Société chinoise basée à Mayibout, dans le district de M’Vadhi (Ogooué-Ivindo), Forestière gabonaise (FG SARL) a vécu un véritable enfer. Accusée d’enfreindre la loi, la société dirigée par Luo Shengyu a été fermée le 10 août sur décision de Germain Biaodjo, député du Parti démocratique gabonais (PDG). Si les activités ont bel et bien repris ce 21 août, le dirigeant chinois affirme que cette «affaire» a porté un sérieux coup à son entreprise. Comment en est-on arrivé là ? La direction générale se livre.

Une semaine durant, les activités de FG SARL étaient à l’arrêt, suite à une décision d’un député PDG de faire fermer l’usine de la société (illustration). © forestsnews.cifor.org

 

Des véhicules à l’arrêt. © D.R.

Gabonreview : Votre entreprise est confrontée à une situation difficile depuis deux semaines. De quoi s’agit-il exactement ?

Luo Shengyu : L’affaire est en rapport avec la fermeture de notre chantier forestier à Mayibout. Le 10 août, en matinée, le député Germain Biaodjo (Parti démocratique gabonais, ndlr) est arrivé à l’usine à la tête d’une délégation, dont plusieurs militaires armée. Pendant ce temps, j’étais sur la route pour regagner Libreville, où se trouve notre siège. J’ai alors reçu un coup de fil d’un collaborateur m’annonçant la présence du député, alors que nous n’avions pas rendez-vous. J’ai eu député au téléphone qui m’a demandé de revenir à l’usine, alors que j’étais déjà au niveau d’Ovan. Ce que ne pouvais faire, car j’avais rendez-vous avec un gros client à Libreville. Très remonté, le député m’a alors annoncé qu’il va fermer l’usine, en chassant tous les expatriés, principalement des Chinois. Voilà ce qu’il s’est passé. Très inquiété par cette affaire, je me suis rendu au ministère de la Forêt, une fois à Libreville, où j’ai été reçu par le directeur de cabinet du ministre. J’avais un dossier dans lequel se trouvaient tous les documents de la société, auquel j’ai associé des images de la descente du député à l’usine, que j’avais demandé à un collaborateur sur place de filmer. J’ai donc sollicité l’intervention des autorités, pour m’aider dans cette affaire.

Que reproche-t-on exactement à FG SARL ?

Lors de notre échange téléphonique, au moment de la fermeture de l’usine, le député a justifié sa décision en prétextant que notre société enfreint la loi gabonaise, sans plus. Sur les réseaux sociaux, j’ai été surpris d’apprendre que les employés en poste à l’usine sont payés en dessous du Salaire minimum interprofessionnel garanti, ne sont pas déclarés à la Caisse nationale de sécurité sociale. J’ai également lu que nous ne remplissions pas nos obligations de Responsabilité sociétale des entreprises, les responsables chinois de la société usent d’autorité envers les populations des villages impactés par nos activités, etc. Le 12 août, un article de presse a été publié avec des photos du député et sa délégation à l’usine. Dans cet élément, j’ai appris que nous avons été mis sous scellés pour avoir refusé de verser 10 millions de francs CFA au député. Ce qui n’est pas vrai, bien évidemment. M’accusant d’être à l’origine de cet article, le député nous a porté plainte. L’audience est prévue le 10 septembre au tribunal de Makokou. Je tiens à signaler, à toutes fins utiles, après la publication dudit article, notre interprète et le chef de site, tout deux de nationalité chinoise, ont été interpellés et gardés à vue, à la Direction générale des recherches de Makokou. Heureusement, ils ont été libérés 24 heures après leur garde à vue.

Le député Germain Biaodjo lors de la fermeture de l’usine de FG SARL, le 10 août 2019. © D.R.

Votre société est-elle en règle ?

Bien sûr. Chaque année, nous remplissons nos obligations fiscales comme cela est exigé par la loi. Tous les documents techniques de l’entreprise ont d’ailleurs été présentés au ministère, après la fermeture de notre usine. Nous possédons tous les documents relatifs au paiement des impôts, l’enregistrement des employés à la Caisse nationale de sécurité sociale et la Caisse nationale d’assurance maladie et de garantie sociale… tout est en règle. Nous avons même un avis d’absence de redressement, délivré par l’administration des Impôts, en juillet. Tous ces documents sont disponibles dans nos bureaux à Makokou. Mais le député n’a pas jugé utile de les consulter. Par ailleurs, nous disposons de l’ensemble de nos agréments professionnels, comme exigés par l’autorité. Il y a par exemple le certificat de conformité du plan industriel, un document de conformité environnementale, au autre d’autorisation d’exploitation forestière et activités de sciage, etc. Nous figurons parmi les premiers exploitants forestiers du pays à posséder des agréments professionnels.

Nous sommes également accusés de ne remplir les obligations sociales. Nous tenons à rappeler que toute nouvelle société forestière signe une convention provisoire d’aménagement, exploitation, transformation. Ce, après l’obtention de tous les agréments permettant d’exercer l’activité. Nous avons signé cette convention provisoire, d’une durée de trois. Cette durée permet à chaque société forestière de se conformer à la loi, respecter les normes environnementales et surtout, mener des actions sociales dans la localité où elle exerce. La société a trois ans pour déposer un plan de développement d’actions sociales, en concertation avec les populations locales. Nous avons même déposé ce plan 7 mois avant la fin l’échéance. Toute cela prouve à suffisance notre bonne foie et notre volonté de nous conformer aux textes. Nous attendons désormais que la tutelle nous délivre l’agrément définitif, pour discuter du cahier des clauses contractuelles qui va englober tout le volet social.

Toujours est-il que depuis notre implantation, nous avons réalisé plusieurs actions sociales. Nous avons construit une école, ouvert une route, un terrain de foot, un forage, un pont entre deux villages directement impactés par notre activité. Naturellement, nous procédons à l’entretien de ces réalisations. Ce sont des choses palpables, vu de tous. Nous pensons que le député n’a pas recueilli tous les éléments nécessaires. Nous ne pouvons être en porte-à-faux avec la loi, encore moins maltraiter les populations qui constituent notre principale force de travail. Nous tenons à entretenir une relation de confiance avec les villageois, basée sur le respect. Nous avançons ensemble : plus les employés sont heureux, mieux c’est pour nos activités et notre entreprise. Mais tout ne peut pas se faire du jour au lendemain.

Où se situe votre Unité d’aménagement forestière (UFA) et combien d’hectares couvre-t-elle ?

Notre permis s’étend à Mayibout et couvre 78 000 hectares. Une soixantaine de villages est impactée par notre activité. Nous employons des personnes issues des villages impactés par notre activité. Mais beaucoup reviennent d’ailleurs car sur place, les gens préfèrent se tourner vers de l’activité aurifère, où les salaires sont plus attrayants. Qu’à cela ne tiennent, nous nous efforçons de recruter et former les employés que nous avons sous la main.

Vues de l’usine. © D.R.

Comment faire pour sortir de cette impasse ?

Le travail a repris le 21 août, après une semaine d’interruption. Depuis le début de cette affaire, le bus partait de l’usine pour les villages, mais on empêchait les employés d’y embarquer. Et curieusement, aujourd’hui, sans que l’on ne sache ni pourquoi ni comment, il n’y a pas eu de résistance, les salariés sont montés tranquillement dans le bus et regagner leur lieu de travail. Nous en avons été informés au téléphone ce matin, par un collaborateur sur place. De qui émane la décision ? C’est le flou total. Toujours est-il que les pertes sont énormes pour la société. Sans les compter les factures en souffrance va falloir payer dans les meilleurs délais. Cette affaire nous a vraiment très mal et peut impacter négativement notre activité à l’international. Car des clients pourraient ne plus acheter nos produits, sous prétexte qu’ils ne sont pas conformes. Maintenant que le travail a repris, peut-on en déduire que tout est fini ? Nous ne saurons le dire. Il y a toujours la plainte du député au Tribunal de Makokou. Mais le plus important pour nous est la reprise du travail. Nous sommes un opérateur économique, nous ne faisons pas de la politique. Les populations ont besoin de travailler et nous espérons que tout ira pour le mieux.

 
 

2 Commentaires

  1. rapapa dit :

    Comment se fait il qu’ils aient encore les plaques rouges????
    .
    Tout ces privilèges ont été supprimés l’année dernière.
    Il doivent s’acquitter des taxes d’importation et changer leurs plaques.
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    Tout de même.. Un chinois en règle…
    Je crois rêver, mais bon….
    Ça doit être l’exception qui confirme la règle…
    Je serai plus enclin de croire que c’est le chinois qui a oublié de rincer la gorge le député.
    Lee White a du recevoir mais pas le député…

  2. la panther dit :

    bonjour, je suis de la région mais depuis des décennie je n’est jamais vu une société chinoise impulser le développement dans l’Ogooué Ivindo. Ils viennent pour s’enrichir en pillant les ressources naturelles de ma région donc le député a totalement raison. On a pas besoin d’eux.

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