Contrôle maritime : Libreville au cœur de la sécurité des eaux africaines
Au moment où les États africains misent davantage sur l’économie bleue, la sécurité des voies maritimes devient un enjeu économique majeur. Réunis à Libreville, les 22 États membres du Mémorandum d’Abuja cherchent à renforcer le contrôle des navires et à mieux anticiper les mutations du secteur.

Photo de famille, le 21 septembre 2026. © D.R.
Libreville accueille, depuis le 21 septembre, la 16ᵉ réunion du Comité du contrôle des navires par l’État du port du Mémorandum d’entente d’Abuja (MoU d’Abuja). Une rencontre qui réunit les délégations des 22 États membres autour d’un enjeu central : renforcer la sécurité maritime dans une région où le transport par voie maritime demeure un maillon essentiel des échanges économiques. Après la 15ᵉ réunion tenue en octobre 2025 à Conakry, en Guinée, au cours de laquelle le Gabon avait été distingué pour son meilleur taux d’inspection des navires, Libreville devient à son tour le cadre des réflexions sur l’avenir du dispositif régional.
Les travaux sont placés sous le thème : « De la politique à la pratique : bâtir un régime de contrôle par l’État du port résilient et préparé pour l’avenir ». Signé le 22 octobre 1999 à Abuja, sous l’égide de l’Organisation maritime internationale (OMI), le mémorandum repose sur une logique de coopération entre États. « Aucun de nos États pris isolément ne saurait garantir seul la sécurité de la navigation sur une façade atlantique qui s’étend de la Mauritanie à l’Afrique du Sud », a souligné la directrice générale de la Marine marchande du Gabon, Frédérique Avome Oliveira épse Guevit. Une nécessité qui, 27 ans après la signature du texte, conserve toute sa pertinence.
Des défis importants

Quelques officiels gabonais lors de la première journée. © D.R.
« La pertinence de cet instrument s’impose avec une acuité renouvelée », a-t-elle affirmé. Les ports concentrent l’essentiel des échanges extérieurs tandis que les eaux africaines portent les ambitions d’une économie bleue créatrice de richesses. Une dynamique qui pourrait toutefois être compromise par la circulation de navires sous-normes, susceptibles de mettre en péril les équipages, les écosystèmes marins et la réputation des ports de la région. Le contrôle par l’État du port constitue ainsi un rempart essentiel. Il permet de vérifier la conformité des navires étrangers aux principales conventions internationales en matière de sécurité et de protection de l’environnement, notamment Solas, Marpol, les lignes de charge, STCW.
Mais aussi, la Convention du travail maritime de 2006, ainsi que les instruments relatifs aux systèmes antisalissures et à la gestion des eaux de ballast. La région a réalisé des avancées ces dernières années, avec l’harmonisation des procédures, la montée en puissance du système AMIS, la professionnalisation des inspecteurs et la publication de la liste des navires-sous-performants. Des disparités persistent néanmoins entre les États, notamment dans le nombre d’inspections réalisées, la transmission des données et la disponibilité d’inspecteurs suffisamment qualifiés. À cela s’ajoutent de nouveaux défis : décarbonation du transport maritime, numérisation, cybersécurité à bord, vieillissement des flottes et opacité de certaines pratiques d’immatriculation.
Dégager les priorités stratégiques
Les travaux de Libreville doivent permettre aux administrations maritimes des 22 États membres d’échanger sur ces enjeux, de renforcer leur coopération et de dégager les priorités stratégiques du mémorandum pour la période 2026-2030. À l’ouverture officielle des travaux, le ministre gabonais des Transports, Ulrich Manfoumbi Manfoumbi, a réaffirmé l’attachement du Gabon aux principes et objectifs du MoU d’Abuja. « C’est pourquoi le Mémorandum d’entente d’Abuja demeure au centre de l’action de nos pays », a-t-il déclaré, rappelant également que le transport maritime constitue un levier majeur du développement économique, alors que plus de 80 % des échanges commerciaux mondiaux transitent par voie maritime.
La réunion technique de Libreville sera suivie, le 25 septembre, de la 6ᵉ Conférence ministérielle du Mémorandum d’Abuja. Une séquence politique appelée à prolonger les conclusions des travaux techniques et à fixer les orientations futures de la coopération régionale. « Ensemble construisons une mer plus sûre, des ports plus forts, pour une Afrique maritime résiliente et prête pour l’avenir », a déclaré Danso Malang Olimatou, directrice générale de la Marine marchande de Gambie et représentante du président du MoU.
















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