Suspendu d’activité pour trois mois par la Haute autorité de la communication (Hac) qui lui reproche d’avoir «déformé les faits afin de nuire à l’image de la Fegafoot», notamment dans l’affaire liée à la maltraitance supposée des Panthères féminines de moins de 20 ans en mai, le jeune journaliste gabonais indépendant se défend dans l’interview ci-après. Freddy Koula Moussavou, intervenant à RFI et à Canal+, dénonce sur Gabonreview les cris au complot de ses contempteurs et maintient qu’il est dans le vrai.

Journaliste indépendant, Freddy Koula Moussavou a été suspendu d’activité pour 3 mois par la Hac. © Image personnelle

 

Gabonreview : Saisie par la Fegafoot qui vous accuse d’avoir écrit des «articles haineux» contre elle, notamment dans l’affaire liée au traitement de l’équipe féminine des moins de 20 ans en mai dernier, la Hac vous a suspendu d’activité pour 3 mois. Comment appréciez-vous cette sanction ?

Freddy Koula Moussavou : Je trouve cette sanction à la fois surprenante et amusante. C’est à travers des notifications Facebook que je l’ai apprise. Le communiqué en lui-même ressemble à une mise en scène, mais je respecte le travail de la HAC, n’est-elle pas une grande institution, qui fait bien son travail ?

Cette sanction est donc justifiée, à vous entendre.

Si j’affirme que la Hac fait son travail en tant que grande institution, je ne trouve cependant pas que ma sanction soit justifiée.

Et pourquoi donc ?

Parce qu’elle ne se justifie pas du point de vue juridique, et je trouve que la procédure est un peu bancale. Car, si j’ai bien entendu, on me reproche d’avoir diffamé la Fédération gabonaise de football à travers l’alerte lancée le 23 mai 2019 au sujet de l’équipe nationale féminine de moins de 20 ans, qui venait de participer à un tournoi international dans le sud de la France, la Sud Ladies Cup. Le traitement subit par ces filles -et ce n’était pas la première fois- ne pouvait me laisser insensible, d’autant que celles qui m’ont téléphoné m’ont supplié en pleurant de les aider en faisant en sorte que ce qu’elles ont subi, dont les mauvais traitements, les intimidations, les menaces, les abandons et bien d’autres, soit connu du grand public.

Je n’ai fait que rapporter quatre témoignages reçus, deux appels téléphoniques, des notes WhatsApp et des échanges Messenger que je détiens toujours. Mes écrits sont d’ailleurs toujours disponibles sur ma page Facebook et mon comte Twitter. L’affaire était tellement grosse que je n’avais pas besoin d’en rajouter. Les attouchements sexuels, l’homosexualité sont des choses récurrentes dans le football féminin au Gabon, et cela dure depuis des années. N’en déplaise à Monsieur Mounguengui [Pierre Alain, président de la Fegafoot, ndlr.] et sa bande.

Certains vous accusent d’être le bras armé de M. Blanchard Endoume, qui est votre parent et qui a brigué la présidence de la Fegafoot. Comprenez-vous cette accusation ?

C’est la théorie du complot. Quand on est dos au mur, la solution est de se faire passer pour la victime. Monsieur Andoume est mon grand frère, je ne l’ai jamais caché. Je l’ai soutenu lors de sa campagne pour le poste président de la Fegafoot en 2018, c’était de mon devoir, il est mon aîné. Mais, soyons lucides, vous pensez que je suis assez stupide pour être son «arme de déstabilisation» pour une organisation qui s’autoflagelle ?

Il n’a pas besoin de moi pour se défendre. Il n’a pas, en ma connaissance, des velléités contre cette organisation à laquelle il a appartenu un moment, et que je critiquais déjà avant même qu’il n’y soit candidat. En dehors de ceux qui ont la bouche pleine et qui profitent des voyages tout frais payés par la Fédération, tout journaliste normalement constitué – et même le Gabonais lambda – sait que la bande à Pierre Alain Mounguengui, pour qui je n’ai aucun problème personnel, sert tout sauf le Football. Mes dénonciations m’ont déjà valu des intimidations et des menaces de «ne plus jamais rentrer au Gabon» (d’un des proches de Mounguengui), et un autre a menacé de me «faire du mal» parce que je dénonce leurs magouilles et amateurisme quotidiens.

Ils ont même essayé de s’en prendre à Madame Bérangère Minang, la pauvre, en l’accusant de comploter avec moi, comme si j’avais besoin de ça. Le journalisme est uniquement une passion pour moi, rien de plus. Et je suis content de servir les causes communes et ceux qui subissent des injustices. Grâce à ma dénonciation, ces filles ont reçu leurs primes, et d’autres ont pu rentrer dans leurs provinces. Les prochaines seront mieux traitées.

Vous semblez soupçonner une raison cachée derrière cette sanction…

Évidemment ! C’est de l’intimidation indirecte, un règlement de compte de la Fegafoot qui s’est sentie blessée après le retentissement de l’affaire des U20, d’autant qu’une enquête a été ouverte par le ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze, qu’ils ont aussi accusé de comploter et de m’utiliser pour déstabiliser cette Fédé. C’est d’une tristesse !

Cette sanction que je prends comme un buzz montre aussi que la Hac a pris un raccourci, et a commis une entrave à la liberté d’expression. Il y a eu vice de procédure, je n’ai jamais reçu de lettre, ni de convocation après que la Fegafoot a déposé sa plainte, la HAC n’a donc pas ma version des faits et suppose que j’ai diffamé. Or, j’ai des preuves. Même si j’ai le droit de ne pas dévoiler mes sources, la loi me l’autorise.

Par ailleurs, la plainte déposée à la Hac, au Gabon où je ne réside pas, concerne mes médias sociaux (Facebook et Twitter) et une publication qui a été postée dans un autre pays. Ils disent me suspendre en tant que «journaliste». C’est un cas de jurisprudence, qui est en total décalage avec la réalité, car, de ce que je sais, je n’ai pas de contrat avec Twitter et Facebook, ce ne sont pas des médias à proprement parler, donc la sanction et le communiqué en lui-même sont maladroits, et ne devraient pas aider à l’amélioration de l’image de la Hac qui a, il me semble, des problèmes plus urgents à régler.

Interview réalisée par Griffin Ondo Nzuey

 
 

6 Commentaires

  1. sergeus de moabi dit :

    j’ai comme l’impression que la HAC veux rentrer dans le jeu de FÉGAFOOT @FreddyKoula a tout a fait raison sur tout sinon pourquoi mentir sur sa supposé convocation depuis que Pièrre Alain MOUNGUENGUI est à ce poste le football Gabonais a connu des revers inquiétant et c’est pas en s’en prenant à Freddy Koula qu’on remettra l’ordre sur cette institution

  2. Eniga dit :

    C’est honteux, ce n’est pas du journalisme que d’accuser sans preuve et ce n’est pas à l’honneur de Gabon Review que de donner la parole à ce monsieur sans qu’il apporte la moindre preuve ou des témoins crédibles.
    Se cacher derrière la rumeur populaire tout simplement dégueulasse…

    • EHYA O.R dit :

      Freddy Koula a tout à fait raison, le sport au Gabon notamment dans le milieu féminin est infesté de gens aux mœurs douteuses qui mettent la pression sur les jeunes filles. Il faut le dénoncer avec vigueur. Si Freddy ne l’avais pas fait qui aurait su cette histoire, personne si ce n’est les intéressées elle-même.

      Gabonreview est à l’honneur d’avoir permis à ce jeune compatriote de s’exprimer sur cette affaire afin de donner sa version des faits, qu’on aime ou pas. Au moins on a les deux versions de l’histoire et chacun peut se faire son opinion.

  3. Emmanuel dit :

    C’est une honte pour une aussi grande institution comme La HAC d’être à l’oeust. Je pense que dans ce pays les choses changerons un jour. Merci Freddy KOULA.

  4. Cédric dit :

    Félicitations Freddy, je ne te connaissais pas bien mais tu es une fierté pour ce beau pays. Ne lâche rien et continue de faire ta passion. Un jour prochain ils vont tous partir…Ce sont des gars comme toi qui me rendent fiers d’être gabonais.

  5. moundounga dit :

    Bjr. La vérité fait toujours mal. Nos institutions ressemblent de plus en plus à des bagarres de quartier ou vous entendez les protagonistes dire… essai, essai, essai tu vas voir ce que je vais te faire… et finalement il n’en ai rien. Tout simplement sa sent la défaite partout.

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