Bilie-By-Nze : le 15 mai ne sera pas le jour de la liberté
La décision très attendue de la chambre d’accusation de la Cour d’appel judiciaire de Libreville ne devrait pas tourner à l’avantage d’Alain-Claude Bilie-By-Nze. Selon des sources concordantes, la juridiction du second degré s’apprêterait à confirmer la détention préventive de l’ancien Premier ministre, dont les avocats avaient introduit un appel de l’ordonnance de placement ainsi qu’une demande de mise en liberté provisoire. Le prononcé, attendu ce 15 mai 2026, ne serait que la formalisation publique de conclusions déjà arrêtées à l’issue de l’audience du 12 mai.

Alain-Claude Bilie-By-Nze : le 15 mai pourrait ne pas être son jour. © GabonReview
L’information est corroborée par plusieurs canaux. Une source judiciaire proche du dossier, contactée par GabonReview, confirme que les conclusions de l’audience du 12 mai sont d’ores et déjà fixées et que la séance du 15 ne sera, en substance, que leur lecture publique. Cette même lecture ressort, en filigrane, d’une publication de l’activiste Thibaut Adzatys ayant révélé dès le 13 mai que le procureur général près la Cour d’appel judiciaire de Libreville, Eddy Narcisse Minang, aurait requis par écrit, conformément à l’article 182 du Code de procédure pénale, le rejet de la demande de mise en liberté provisoire et la confirmation de l’ordonnance de placement en détention préventive rendue par le premier juge d’instruction.
Le parquet général a tenu la ligne
Selon Thibaut Adzatys, dont la publication a suscité de vives réactions sur les réseaux sociaux, le parquet général aurait transmis à la chambre d’accusation des réquisitions écrites demandant le maintien en détention de l’ancien chef du gouvernement. Des réquisitions qui, à en croire plusieurs observateurs du palais de justice de Libreville, n’auraient pas rencontré d’obstacle juridique déterminant au sein de la juridiction d’instruction du second degré. La chambre d’accusation, il faut le rappeler, dispose d’un pouvoir souverain d’appréciation en matière de contrôle des mesures privatives de liberté. Ce qui rend d’autant plus significatif le fait qu’elle n’ait pas, à ce stade, dévié des réquisitions du ministère public.
Cette posture du parquet général n’est pas sans susciter des interrogations au sein même des milieux judiciaires. Dans une chronique publiée le 14 mai par La presse judiciaire gabonaise, le journaliste spécialisé Gaël Bobouagno Lenga s’interroge sur la persistance des conditions légales du maintien en détention préventive, telles que définies par l’article 132 du Code de procédure pénale gabonais. L’auteur relève notamment qu’Alain-Claude Bilie-By-Nze présente des garanties de représentation difficilement contestables : marié, père de famille, président d’un parti politique, assisté de plusieurs avocats constitués et personnalité publique parfaitement identifiable.
La crédibilité judiciaire en question
Si la confirmation de la détention préventive se vérifie ce 15 mai, elle intervient dans un contexte de tension croissante autour de ce dossier. Des observateurs rappellent, dans les couloirs du palais de justice de Libreville, les déclarations passées du procureur général Eddy Narcisse Minang lors de la session criminelle spéciale dite de la «Young Team», au cours de laquelle il avait publiquement affiché sa volonté de voir Alain-Claude Bilie-By-Nze répondre de ses actes devant la justice. Des déclarations que certains juristes jugent incompatibles avec l’exigence d’impartialité attendue du ministère public.
Pour Gaël Bobouagno Lenga, l’enjeu dépasse la seule personne de l’ancien Premier ministre : «La justice gabonaise joue ici une partie essentielle de sa crédibilité institutionnelle», écrit-il, appelant la chambre d’accusation à démontrer que «le droit demeure au-dessus des passions, des réquisitions et des considérations extérieures». Une interpellation qui résonne désormais comme un verdict anticipé sur l’état de l’État de droit au Gabon.













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