Olivier Nzahou s’est présenté comme le gardien de la sécurité des personnes et des biens, l’autorité en charge du contentieux fiscal, le responsable des brigades phytosanitaires et le dirigeant de l’administration en charge de la consommation et de la concurrence. Si ce n’est pas de l’abus de pouvoir, ça y ressemble fortement. Si ce n’est pas  de l’abus d’autorité, ça en a tout l’air.

Derrière la rhétorique prétendument vertueuse d’Olivier Nzahou, Procureur de la République près le Tribunal de 1ère instance de Libreville, se cache un sentiment d’omnipotence, source de toutes les dérives. © Gabonreview

 

«Force doit rester à la loi», aiment à dire nos dirigeants. Doivent-ils pour autant exercer leur force à l’ombre des lois et avec les couleurs de la justice ? On pourra toujours disserter sur le bien-fondé de la descente du procureur de la République dans les night-clubs de la capitale (lire «Justice-spectacle : La tournée des night-clubs»). En raison de la vive réaction des personnes interpellées (lire «L’affront spectaculaire de Shan’L»), l’événement a fait grand bruit. Exacerbée par la présence d’une équipe de télévision, la mise en scène était grossière. Ni les opérations de contrôle fiscal, ni les perquisitions encore moins les vérifications d’identité n’ont besoin d’être filmées. Si la liberté d’informer est l’un des piliers de la démocratie, la présence d’une caméra sème toujours le doute sur l’impartialité des enquêteurs et le respect de la présomption d’innocence ou du secret de l’instruction.

Confusion des rôles

D’ailleurs, la composition de l’équipe étonne et détonne : quel lien entre des fiscalistes en service à la direction générale des Impôts (DGI) et des gendarmes affectés à la direction générale des Recherches (DGR) ? Le procureur a-t-il le droit de mobiliser des agents sans en référer à leurs hiérarchies ? Sa responsabilité de garant de l’ordre public lui confère-t-elle le droit d’agir comme bon lui semble ? Assurément, un sentiment de toute-puissance habite l’homme. Déjà, ses explications laissent sans voix. Pêle-mêle, il a évoqué «l’insécurité» consécutive à l’usage de «psychotropes» et à la présence d’»armes blanches». Il a aussi parlé de défaut de «documents (permettant) de circuler sur le territoire gabonais» ou d’exercer le métier de tenancier de night-club. Malgré l’absence de preuves, il a dit avoir agi conformément à la loi !

A travers son plaidoyer, Olivier Nzahou s’est présenté comme le gardien de la sécurité des personnes et des biens, l’autorité en charge du contentieux fiscal, le responsable des brigades phytosanitaires et le dirigeant de l’administration en charge de la consommation et de la concurrence. Si ce n’est pas de l’abus de pouvoir, ça y ressemble fortement. Si ce n’est pas  de l’abus d’autorité, ça en a tout l’air. Certes, le procureur de la République peut faire des permanences de jour comme de nuit, y compris les week-ends. Mais le Gabon se veut encore un Etat organisé. Mieux, les citoyens y jouissent toujours de leurs droits civils et politiques. On ne peut procéder à la fouille des sacs ou prendre des gens en images sans leur consentement.  Au nom du respect de la vie privée, toute personne peut refuser d’être prise en photo. Elle peut, tout autant, s’opposer à l’utilisation de son image, à des fins commerciales ou non.

Sentiment d’omnipotence

Ayant été diffusées par la télévision publique, les images de cette descente musclée peuvent donner lieu à des actions en justice. Après tout, l’article 12 de la Déclaration universelle des droits de l’homme dispose : «Nul ne sera l’objet d’immixtion arbitraire dans sa vie privée (…) ni d’atteintes à son honneur et à sa réputation». Sous réserve du respect des bonnes mœurs, les virées en night-clubs relèvent de la vie privée. Le procureur de la République ne le sait-il pas ? Pourquoi n’a-t-il pas exhibé les «psychotropes» et autres «armes blanches» saisis, avant de faire diffuser des images de paisibles citoyens ? En se contentant de porter des accusations, il a versé dans la loi du plus fort, laissant le sentiment de chercher à nuire à la respectabilité d’autrui.

Pourtant, un jour ou l’autre, chacun de nous a ressenti le besoin de décompresser après une semaine de labeur. De nombreux citoyens, au-dessus de tout soupçon, fréquentent les night-clubs. Parfois, ils y vont seuls, souvent avec leurs conjoints. D’autres choisissent la compagnie de leurs amants. Peu importe leur rang social, homme ou femme, ils vont dans ces lieux de divertissement. Mais Olivier Nzahou feint de ne pas le comprendre. Si, par indulgence, il tolère l’existence des night-clubs, il les tient pour des temples de la dépravation des mœurs. Du haut de ses certitudes, il a prétention à imposer un ordre moral. Fort de ses prérogatives, il croit pouvoir caporaliser la société.Derrière sa rhétorique prétendument vertueuse se cache un sentiment d’omnipotence, source de toutes les dérives.

 
 

5 Commentaires

  1. Hugo dit :

    Un RIGOLO reste un RIGOLO

  2. SERGE dit :

    La justice n’existe pas dans notre pays.
    elle est faite pour les voleurs de poules alors que les grands bandits sont dans les rangs des hommes au pouvoir qui ressemblent à des apprentis.
    La presse est aux ordres comme les magistrats.
    Nous vivons une situation jamais vecue dans autre pays au monde ( santé d’ali)la presse fait quoi? aucune communication.

  3. Desiré dit :

    Aller là où on espère trouver de l’argent .

  4. Ikobey dit :

    C’est ces genres d’abus qui exaspèrent la population.
    L’exécutif doit remettre les pendules à l’heure de ces “petits chefs” qui abusent de leurs pouvoirs , des sanctions doivent être prises .
    Beaucoup regrette l’époque, celle de Léon Augé, où le PDG jouait bien le rôle d’alerte et de courroie de transmission entre la population et le pouvoir.

  5. OVENG FAME dit :

    Avant la Répression il faut d’abord l’éducation. Heureusement que ses sbires ont vite fait d’exfiltrer sa fille, car elle aussi fréquente ces milieux!Petit Procure de merde!

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