Bilie-By-Nze : le 30 août peut-il aussi ouvrir la porte de la prison ?
Et si la Fête de la Libération produisait cette année un symbole inattendu ? À quelques heures du 30 août, ‘L’Information du Mois’, mensuel gabonais d’analyses et d’enquêtes, imagine une remise en liberté d’Alain-Claude Bilie-By-Nze, détenu depuis plus de quatre mois à la prison centrale de Libreville. L’hypothèse est politique, mais elle n’est pas juridiquement absurde : depuis avril, ses avocats demandent sa mise en liberté, invoquent ses garanties de représentation et multiplient les recours contre une détention dont ils contestent désormais jusqu’au fondement procédural. Reste une ligne rouge : si la porte doit s’ouvrir, ce ne peut être sur ordre du président, mais par une décision de justice.

À Makokou, la «Libération» se célèbre. À Libreville, Bilie-By-Nze reste en prison : le 30 août 2026 pourrait-il aussi changer son horizon judiciaire ? © GabonReview (montage)
À première vue, l’idée ressemble à une audace éditoriale. Dans son édition datée du 29 août, L’Information du Mois pose cette question : « Et si Oligui Nguema libérait Bilie-By-Nze à 24 heures de la célébration de la fête nationale de la Libération ?»
Le raccourci est saisissant. Juridiquement, pourtant, le président de la République ne peut ordonner la libération d’un homme placé en détention préventive. Le confrère le précise lui-même : «Le président n’est pas le juge. Il ne le doit pas.»
Mais derrière la formule se cache une vraie question : quatre mois après son incarcération, Alain-Claude Bilie-By-Nze doit-il nécessairement rester en prison pour que l’instruction se poursuive ?
La liberté est dans le dossier depuis avril
La question n’arrive pas avec le 30 août. Elle accompagne pratiquement toute la procédure. Placé sous mandat de dépôt le 16 avril pour des soupçons d’escroquerie et d’abus de confiance liés à une affaire remontant à 2008, l’ancien Premier ministre a demandé sa mise en liberté provisoire. Ses conseils ont notamment soutenu qu’il présentait toutes les garanties de représentation : domicile connu à Libreville, ancrage dans le pays, responsabilités politiques et impossibilité pratique, selon eux, de se soustraire à la justice.
La justice en a décidé autrement. Le 15 mai, la Chambre d’accusation a rejeté les recours dirigés contre le mandat de dépôt et contre le refus de mise en liberté provisoire. Mais la bataille s’est ensuite déplacée sur un autre terrain : celui du déroulement même de l’instruction.
Le 30 avril, la défense avait demandé l’interrogatoire au fond de Bilie-By-Nze, avant de saisir la Chambre d’accusation face à l’absence de réponse du juge dans le délai qu’elle estimait légal. Elle a également demandé la nullité de la procédure et la levée du mandat de dépôt, dénonçant plusieurs irrégularités procédurales qui, à ce jour, n’ont pas été judiciairement reconnues.
Libérer sans absoudre
C’est ici que le débat lancé par L’Information du Mois devient réellement intéressant. Une mise en liberté provisoire ne signifierait ni abandon des poursuites, ni innocence proclamée, ni intervention présidentielle dans le dossier. Bilie-By-Nze resterait à la disposition de la justice et l’instruction pourrait se poursuivre.
La question peut donc être retournée : qu’est-ce que son maintien derrière les barreaux apporte aujourd’hui à l’instruction que ne permettrait pas une liberté assortie des contraintes prévues par la loi ?
Plus de quatre mois se sont écoulés depuis le mandat de dépôt. Les garanties de représentation invoquées dès le début de la procédure n’ont, a priori, pas disparu. Mais elles ne donnent pas automatiquement droit à la liberté : il appartient à la justice d’apprécier si les nécessités de l’instruction commandent encore la détention.
En juillet, les avocats de l’ancien Premier ministre dénonçaient auprès de Reuters une incarcération politiquement motivée. Cette accusation demeure celle de la défense et n’est pas un fait judiciairement établi.
Le symbole et la ligne rouge
C’est précisément ce qui donne au calendrier sa résonance. Le 30 août célèbre désormais la rupture avec un système et l’avènement d’un nouvel ordre politique. Trois ans après le coup d’État de 2023, la solidité de celui-ci ne se mesure peut-être plus seulement à sa capacité à poursuivre ceux qu’il soupçonne, mais aussi à celle de garantir leurs droits même lorsqu’ils sont devenus ses adversaires.
À ce jour, aucun élément public vérifié n’annonce une libération d’Alain-Claude Bilie-By-Nze pour le 30 août. L’Information du Mois formule donc une hypothèse, pas une indiscrétion.
Mais sa question mérite d’être posée. Une République qui célèbre sa Libération peut-elle aussi démontrer la solidité de ses institutions en laissant la justice envisager la liberté de l’un de ses principaux opposants, sans arrêter pour autant le cours de la procédure ?
















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