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De retour de la Côte-d’Ivoire où il a joué dans la nouvelle fiction africaine «Cacao», mettant en scène les travers de la filière des fèves à travers l’exploitation des paysans ou les dégâts écologiques dus à l’expansion des plantations, Serge Abessolo, nous enseigne dans cette interview accordée à Gabonreview qu’«il faut pouvoir vivre de ses rêves plutôt que de rêver de sa vie».

Serge Abessolo. © Image personnelle

 

Gabonreview : Cela fait un peu plus d’un an que Serge Abessole n’était pas visible au Gabon. Où étiez-vous ?

Serge Abessolo : Ces derniers temps, effectivement je me suis éclipsé pour la Côte d’Ivoire pour plusieurs travaux qui rentrent dans le cadre culturel. J’étais sur la réalisation d’un projet cinématographique. Plus précisément, une série télévisée appelée Cacao, du réalisateur ivoirien, Alex Ogou. Sur une idée de Yolande Bogui et produit, entre autres, par François Deplanck et Alex Ogou. C’est une série de 12 épisodes de 52 minutes chacun.

Il faut dire que c’est une création originale de Canal Plus qui a été projetée sur le petit écran du 15 juin au 21 juillet 2020. Le tournage s’est passé pendant 8 mois dans les villes de Mayo, Soubré, Adzopé, grand Bereby et le royaume de Moosso, avec quelques scènes à Abidjan.

© D.R.

Que raconte cette série télévisée ?

Cacao, comme son nom l’indique, tourne autour de la filière cacao. En partant de la cabosse à la tablette de chocolat. Comme vous le savez, le cacao en Côte d’Ivoire est à peu près ce que le pétrole est au Gabon. C’est l’une des premières ressources économiques en Côte d’Ivoire. Donc, il se crée beaucoup d’histoires autour de Cacao. Les guerres des clans, les coopératives qui se battent les unes contre les autres, des grands hommes d’affaires et des types influents voulant toujours dominer… C’est une histoire axée sur le contrôle du cacao, avec d’un côté, Elie Desva que j’incarne et en face, un autre personnage très fougueux qui est Jean Aité, joué par Fargass Assandé. C’est comme dans le business du pétrole. Comme dans la série Dallas à l’époque aux Etats-Unis d’Amérique.

Etes-vous passé par la phase du casting ?

En ce qui concerne le cinéma, la Côte d’Ivoire a des sociétés qui n’existent pas ici. C’est-à-dire, des boîtes de casting. Donc, j’ai fait l’objet d’un casting par une boite dirigée par Mme Adélaïde Ouatara qui cherche des comédiens qui correspondent aux personnages auxquels, il faut donner des scénarios. Elle les cherche à travers le monde. C’est ainsi qu’elle va se souvenir que tel personnage correspond à un type qu’elle a vu au Gabon et elle m’appelle. Puis, m’envoie des scénarios, me demande de jouer des vidéos pour voir comment je joue. Je suppose qu’elle l’a fait avec plusieurs autres artistes ailleurs, avant de décider de porter son choix sur moi. C’est comme ça que j’arrive dans la série télévisée Cacao.

Se soumettre à un tel test n’a pas été difficile pour vous ?

Non. C’est vrai qu’il faut se mettre dans la peau du personnage qu’on vous demande de jouer. Cela nécessite un travail sur vous-même. Parce que là, vous n’êtes plus Serge Abessole. Vous devenez Elie Desva.

Dans combien des films avez-vous joué hors du Gabon avant Cacao ?

Il y a quelque chose que j’ai dans la gorge que je vais vous confier. Il s’agit du film d’Amoussou, «l’Orage africain», qui a d’ailleurs été primé au dernier Fespaco comme Etalon d’argent, dans lequel j’étais pressenti de jouer le rôle du ministre de l’Intérieur. On tombe d’accord et on signe. Mais à 5 jours du tournage, je tombe malade. Malheureusement, je n’ai pas pu jouer dans ce film qui se tournait au Bénin. Je me suis excusé auprès d’Amoussou. D’autant plus qu’on a longuement échangé et dans sa tête, il était focalisé sur moi. Ce sont les choses qui arrivent et je suis content que le film ait réussi sans moi. Car, ce sont les acteurs qui ont donné de leur temps, de leurs efforts et le film a été un grand succès. Au Bénin, j’ai joué dans «La Parfaite inconnue» du réalisateur Arantess, qui est actuellement disponible sur la chaîne Radio-télévision-ivoirienne.

En Côte d’Ivoire, j’ai joué dans plusieurs films. Par exemple, dans les 5 derniers épisodes de «Ma famille». J’ai joué dans «Le Mec idéal». Un film qui a bien marché et qui est d’ailleurs l’Etalon du Fespaco 2011 avec le réalisateur Owell Brown. J’ai aussi joué dans un téléfilm appelé «Virus» de l’ivoirienne Brigitte Bleu.

© D.R.

Vous êtes plus connu comme humoriste. Aujourd’hui, vous êtes un acteur de cinéma qui vend bien son talent à l’international. Avez-vous définitivement tourné le dos à l’humour ?

L’humour n’a pas changé. Ce que j’ai envie de dire, c’est que la scène se fait de plus en plus petite au Gabon. Nous sommes un million à peine. En ce qui me concerne, après chacun l’interprètera à sa façon, j’ai eu un peu d’avance. C’est-à-dire que le One man show que j’ai commencé il y a 20 ans, c’est ce que je vois beaucoup faire aujourd’hui à travers différents types de spectacles. C’est-à-dire, sapé sur scène avec des textes. Je disais des soirées d’une heure à l’Institut français, le Centre culturel français à l’époque. Et, ayant démarré très tôt ce style-là, j’avais un spectacle annuel à l’Institut français. Puis, je suis arrivé à faire deux soirées par semaine dans cette salle.

Je me souviens, en 2001, j’ai fait le plein du stade de football d’Atôm’Assi à Oyem. Ce qui n’était pas donné à un humoriste à cette époque. J’ai fait Roger Butin à Port-Gentil. Le Méridien, les Sergeries d’Abess à l’Okoumé Palace à l’occasion de deux dîners galas et d’autres salles. J’ai joué mon premier spectacle à l’international en 1998, à l’hôtel Ivoire d’Abidjan pour le lancement du parfum Pi de Givenchy. Et je me rends compte qu’au bout d’un moment, j’ai fait toutes les salles au Gabon. A un moment, ce sont les mêmes personnes que je vois dans les salles de spectacle, que je rencontre lors des mariages et des baptêmes. J’essaie donc depuis quelque temps d’élargir mes horizons. J’ai par exemple un rendez-vous annuel avec le peuple du Congo Brazzaville qui découvre un nouvel humoriste à l’occasion du festival de Tazama. Et moi, je suis content de découvrir un nouveau public.

En parlant d’élargir vos horizons, vous n’avez pas fait le célèbre Parlement du rire de Mamane comme vos compatriotes Défoundzou et Manitou ?

Ça dépend de ce que chacun veut faire. Est-ce qu’on veut en faire une carrière ? Si on veut en faire une carrière, il va falloir s’informer sur ce qui se passe autour de ton activité et se former dans cette activité pour être compétitif. Aujourd’hui, vous remarquez qu’ils ne sont pas beaucoup de Gabonais qui arrivent à l’international. On parle parfois de Défoundzou. Par contre en Côte d’Ivoire par exemple, vous allez citer plusieurs noms qui sont à l’international. Je crois qu’il faut choisir son créneau et son public. Voir comment fonctionne ce public et savoir ses besoins. Là, on saura quoi offrir à ces personnes. Parce que l’humour est un métier comme le cinéma.

Pour un jeune qui veut se lancer dans ce domaine, quels conseils lui prodiguerez-vous ?

Le jeune qui veut devenir un Serge Abess dans ce métier ? D’abord, il faut y penser. Ensuite, se donner des moyens. Je dis qu’il est toujours important de passer d’abord par le théâtre. Pour ma part, j’ai commencé par la troupe théâtrale du lycée d’Etat d’Oyem (TTLEO), avec Nguema Missang, Bibang Anaclet et beaucoup d’autres. D’ailleurs, j’en profite pour rendre un hommage à Bikoro Godefroy qu’on appelle Bykoro, avec qui j’ai joué à l’époque.

© D.R.

On nous a fait croire pendant longtemps que les métiers de l’art et de la culture étaient réservés aux gens qui avaient raté leur vie. Ce sont des conneries. Quand j’étais au lycée, chaque lycée avait une fanfare, une troupe de théâtre et un orchestre. Des gars comme Oliver Ngoma ont joués au lycée Technique national Omar Bongo. François Ngwa et Alexis Abessole au lycée d’Etat de l’Estuaire. On enseignait la musique en classe. Il y avait même une épreuve d’art et culture au baccalauréat. Aujourd’hui, on nous dit, « Faîtes les sciences physiques, chimiques, mathématiques, politiques et vous serez un grand homme« . Je dis aux jeunes qu’il faut croire en ses rêves. Puis foncer. Mais il faut pouvoir affronter le regard de la société. Le regard malsain qui consiste à dire que, les artistes sont les moins que rien. C’est des histoires. Il faut pouvoir vivre de ses rêves plutôt que de rêver de sa vie.

Quels sont vos projets ?

Il y a deux films dans lesquels je dois jouer. Nous attendons la levée des mesures barrières relatives au Covid-19. D’ailleurs l’un des réalisateurs a fait une demande de dérogation. Ce que les gens ne comprennent pas, c’est que, un plateau de tournage est aussi une entreprise. Si on laisse travailler la poste, la banque, les gens du secteur de la culture, les commerçants et les administratifs, pourquoi on ne nous laisse pas tourner ? Surtout qu’au Gabon, nous n’avons pas une aide sur les projets suspendus en raison du au Covid-19, comme c’est le cas au Sénégal et en Côte d’Ivoire. Nous avons arrêté le tournage de Cacao depuis décembre 2019 et il n’y a aucune subvention ici au Gabon pour les artistes avec des projets culturels mis en stand-by. Qu’on nous laisse travailler pour vivre notre vie.

 
GR
 

2 Commentaires

  1. François dibala dit :

    Bravo Serge,nous aimons plus ce qui viens de l’occident, alorsque nous avons des artistes qui ont besoin des moyens pour faire des bonnes choses,afin de vivre de sa. Et aussi être comme les acteurs nigérianes ou indien et pour quoi pas américain, qui deviennes MIlliards. Au Gabon le métier numéro 1 c’est la politique où il faut decentre la culotte et tué. Je t’encourage Parce que je suis fière de te voir dans des film hors du Gabon. Nous voyons des acteurs béninois, Ghana et autres Africains réussir aux était unis. Pour pas pas toi. C’est juste croire en soit et à ce que ont fait. Mes félicitations et encouragement. Bravo. Serge

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