Jamais réalisé, un marché de 27 milliards de francs CFA amène le CCI de Paris (un tribunal international de commerce) à exiger du Gabon l’équivalent de la masse salariale mensuelle de l’Etat – 65 milliards de francs CFA environ. C’est l’affaire Webcor. On parle de corruption de personnalités gabonaises non encore identifiées et on se questionne sur l’indolence du procureur de la République, fort médiatisé sur l’affaire kévazingo, et de Francis Nkea, ministre de la Lutte contre la Corruption, auteur d’une tonitruante déclaration de guerre contre les corrompus.

Le Groupe Webcor aurait usé de corruption envers quelques autorités gabonaises. © Gabonreview/Shutterstock

 

Dix mois bientôt que Jean-François Ntoutoume Emane, ancien Premier ministre et ancien maire de Libreville, a été entendu à la Direction générale de la Contre-ingérence et de la Sécurité militaire, le fameux B2, dans le cadre de la sulfureuse affaire Webcor. Supposée concerner une ou deux poignées d’acteurs de premier plan, l’enquête n’est pourtant pas de l’envergure de l’attaque du World Trade center impliquant Oussama Ben Laden. Qu’y a-t-il donc de si compliqué à dénouer en vue de prouver la corruption de certaines autorités gabonaises par le Groupe Webcor, ainsi que l’avait affirmé le quotidien L’Union ?

65 milliards, la masse salariale mensuelle de l’Etat !

Littéralement un an jour pour jour, le 21 juin 2018 plus exactement, que la Cour d’arbitrage de la Chambre de Commerce Internationale (CCI) de Paris a condamné le Gabon à payer environ 65 milliards de francs CFA au Groupe Webcor. Monumentale, cette somme est l’équivalent, selon des sources dignes de foi, «de plus d’un mois de salaires de tous les agents de la Fonction publique, de l’Etat et des collectivités locales». Dans la perspective d’une telle perte pour le Gabon, on s’interroge sur le laxisme, du moins sur la lenteur du Procureur de la République sur une enquête ouverte, notamment avec la convocation de Ntoutoume Emane. Ce corps judiciaire chargé de l’action publique vient pourtant de s’illustrer dans le traitement de l’affaire Kévazingo. Il s’est visiblement endormi quant à l’affaire Webcor dont les enjeux sont autrement plus importants.

Le 3 septembre 2018, le quotidien gabonais L’Union laissait entendre que le Groupe Webcor aurait usé de corruption envers quelques autorités gabonaises. Qui sont donc celles-ci ? Qui sont ces autorités «qui ont permis à cette “fraude de cols blancs” d’être en position d’extorquer 65 milliards à la République gabonaise», interroge une source approchée à ce sujet.

Plus onéreux que le Kevagate

De nombreux Gabonais estiment que le Kevagate, estimé à une vingtaine de milliards de francs CFA en jeu, n’a été qu’une vaste fumisterie visant à écarter certaines personnalités des affaires. Pour édifier cette frange de l’opinion mais surtout pour aider son pays, Olivier N’Zahou, procureur de la République très en verve et fort médiatisé sur l’affaire kévazingo, devrait également s’illustrer sur cette affaire… si tant est qu’elle a été le lieu d’un acte de corruption. De même, le nouveau ministre de la Promotion de la Bonne gouvernance, de la Lutte contre la corruption et de l’Évaluation des politiques publiques dont la déclaration de guerre contre la corruption a dernièrement défrayé la chronique, a du pain sur la planche. Avec le concours du Procureur de la République, Francis Nkea Ndzigue doit maintenant prouver qu’il ne brassait pas de l’air.

A juste titre, la source plus haut citée se voulant anonyme s’interroge : «le nouveau ministre de la bonne gouvernance et lutte contre la corruption ne doit-il pas se saisir de cette affaire ? Si la compromission de certains acteurs gabonais n’est pas prouvée, l’Etat risque de perdre sa procédure arbitrale et devra effectivement payer les 65 milliards, autant d’argent qui ne sera pas utilisé pour les besoins de la population

Pour rappel, le 2 juin 2010, un contrat cadre de partenariat fut passé entre la commune de Libreville et le groupe Webcor portant construction et mise en gestion d’un grand marché à Libreville, sur le site des Jardins de la Peyrie. Le projet qui se chiffrait à 27 milliards de francs CFA n’est jamais sorti de terre mais 65 milliards doivent aujourd’hui être payés par le Gabon. Comment en est-on arrivé là ? Sinon, qui sont les artisans gabonais, supposément corrompus, de cette situation ? Francis Nkea et Olivier N’Zahou doivent rapidement démêler l’écheveau de l’intrigue. «C’est pas seulement la bouche !», aiment dire les Gabonais dans le cas d’espèce.

 
 

4 Commentaires

  1. Endundu dit :

    Ntoutoume Emane, sous sa propre et haute inspiration, il est le premier à répondre devant les instances judiciaires du pays.

    • CITOYENGABOMA dit :

      @Endundu,

      Sur cette question, MR JFNE avait déjà répondu le 15.09.18:

      L’ancien maire de Libreville a tenu une conférence de presse, le samedi 15 septembre, pour éclairer l’opinion sur les soupçons de détournements et de corruption qui pèsent sur lui dans «l’affaire Webcor». Si Jean-François Ntoutoume Emane a d’emblée indiqué que ce qui se fait et se dit sur ce dossier n’est que de la «pure distraction», il a également affirmé que «tout ce qui a été fait sur ce projet de construction du Grand marché de Libreville s’est fait dans la transparence totale».

      Selon l’ancien Premier ministre, ce projet négocié par ses soins, sous la houlette de l’ancien président était de doter Libreville d’un marché moderne. Le groupe Webcor avait été choisi en raison de sa capacité à préfinancer ce projet évalué à 27 milliards. Après plusieurs mois de négociations, le contrat est signé en 2010 avec la Mairie de Libreville.

      L’entreprise devait assurer 40% de cette somme tandis que l’Etat gabonais devait apporter les 60%, via un emprunt auprès d’un pool bancaire local. Le groupe a bénéficié d’une «fiscalité modérée pour l’importation de matériel de construction». Ce sont les termes de la «convention passée entre le gouvernement gabonais et le groupe Webcor». «Il n’y a jamais eu de décaissements, donc il ne pouvait y avoir de détournements ni de rétro-commissions», a fait remarquer Jean-François Ntoutoume Emane.

      En 2015, explique-t-il, l’actuel maire de Libreville a adressé un courrier à Webcor pour lui demander d’arrêter les travaux. Or, ce dernier avait déjà débuté les travaux et ceux-ci étaient estimés à 3 milliards de francs CFA. «Et là, le parallélisme des formes n’est pas respecté», souligne l’ancien maire qui précise qu’«un maire ne peut pas contrecarrer une décision prise par le Conseil municipal sans passer par un Conseil municipal». Pourtant, argumente Ntoutoume Emane, «(…) l’accord de 2010 prévoyait des dispositions transitoires». Malheureusement, rien n’a été respecté. D’ailleurs, «les pauvres gens de Webcor n’étaient plus reçus chaque fois qu’ils venaient ici et c’est pour cela qu’ils ont porté l’affaire au Tribunal arbitral de Paris, la juridiction prévue pour connaître de tout litige sur le projet».

      Ironique a souhait, l’ancien baron du PDG devenu opposant a indiqué que «Webcor avait un avocat. L’Etat gabonais en avait 3», mais l’Etat a finalement perdu le procès. Il doit verser à Webcor 65 milliards de FCFA au titre de dommages et intérêts.

      Aux autres autorités de nous édifier sur cette affaire…

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