Invité à la première Biennale panafricaine d’architecture, à Nairobi, l’architecte gabonais Jean Pierre Maissa y a présenté son manifeste pour une capitale qui ferait de la forêt non un décor, mais l’un des fondements de son développement urbain.

Présence gabonaise sur les cimaises de la Biennale Panafricaine d’Architecture Nairobi 2026 ©️ Maissa Architectures

 

Libreville peut-elle grandir sans se couper de ce qui l’a façonnée ? À Nairobi, au Kenya, Jean Pierre Maissa a porté cette question au cœur de la première Biennale panafricaine d’architecture, organisée du 7 au 11 septembre. L’architecte et urbaniste gabonais y a présenté son manifeste, «La Ville-Forêt, un futur pour Libreville», ainsi qu’un projet d’aménagement destiné à repenser la transformation de la capitale. Bien entendu, sa démarche est purement culturelle. Il ne s’agit pas d’une vision alternative, encore moins d’une prise de position par rapport aux orientations actuelles des politiques urbaines.

Jean Pierre Maissa lors des débats et interactions à la Biennale de Nairobi et quelques vues de l’évènement. ©️ Thimothée Pagniez/Maissa Architecteures

Placée sous le thème «Déplacer le centre : de la fragilité à la résilience», cette rencontre continentale a réuni architectes, artistes, designers, chercheurs et étudiants africains. Son ambition : déplacer le regard sur les villes africaines et faire émerger des réponses pensées depuis le continent, à partir de ses réalités sociales, culturelles et environnementales.

La forêt comme matrice urbaine

Pour Jean Pierre Maissa, le rapport entre Libreville et son environnement naturel ne relève pas d’un simple impératif paysager. Il renvoie à une histoire, à des pratiques et à une manière d’habiter qu’il faudrait préserver au moment où la ville se densifie.

«La forêt précède la ville et façonne depuis des générations les manières d’habiter, les savoir-faire, les pratiques culturelles et les économies locales», explique-t-il. À ses yeux, les quartiers populaires de Libreville témoignent encore de cette cohabitation entre l’habitat, l’arbre et les activités quotidiennes.

Sa «Ville-Forêt» ne propose donc pas seulement de planter davantage d’arbres ou de reverdir les axes urbains. Elle appelle à faire de la nature un principe d’organisation de la ville, en tenant compte des cultures locales, des solidarités de quartier et des usages liés aux produits forestiers.

Une modernité enracinée

Cette vision se distingue des modèles importés qui réduisent souvent le végétal à une composante esthétique. «À Libreville, ville verte par excellence, ce lien avec la nature va bien au-delà du décoratif : il s’appuie sur une relation culturelle ancestrale avec la forêt», souligne l’architecte.

Le propos n’élude pas les urgences de la capitale, notamment l’accès à l’eau, à l’énergie et à un habitat de qualité. Mais il invite à ne pas considérer les quartiers précaires uniquement sous l’angle de leurs manques. Jean Pierre Maissa y voit aussi des ressources : une connaissance des arbres, des savoir-faire artisanaux, des rites, ainsi que des formes de solidarité qui structurent la vie collective.

«La Ville-Forêt propose une modernité africaine qui s’appuie sur les traditions vernaculaires pour imaginer la ville de demain», estime-t-il.

Formé en architecture à l’Université de Gênes, puis titulaire d’un doctorat en urbanisme du Politecnico di Milano, Jean Pierre Maissa revendique une expérience internationale. Son parcours de réalisations comprend notamment l’École des mines et de la métallurgie de Moanda ainsi que le réaménagement de Ramses Square et du centre-ville du Caire. À Nairobi, il aura surtout défendu une idée simple, mais exigeante : pour préparer son avenir, Libreville pourrait cesser de penser la forêt comme sa périphérie et la reconnaître comme son cœur vivant.

 
GR
 

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