendant que la justice puisse se prononcer, la mémoire d’Omar Bongo soit respectée», plaide-t-il, estimant que «la recherche de la vérité judiciaire» et «le respect de la mémoire d’un ancien chef d’État» ne sont pas incompatibles.
Une «duplicité» dénoncée par l’ancien régime
L’ancien cacique du régime d’Ali Bongo se montre particulièrement sévère à l’égard de ce qu’il perçoit comme une contradiction dans l’attitude du pouvoir actuel. Il relève notamment que les autorités continuent de rendre hommage à Omar Bongo et de revendiquer, sur certains aspects, son héritage politique, alors que des accusations particulièrement lourdes auraient été formulées contre lui dans le cadre de la procédure française.
«Nous dénoncerons cette sorte de duplicité, de double langage ouvertement devant le peuple et le monde entier», lance-t-il. Avant d’insister : «On célèbre l’hommage d’Omar Bongo et, dans le secret de l’instruction […] on a utilisé les termes les plus infamants sur Omar Bongo Ondimba.»
Cette contradiction constitue, à ses yeux, le cœur du problème. «C’est inacceptable pour tout Gabonais que la mémoire d’Omar Bongo soit ainsi salie par la République gabonaise même. C’est sur cela que porte notre indignation», martèle-t-il.
«La politique d’Omar Bongo peut être critiquée»
Interrogé sur les critiques susceptibles d’être formulées contre le bilan économique et social de l’ancien régime, Ali Akbar Onanga Y’Obegue refuse de déplacer le débat. «Ce n’est pas la question !», répond-il, avant de rappeler que le bilan politique d’Omar Bongo appartient désormais à l’histoire et peut faire l’objet d’appréciations différentes.
«La politique d’Omar Bongo peut être critiquée, elle peut être soutenue, elle peut être défendue ou pas», reconnaît-il. Pour lui, chaque génération et chaque citoyen sont libres de porter leur propre regard sur les quelque quatre décennies de pouvoir de l’ancien président.
Mais dans le cadre de la procédure française, insiste-t-il, la question défendue par le PDG est avant tout celle de la mémoire. «Nous sommes sur une question de principe», résume-t-il. «Pour la mémoire, nous pensons que cette République doit quand même un peu d’hommage et d’essence dans la façon de traiter la mémoire d’Omar Bongo.»
«Il n’est pas établi qu’il y a eu détournement»
Sur le fond du dossier judiciaire, Ali Akbar Onanga Y’Obegue refuse également de préjuger de la décision de la justice française. «Il n’est pas établi qu’il y a eu détournement. Je ne dis pas qu’il n’y a pas eu, je dis qu’il n’est pas établi. C’est pourquoi il y a une instruction», fait-il valoir.
Une position qui lui permet de soutenir que l’État gabonais ne devrait pas, selon lui, anticiper les conclusions de la justice française en reprenant à son compte les accusations du parquet. «On ne peut pas aujourd’hui anticiper sur ce que dira la justice», estime-t-il.
Ali Bongo «entièrement exclu» de la procédure
Concernant Ali Bongo Ondimba, dont il est présenté comme le porte-parole, Ali Akbar Onanga Y’Obegue assure que l’ancien président est «carrément exclu» de la procédure actuelle.
Il avance que la justice française, qui instruit ce dossier depuis de nombreuses années, a disposé du temps nécessaire pour examiner sa situation et n’a pas retenu d’éléments justifiant son renvoi devant un juge. «La justice française a donc eu le temps d’examiner le cas d’Ali Bongo et n’a trouvé aucun élément qui permet de renvoyer Ali Bongo devant le juge. C’est pourquoi il est exclu», affirme-t-il.
Une récupération des biens que le PDG ne conteste pas
L’ancien responsable du PDG assure enfin qu’Ali Bongo Ondimba ne serait pas opposé à une éventuelle récupération, au profit de l’État gabonais, de biens ou de fonds dont l’origine frauduleuse serait établie par la justice. «Naturellement», répond-il lorsqu’il est interrogé sur cette perspective. Il rappelle que c’est précisément le régime d’Ali Bongo qui avait obtenu, en mars 2023, la constitution de partie civile de la République gabonaise dans cette procédure.
«Ali Bongo Ondimba avait voulu cette qualité de partie civile justement pour défendre les intérêts patrimoniaux de la République gabonaise au cas où il serait établi qu’il y a eu effectivement des détournements ou la spoliation des biens au détriment du peuple ou de l’État gabonais», conclut-il.
Pour Ali Akbar Onanga Y’Obegue, le débat n’est donc pas celui de l’impunité ou de l’abandon des éventuels intérêts financiers de l’État. Il porte sur la manière dont la République gabonaise entend défendre ces intérêts tout en traitant la mémoire de l’ancien président Omar Bongo Ondimba dans une procédure judiciaire qui, à ce stade, n’a pas encore livré son verdict.
















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