HABANA

 

De par leur objet, les rencontres entre Ali Bongo, Patricia Scotland et le prince Charles soulèvent bien de questions.

Vu de l’extérieur, l’adhésion au Commonwealth peut apparaître comme une opportunité. Mais le Gabon répond-il à toutes les exigences y nécessaires ? © Gabonreview/Shutterstock

 

Ni politique-fiction ni fausse nouvelle : le Gabon vient de faire acte de candidature au Commonwealth. Naturellement, cette initiative soulève des questions. Pour mieux en mesurer la pertinence, l’opinion cherche à en saisir les avantages et inconvénients. Tout le monde veut en saisir la portée géopolitique ou en soupeser l’intérêt économique. Chacun essaie d’en évaluer les aspects linguistiques et culturels. Pourquoi rejoindre la sphère d’influence britannique ? Est-ce une manière de répudier le Français ou de le mettre en concurrence ? Est-ce un message envoyé à la France et au monde francophone ? Est-ce un moyen de s’ouvrir à de nouveaux marchés ? Une façon d’exorciser le passé ou de se projeter dans le futur ? Sur toutes ces questions, un exercice de clarification s’avère nécessaire. En se soumettant à un tel exercice, le gouvernement ferait œuvre utile.

Piliers de la politique étrangère

Perçu comme une transfiguration de l’empire colonial britannique, le Commonwealth se définit comme un «réseau de coopération et de promotion du développement». Il se donne pour objectif de promouvoir «l’entente et la paix dans le monde». A cette fin, des critères d’adhésion ont été définis, notamment l’effectivité d’un «lien constitutionnel historique avec un État membre», un engagement en faveur des «processus démocratiques, y compris des élections libres et équitables (…) l’indépendance du pouvoir judiciaire (…) la transparence dans les comptes publics, la protection des droits de l’homme», «l’utilisation de la langue anglaise dans les relations intercommunautaires», la «promotion de la société civile»  et, last but not least, la «reconnaissance de la reine Elizabeth II comme chef du Commonwealth». Le Gabon répond-il à ces exigences ?

Selon le Plan stratégique Gabon émergent (PSGE), la politique étrangère du Gabon repose sur deux piliers : économique et sécuritaire. Affirmant vouloir capitaliser les relations bilatérales et les processus d’intégration, notre pays espère parvenir à une «diversification des partenariats économiques». Disant devoir valoriser ses atouts naturels et sa position géostratégique, il entend porter des «messages (sur) le développement durable, (…) le climat (et) le développement humain». Concrètement, cela doit se traduire par la promotion de «mécanismes de prévention des conflits et crises», y inclus les changements climatiques et le terrorisme. Cela passe aussi par le renforcement des «liens avec les différentes institutions partenaires». Surtout, cela suppose la maîtrise de l’espace maritime et de ses ressources. Vu sous cet angle, la rencontre entre Ali Bongo et le prince Charles peut avoir du sens voire de l’intérêt. En va-t-il de même pour celle avec Patricia Scotland ? Voire…

L’intérêt d’une telle initiative

À moins de méconnaître les récentes évolutions du Commonwealth, on ne peut parier sur une issue heureuse. Sauf à sous-estimer les conséquences de l’adhésion du Mozambique ou à se tromper sur les raisons de l’admission du Rwanda, on ne peut faire montre d’optimisme. Même si elle causa un malaise, au point de susciter des ajustements juridiques, l’admission du premier pays cité était une «reconnaissance de son soutien aux politiques du Commonwealth à l’égard de l’Afrique du Sud et de la Rhodésie à l’époque de l’apartheid». Celle du second procédait de «circonstances exceptionnelles»  liées, entre autres, à son histoire singulière et au bilinguisme de son élite dirigeante, essentiellement constituée de personnalités venues d’Ouganda. Pour des raisons diverses, l’Algérie, Madagascar, le Yémen et même le Soudan n’ont pas eu la même fortune. Même si le Gabon s’est récemment avancé sur la dépénalisation de l’homosexualité et les relations au sein des couples, tout cela pourrait s’avérer insuffisant. Quand bien même, notre pays n’a de cesse de gloser sur un supposé engagement en faveur de l’environnement, on ne perçoit toujours pas l’intérêt d’une telle initiative.

Vu de l’extérieur, l’adhésion au Commonwealth peut apparaître comme une opportunité. Sur les 10 pays les plus riches du continent, cinq en sont membres. Sur les 10 les mieux gouvernés, neuf en font partie. Mais, on ne peut prétendre tirer bénéfice d’une quelconque appartenance sans songer à changer de pratique politique. Surtout, on ne peut instrumentaliser la question homosexuelle ou l’approche genre sans ouvrir le débat sur l’identité. Du point de vue de la langue, de la culture, de l’histoire, des traditions ou de l’État de droit, le Gabon a-t-il beaucoup de choses en partage avec l’ancien empire britannique ? Au lieu de se contenter de modifications aux forceps du Code pénal ou du Code civil, il faut plutôt se poser ces questions.

 
GR
 

22 Commentaires

  1. Isidore dit :

    Parce que vous croyez vraiment que les français ou francafrique ignorent cette démarche de Sylvia Bongo (elle même française) ? Posons la bonne question: que cherche plutôt la francafrique en faisant rencontrer le sosie d’Ali Bongo avec le Prince Charles ? Qu’est ce qui se trame ? C’est quoi le nouveau piège tendu au gabonais ?

    Et cessez de raconter que cet Ali Bongo est vivant. Il est mort.

  2. Diarra dit :

    Derrière toutes ces manœuvres se cache l’intention de nous imposer le fils adoptif de Sylvia Valentin: Nourredine. Comment comptent-ils procéder ? Dieu seul sait. Mais ne pensez surtout pas que la France n’est pas dans cette manoeuvre. Elle est même l’initiatrice.

    Le Gabon est une trop grosse vache qu’elle ne saurait laisser entre les mains de n’importe qui. Ce qui se passe avec le Commonwealth, c’est juste de la diversion comme elle sait le faire.

    • Francois Ndjimbi dit :

      Restez Serge Makaya. Changer de surnom ne sert à rien. Votre thème de prédilection n’a pas changé. Tout le monde vous reconnaît 😂. Merci de continuer à nous suivre.

      • Diarra dit :

        @François Ndjimbi, pourquoi voulez-vous que je sois Serge Makaya ? Et qui est-il ? Je suis du Burkina Faso et Gabonais de cœur, ayant passé une bonne partie de mon enfance-jeunesse au Gabon. C’est donc pour moi une seconde patrie presque. Et les problèmes du Gabon sont aussi un peu ceux du Burkina Faso. Et surtout l’influence insoutenable de la françafrique dans notre continent. Une forme de néocolonialisme qui perdure. Je m’informe de temps à autres des nouvelles de ma seconde « patrie » grâce à votre site. Et je profite au passage pour vous remercier pour vos sujets intéressants. Bonne continuation.

  3. Gaston dit :

    Commonwealth ou pas, les Bongo doivent partir de ce pays. Un point, un trait. Il faut en finir avec ces gens. Ce sont des manoeuvres dilatoires. Nous voulons libérer le Gabon svp.

  4. Julien dit :

    @François Ndjimbi, mais la rengaine est la même pour bon nombre de gabonais. Mdr. Et c’est tout ce que nous pouvons faire. Prendre les armes c’est impossible. Mettre l’armée de notre côté, aussi impossible. Le Tchad est l’exemple frappant de la présence insidieuse de la France à ce spectacle quotidien en territoire gabonais er dans le reste de l’Afrique subsaharienne surtout. Le jour que la vérité sortira, les mêmes manipulateurs n’auront même pas honte de leurs actes. Car la honte n’existe pas pour eux.

    Au passage, le Serge Makaya que vous citez à peut-être aussi raison de disparaître. Personnellement, je ne pense pas que c’est lui. Mais bon, pourquoi pas. D’autres en font autant sur votre page. Ce qui veut dire que Serge Makaya était quand même intéressant à lire. Car les vérités qui sont dites ici irritent ceux qui qui s’y reconnaissent.

    Bonne journée à vous et à votre équipe rédactionnelle.

  5. Fiacre dit :

    La famille Bongo que j’ai (France) installée au pouvoir oserait changer de système sans mon aval ? Voilà la bonne question à se poser. Le reste est dilatoire. La France ne se séparera jamais des Bongo tant que ces derniers demeureront obéissants. Idem pour l’actuel Tchad et bien d’autres pays d’Afrique. Si vous ne rentrez pas dans sa logique, vous êtes catapulté, débarrassé comme elle sait bien le faire.

    Ne nous trompons pas d’ennemis: les Bongo, certes. Mais d’abord ceux qui les ont installés: la francafrique.

    L’actuel Premier Ministre (Rose Ossouka) se verrait rapidement éjectée de son siège si elle n’applique pas la politique bongoiste. Par conséquent, vous ne verrez jamais cette dame contredire « le président »(pour ne pas dire la présidente Sylvia Bongo)…

    Ne vous inquiétez même pas un peu, le Gabon (surtout) ne sortira jamais du giron français.

  6. Luc Ongotho dit :

    Les Gabonais…. Un peu triste tous ces commentaires hors sujet … La France, la France, la France… Et puis quoi encore ? C’est aussi elle qui choisit vos femmes par hasard…. Olam c’est des français par hasard… Lee White, Jim Dit-on, Henri Ohayon, c’est des français par hasard.. Vous vous onterdisez maintenant toute réflexion puisque votre réponse a toute question est connue : la France… Inquiétant pour le pays…

    • Ondo dit :

      Alors, vous êtes vraiment AVEUGLES. Les Bongo sont bien aux commandes à cause de la France. C’est plutôt ceux qui disent comme VOUS : « encore et toujours les français, mais laissez-les un peu tranquille… » qui SONT là pour MASQUEZ les manœuvres françaises. Je suis désolé de vous décevoir, mais votre France est bien derrière tout ce qui se passe actuellement au Gabon. Ce n’est même pas la veuve Sylvia Bongo qui commande, c’est bien Paris.

      NB : le clan Bongo n’officialise PLUS leurs séjours à l’étranger (surtout pas en France et aux USA), par PEUR de la diaspora (résistants) Gabonaise

  7. christian dit :

    En réalité les Bongos veuillent juste rehausser les enchères.Ils ne compte pas sortir du juron Français,ils veulent juste que les Français soutiennent le successeur d’Ali Bongo

  8. Jones dit :

    Pure et simple diversion ! Bonne chance en tout cas !

  9. Lee blanc dit :

    Cette cabale contre lee blanc et ya josephine, il y a une semaine chrono, a fait coulé bcp d’encres et de salives auprès des gabonais éclairés, par conséquent mérite une attention particulière.
    Une grosse photo du fils et une image sombre du père, Cette image taraude les esprits des autochtones qui ne vont plus se laisser faire. trop c’est trop!

    Fin du covid19 au gabon!

  10. brownsugar dit :

    je comprend pourquoi les gabonais sont souvent domines et manipules par les autres en raison de leurs raisonnement leger ils ne font jamais des analyses profondes et fondes sur des faits.ali bongo n est pas mort croyez moi.affaibli oui et toujours avec les memes idees .il n a jamais ete un francophile en raison de ses origines.c’est par concours de circonstance favorable qui est devenu president.il a le soutien des rwandais et ougandais .observer le nombre d’accords bilateraux qu il y a entre le rwanda et le gabon.les francais l’ont sous estime comme ils l ont fait avec le president de centrafrique qui a une garde russe maintenant .ali lui c’est sera les anglais qui vont le bichoner.sa femme quoique francaise ne l influence ce sont amis le plus en particulier kagame et autres.

  11. brownsugar dit :

    la france a telle besoin pour installer quelqu un au pouvoir de le pousser a faire la publicite du commowealth qui est carrement un camouflet pour la france afrique meme si cest pour creer diversion.je ne crois que cela soit un jeu mais plutot une ambition ardente et epidermique.deja c’est un camouflet politique a la franceafrique et francophone le fait meme de parler de commonwealth et bientot d’anglais dans un pays qui n a aucun lien historique avec la grande bretagne et qui fut sous le pere bongo le principal allie de l’influence francaise en afrique.pour la france afrique c’est une humiliation qui aura un effet domino car d’autres vont suivre en se disant que si un petit pays comme le gabon s’affranchit de la sphere d influence francaise alors tentons aussi.comme quoi tout chose a un debut et une fin.le francais est a appler observe un recul dans sphere d’influence traditionnelle.centrafrique s’est eloigne,gabon basculement en douceur et brusque

    • Luc Ongotho dit :

      @Brownsugar. Malheureusement pour Ali Bongo, le Gabon n’est pas éligible au commonwealth. Il va encaisser un camouflet en public. Il fait la demande. Par politesse on l’écoute et lui il croit qu’on l’a accepté. Quel grand enfant !!!

  12. Biyoghe Armand dit :

    @Luc Ongotho, ce n’est même pas lui qui fait cette demande. Et tout ça pour gagner du temps avec leurs plans pour se maintenir au pouvoir. Va t’on s’en sortir un jour Seigneur ?

  13. yaali dit :

    ali a juste repris ses balades, c est tout.un pays francophone qui va etre accepté dans le commonwealth sous quelle base? c est juste pour dire que la papa bouge

  14. S. MBA dit :

    Je présente mes compliments à Roxanne Bouenguidi pour cet excellent article. J’ai apprécié le style, le questionnement et surtout la conclusion (réformes du code pénal et du code civil qui dressent le peuple contre les élites dirigeantes). Vous êtes une journaliste respectable. Vous n’êtes pas une thuriféraire inconditionnelle. Votre article est intellectuellement équilibré. C’est à votre honneur. Sur le fond, j’ai indiqué en commentaire sur un autre article que l’adhésion au Commonwealth c’est tomber de charybde en scylla. C’est faire comme le crocodile qui fuit la pluie pour aller se réfugier dans la rivière. La vérité c’est que l’Afrique a besoin d’un leadership incarné par une personnalité politique intègre et charismatique, à l’instar de Martin Luther King ou Nelson Mandela. C’est un tel leader dont l’Afrique a urgemment besoin pour, non pas s’éterniser dans la Francophonie ou adhérer au Commonwealth, mais pour réaliser l’Union des Etats d’Afrique. C’est un Etat confédéral qui protègera les Africains contre les projets génocidaires des organisations occultes qui veulent être les maîtres éternels d’une Afrique sans les Africains.

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