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En constituant une commission censée auditionner les structures, institutions et personnalités impliquées dans la gestion de la crise sanitaire, la première chambre du Parlement s’est mise au défi.

Si l’enquête parlementaire en cours venait à faire pschitt, les appels à la déchéance de mandat entendus ces derniers jours gagneraient en pertinence. A contrario, si elle se montrait à la hauteur des attentes, le Parlement retrouverait un peu de l’estime populaire. © Gabonreview

 

Pour la première fois, l’Assemblée nationale s’est résolue à exercer sa mission constitutionnelle de contrôle. Suggérée par le Premier ministre, exigée par le président du groupe Les Démocrates, une commission d’enquête parlementaire a été mise en place. Présidée par la députée PDG de la Basse-Banio, elle est censée rendre son rapport d’ici au 15 septembre prochain. Théoriquement, elle doit auditionner l’ensemble des structures, institutions et personnalités impliquées dans la gestion de la crise sanitaire. C’est dire si ses conclusions sont attendues avec curiosité et intérêt. C’est aussi dire si la première chambre du Parlement joue là un peu de sa crédibilité. Du haut de son expérience, Angélique Ngoma le sait : privilégiant la solidarité partisane, les députés donnent le sentiment d’être les supplétifs des membres du gouvernement.

Doutes permis

En dépit des manquements et dérapages divers, jamais l’Assemblée nationale n’a initié d’enquête parlementaire. Faisant fi des critiques sur son manque d’indépendance, elle a systématiquement pris fait et cause pour le gouvernement. Les auditions devant ses commissions ? Elles ont, toutes, viré au cours magistral. Les séances de questions orales et écrites ? Elles ont invariablement servi la propagande gouvernementale. Les missions d’information ? Elles se sont muées en villégiatures financées par le contribuable. Même la boulimique Agence nationale des grands travaux (ANGT) n’a jamais été invitée à rendre des comptes, se payant le luxe de se muer en Agence nationale des grands travaux d’infrastructures (ANGTI), au vu et au su des parlementaires. N’ayant jamais revendiqué leur droit de contrôle, les députés ont tout validé, se rendant complices de tripatouillages juridico-institutionnels à des fins de dissimulation.

En constituant une commission d’enquête parlementaire, l’Assemblée nationale s’est mise au défi. Désormais au pied du mur, Angélique Ngoma et ses pairs auront-ils le cran de convoquer l’ensemble des acteurs ? Pourront-ils résister aux pressions et actes d’intimidation ? Auront-ils l’audace de mettre à la disposition du public l’information vraie ? Ne céderont-ils pas à la tentation de caviarder le rapport final ? S’ils venaient à découvrir des malversations feront-ils appel aux instances habilitées ? Tous les doutes sont permis. Déjà, l’on se demande s’ils sauront dresser une liste exhaustive des fournisseurs et contractants, y compris leurs faux-nez. L’on s’interroge aussi sur la méthodologie de rédaction du rapport. Consigneront-ils l’ensemble des auditions, y compris leurs moindres détails, dans le journal des débats ? En feront-ils une synthèse ou une compilation ? Se permettront-ils de faire des recommandations ou se contenteront-ils de laisser à libre appréciation de chacun ?

Crédit sérieusement érodé

Echaudée par les collusions institutionnelles, l’opinion balance. Etablissant un parallèle avec la France, certains auraient aimé suivre ces auditions en direct. D’autres se seraient contentés d’un compte-rendu quotidien ou, tout au moins, de la publication de la liste des personnalités et institutions concernées. Du fait d’une relative opacité, les uns et les autres se demandent si cette commission d’enquête n’est pas un gadget politique de plus, une nouvelle « manœuvre de diversion. » Au-delà des intérêts partisans ou personnels, Angélique Ngoma et ses pairs devraient en convenir : le crédit de l’Assemblée nationale est sérieusement érodé. Si l’enquête en cours venait à faire pschitt, les appels à la déchéance de mandat entendus ces derniers jours gagneraient en pertinence. A contrario, si elle se montrait à la hauteur des attentes, le Parlement retrouverait un peu de l’estime populaire.

Il y a moins d’un mois, le Parlement votait, dans la confusion générale, un Code pénal objet de nombreuses controverses. Quelques semaines avant, il avait adopté une loi sur les catastrophes sanitaires, jugée liberticide et anticonstitutionnelle. Auparavant, il avait fait montre d’une rare célérité pour valider l’état d’urgence. A chacune de ces occasions, il a laissé le sentiment d’être tout entier dévoué à la satisfaction des demandes du gouvernement. Tout en élargissant les lignes de fracture au sein de l’opinion, il a davantage creusé le fossé entre le peuple et la représentation nationale. Angélique Ngoma et ses pairs vont-ils poursuivre sur cette voie ?  A eux d’agir en conscience et en responsabilité.

 
GR
 

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