Un mémoire allégé, des formulations retirées et un avocat qui se retire après avoir signalé des intimidations : le dossier des biens mal acquis connaît une nouvelle inflexion. Selon Africa Intelligence, Libreville a remanié ses observations devant la justice française pour apaiser Denis Sassou-Nguesso, après plusieurs semaines de tensions entre les deux présidences.

Libreville a atténué ses observations dans l’affaire des biens mal acquis. La défense des intérêts financiers du Gabon à l’épreuve des relations entre Oligui Nguema et Sassou-Nguesso. Photomontage d’illustration. © GabonReview

 

Instruite en France, l’affaire des biens mal acquis porte sur des patrimoines immobiliers soupçonnés d’avoir été constitués avec des fonds publics gabonais détournés. Le Gabon, partie civile depuis 2023, entend obtenir réparation. Mais son soutien au jugement des personnes mises en examen, parmi lesquelles des proches de Denis Sassou-Nguesso, a transformé cette démarche judiciaire en différend avec Brazzaville.

Les formulations qui fâchent disparaissent

Dans sa publication du 15 octobre, Africa Intelligence révèle que les avocats du Gabon ont transmis, début octobre, de nouvelles observations au juge Serge Tournaire. Le mémoire de 53 pages déposé le 8 septembre laisse place à un texte de moins de dix pages, «largement édulcoré».

Les références au financement occulte lié à l’ancienne compagnie pétrolière Elf ont disparu. Surtout, Africa Intelligence relève la «suppression des formules autour du souhait du Gabon de renvoyer devant le tribunal correctionnel de Paris les personnalités mises en examen dans cette affaire».

Selon le média, le premier texte citait nommément Antoinette Sassou-Nguesso, épouse du président congolais, et son petit-fils Omar-Denis Junior Bongo. Denis Sassou-Nguesso y avait vu une attaque directe d’Oligui Nguema. Les personnes concernées restent présumées innocentes.

En septembre, Me Vivien Patrice Makaga-Péa expliquait pourtant à GabonReview qu’«une partie civile ne poursuit personne et ne renvoie personne». Il confirmait néanmoins le soutien gabonais aux conclusions du parquet.

La révision des observations marque donc une inflexion, sans établir un abandon des demandes patrimoniales. Africa Intelligence ne rapporte ni retrait du Gabon comme partie civile, ni renoncement à récupérer les avoirs. La décision sur les renvois appartient au juge français.

Le PDG dans le jeu diplomatique

Le différend a débordé le prétoire. Selon Africa Intelligence, Denis Sassou-Nguesso a rencontré nuitamment Ali Bongo à Paris. Les deux hommes auraient évoqué des possibilités de «perturber le jeu politique en instrumentalisant les divisions» du Parti démocratique gabonais.

Fin septembre, Oligui Nguema a dépêché des émissaires à Brazzaville. Le président congolais «n’a pu contenir sa colère lors d’un long monologue», en présence d’Omar-Denis Junior Bongo, rapporte Africa Intelligence. La modification des observations intervient après cette démarche d’apaisement.

Un avocat signale des filatures et se retire

Autre révélation préoccupante : Me Makaga-Péa a signalé au barreau de Paris des menaces, des intimidations et des filatures. La plaque de son cabinet aurait été arrachée. Selon Africa Intelligence, il a déposé plainte contre X le 5 octobre et s’est mis en retrait du dossier, désormais suivi par Raphaël Gauvain.

Les auteurs de ces actes ne sont pas identifiés dans l’article. Rien ne permet donc de les attribuer aux protagonistes du différend diplomatique.

Libreville cherche à apaiser Brazzaville, mais aucune contrepartie congolaise n’est rapportée. Reste à savoir si l’allègement du mémoire suffira à refermer la crise, sans affaiblir les exigences de réparation que le Gabon avait placées au cœur de sa démarche.

 
GR
 

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