HABANA

Basile Allainmat Mahiné est mort le 7 juillet dernier en France. Le Gabon lui doit d’avoir porté haut son nom dans l’excellence artistique en Europe, pour ce qui est du design automobile, bien avant les indépendances. Au plan purement national, il est le créateur du «Monument aux Morts», l’initiateur de l’actuelle Ecole d’arts et manufacture (ENAM) de Libreville et le maître des grands peintres contemporains que sont Minkoe Mi Nzé, Walker-Onewin, Prosper Ekoré ou Maurice Mombo Mubamu, entres autres.

Basile Allainmat Mahine et le «Monument aux Morts», œuvre qui survivra certainement aux multiples disciples du maître. © Gabonreview

 

Le père fondateur des arts plastiques contemporains gabonais, Basile Allainmat Mahine, a quitté la terre des hommes le jeudi 7 juillet 2011 à Saint-Brieuc (France), à l’âge de 81 ans. Né en 1930, à la Montagne Sainte de Libreville, il est très peu connu du jeune public gabonais alors que l’une de ses œuvres, le «Monument aux Morts», surplombe la place de l’Indépendance, près du mémorial du président Léon MBA à Libreville. Il s’agit de l’un des plus anciennes sculptures monumentales de Libreville, après le monument Charles N’Tchoréré.

Basile Allainmat Mahine et le «Monument aux Morts». © Gabonreview

Formation, design automobile et œuvre au Gabon

Basile Allainmat Mahine entre à l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris en 1948. Il y côtoie alors des contemporains qui deviendront des célébrités mondiales. Notamment, Jacques Nocher, designer automobile créateur de la Renault Clio, et César Baldaccini, sculpteur français connu pour ses séries des «compressions» de voitures et de ferraille et pour ses empreintes humaines monumentales. Basile Allainmat est le seul étudiant de sa promotion à avoir obtenu le Prix de Rome, une bourse d’étude pour les étudiants en art. Créé en 1663 en France sous le règne de Louis XIV, le Prix de Rome était attribué à des étudiants prometteurs sélectionnés à travers des épreuves éliminatoires réputées difficiles. Le Gabonais Allainmat Mahine y a accédé bien avant les indépendances. Ce qui dans le contexte de l’époque est une prouesse historique.

Au terme de ses études, il est engagé comme designer automobile à Simca, succursale française de Fiat. Il y crée la Simca Aronde, une berline familiale fabriquée de 1951 à 1963 qui est alors la voiture la plus vendue de France. Il crée également le prototype de la Fulgur, une voiture futuriste qui restera au stade de projet.

Monument aux Morts

Revenu en sa terre natale après son service militaire en Indochine, Basile Allainmat Mahine se fait notamment remarquer en remportant le concours pour la réalisation du «Monument aux Morts». Selon des témoignages concordants, ce monument, réalisé avec la contribution de ses compatriotes gabonais, fut moulé en un seul bloc dans un coffrage fabriqué à Port-Gentil, puis transporté à Libreville. Il devait être parachevé par la représentation des écussons des neuf provinces. Mais l’œuvre ne trouva pas son financement jusqu’au bout et ne fut pas achevée telle qu’elle avait été imaginée.

Au début des années 60, il suscite la création de la section Arts plastiques du Collège Technique de Libreville où il enseignera. Détachée du Lycée Technique en 1970, cette section deviendra le Centre National d’Art et Manufacture (CNAM), puis en 1983 l’Ecole Nationale d’Art et Manufacture dont il a alors l’idée et sera le premier directeur. Il y formera la première génération de peintres gabonais modernes : Marcellin Minkoe Mi Nzé, Ernest Walker-Onewin, Prosper Ekoré et Maurice Mombo Mubamu, entres autres.

On doit également à Basile Allainmat la promotion de la pierre de Mbigou. Il a en effet ramené de la province de la Ngounié, les artisans Tsamba Baupala, Moulaloukou et Tanga pour créer le village de pierres taillées de Mbigou, situé à Alibandeng derrière le Camp de Gaulle à Libreville. Il est l’auteur, avec André Guyon, de l’ouvrage «Pierres de M’bigou : Recueil photographique sur l’artisanat des pierres de M’bigou».

 
GR
 

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