Simplement chargé du suivi et non de la mise en œuvre de la stratégie des investissements humains et des objectifs de développement durable, l’ancien directeur de cabinet du président de la République devra faire le dos rond pour se frayer un chemin. Sa flexibilité, son humilité et son sens tactique seront déterminants.

Au moment de faire son entrée au gouvernement, l’ancien directeur de cabinet du président de la République doit s’imposer une analyse du contexte. © facebook/TeamBLAOfficielle

 

Pour la première fois de sa fulgurante carrière, Brice Laccruche-Alihanga est soumis à une épreuve politique. Débarqué de la direction du cabinet présidentiel puis envoyé au gouvernement, il a hérité d’un portefeuille de «bric et de broc». Eu égard à l’intitulé de son ministère, il devra faire le dos rond pour se frayer un chemin. Entre la Fondation Sylvia Bongo, porteuse de la Stratégie d’investissement humain du Gabon, et les ministères en charge de l’Environnement, de l’Economie et de la Protection sociale, il aura fort à faire pour se trouver une place. Comme sa flexibilité et son humilité, son sens tactique sera déterminant. Chargé du suivi et pas de la mise en œuvre, il devra ruser pour remplir sa mission. Pour lui, rien n’est gagné. Bien au contraire…

La monnaie de sa pièce

Le suivi consiste à recueillir, analyser et utiliser des données en vue de déterminer l’évolution d’une politique publique. Destiné à faciliter des ajustements, il favorise l’adéquation de l’action publique avec les objectifs politiques. Quel lien entre les politiques publiques et le plan opérationnel d’une fondation privée, fut-elle reconnue d’utilité publique ? Imagine-t-on un membre du gouvernement s’immiscer dans l’activité d’une entité cornaquée par l’épouse du président de la République ? Imagine-t-on des ministres aux prérogatives claires se soumettre aux demandes d’un autre au mandat plus flou ? A moins de faire preuve d’une grande naïveté, nul ne peut l’envisager. Sauf à faire montre d’un optimisme débridé, personne ne peut le soutenir. Déjà, l’on se demande sur quels indicateurs ce suivi sera-t-il construit.

Sous nos latitudes, le suivi n’est pas une notion comprise par tous. Malgré son rattachement à la présidence de la République, le Bureau de coordination du Plan stratégique Gabon émergent (BCPSGE) n’a jamais pu s’imposer dans le paysage institutionnel. Au final, il est devenu un service du secrétariat général du gouvernement. C’est dire si la première bataille de Brice Laccruche-Alihanga devra apporter la preuve de l’utilité de son maroquin. En le présentant comme «un Premier ministre bis», ses laudateurs se moquent de lui. Les protocoles de suivi restant à définir, peu de membres du gouvernement seront disposés à lui dérouler le tapis rouge. En cette ère de déconstruction de l’Association des jeunes émergents volontaires (Ajev), ils auront beau jeu de lui rendre la monnaie de sa pièce. Pis, la Fondation Sylvia Bongo pourra toujours se réfugier derrière son statut juridique ou se prévaloir de l’autorité de sa fondatrice pour se soustraire de toute collaboration.

S’imposer une analyse du contexte

Désormais en charge du Suivi de la stratégie des investissements humains et des objectifs de développement durable, l’ancien tout-puissant directeur de cabinet du président de la République doit théoriquement mettre à disposition des informations adaptées aux besoins de certains acteurs. En matière d’inclusion sociale, de genre, comme sur la politique de la ville ou la lutte contre le réchauffement planétaire, il doit veiller à la cohérence des interventions. Il doit tout autant renseigner les ajustements nécessaires. A première vue, sa mission s’inscrit dans une recherche de transparence et d’efficacité. Seulement, sa marge de manœuvre sera fonction des accointances des acteurs. Si les conditions de son éviction du cabinet présidentiel pèseront, ses outrances du passé feront le reste. Pourra-t-il les faire oublier ? Saura-t-il gagner la confiance de ses nouveaux collègues ? Pourra-t-il les contraindre à une franche collaboration ? Saura-t-il ramener ses protecteurs d’hier à de meilleurs sentiments ? Pourra-t-il bénéficier de leur soutien ? Des réponses à ces questions dépendent et sa réussite et sa longévité au gouvernement.

Au moment de faire son entrée au gouvernement, l’ancien directeur de cabinet du président de la République doit s’imposer une analyse du contexte. Brice Laccruche-Alihanga doit réfléchir à l’état d’esprit de ses nouveaux collègues. Il doit chercher à cerner les aspirations de ses potentiels partenaires. Sans tabou, il doit avoir le courage de revisiter le passé récent. Sans arrière-pensée, il doit réinterpréter ses agissements à l’endroit des membres du gouvernement. De même, il doit s’interroger sur leurs conséquences. Faute de le faire, il pourrait se marginaliser et créer les conditions d’une probable éviction du gouvernement. Curieux et subit retournement de situation…

 
 

2 Commentaires

  1. Serge Makaya dit :

    “… son humilité…”… Lol ! Vous êtes sérieux ? Pitié ! A Ntare Nzame !!!

  2. Mezzah dit :

    Belle analyse.
    J’ai appris que certaines personnes qu’il a contractées pour former son Cabinet ont refusé de le rejoindre. C’est dire méfiance!

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