Dix heures de rétention pour un père et son fils de 3 ans : le parquet saisi après de graves accusations contre des agents de la DGSS
Saisi par SOS Prisonniers Gabon au sujet des allégations d’arrestation arbitraire, de séquestration, de traitements cruels, inhumains ou dégradants et de menaces visant Jeff Blampain, activiste et ancien opposant à Ali Bongo, le ministre de la Justice a demandé au procureur de la République de Libreville d’ouvrir une enquête. L’organisation de défense des droits humains salue une décision destinée à faire toute la lumière sur des faits qui auraient notamment été commis en présence du fils de trois ans du plaignant.

L’activiste Jeff Blampain. © Facebook
Une enquête sera ouverte dans l’affaire Jeff Blampain. Saisi par l’ONG SOS Prisonniers Gabon (SPG), le ministre de la Justice, Garde des Sceaux, chargé des Droits humains, Augustin Emane, a donné des instructions au procureur de la République afin qu’il fasse la lumière sur les faits dénoncés par l’activiste et ancien opposant à Ali Bongo.
Dans une publication datée du 3 septembre, SOS Prisonniers Gabon indique avoir été saisie le 6 juillet 2026 par Jeff Blampain, qui faisait état de faits qu’elle qualifie de «gravité exceptionnelle», susceptibles de porter atteinte à plusieurs droits fondamentaux garantis par la législation gabonaise et les instruments internationaux ratifiés par le Gabon.
Près de dix heures de rétention alléguée
Selon le récit rapporté par l’organisation, Jeff Blampain aurait été interpellé le 27 avril dernier, aux environs de 11 heures, dans les locaux de la Direction de TaxiGab+, par des agents de la Direction générale des services spéciaux (DGSS).
Il aurait alors été accompagné de son fils âgé de trois ans. L’intéressé affirme avoir été retenu jusqu’à 21 heures, soit près de dix heures, avec son enfant, sans accès à de l’eau ni à de la nourriture.
Il soutient également avoir ensuite été soumis à un interrogatoire, sans que les motifs ou la base légale de cette mesure ne lui aient été notifiés.
Ces accusations restent, à ce stade, des allégations. SOS Prisonniers Gabon précise d’ailleurs avoir demandé une enquête «prompte, impartiale, indépendante et effective», sans préjuger de la véracité des faits dénoncés.
Des accusations qui pourraient relever du pénal
Dans sa saisine, l’organisation estime que les faits rapportés pourraient, s’ils étaient établis, recevoir plusieurs qualifications pénales. Elle cite notamment l’article 12 de la Constitution, qui dispose que «nul ne peut être humilié, maltraité, torturé, ni faire l’objet de traitements ou de peines cruels, inhumains ou dégradants, même lorsqu’il est en état d’arrestation ou d’emprisonnement».
SOS Prisonniers Gabon invoque également l’article 395 du Code pénal relatif à l’arrestation ou à la séquestration arbitraire, ainsi que plusieurs instruments internationaux de protection des droits humains, notamment la Convention des Nations unies contre la torture, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples et la Convention relative aux droits de l’enfant.
La présence alléguée d’un enfant de trois ans lors de l’interpellation constitue, pour l’organisation, un élément particulier de cette affaire. Elle estime que le maintien de l’enfant pendant plusieurs heures dans un «environnement coercitif», ainsi que les privations d’eau et de nourriture dénoncées, justifiaient une attention particulière des autorités.
Le parquet appelé à établir les responsabilités
Jeff Blampain affirme par ailleurs être victime, depuis plusieurs années, de harcèlement, de menaces et de persécutions qu’il associe à l’expression de ses opinions politiques. Il mettrait notamment en cause certains responsables de l’entreprise de transport en commun dans les circonstances ayant conduit à son interpellation.
Face à ces déclarations, SOS Prisonniers Gabon avait sollicité du ministre de la Justice l’ouverture d’une enquête afin d’établir les circonstances exactes des faits, de déterminer d’éventuelles responsabilités pénales, disciplinaires ou administratives et, si nécessaire, d’assurer la protection de Jeff Blampain, de son enfant et des membres de sa famille.
L’organisation demandait également la pleine garantie des droits fondamentaux de l’intéressé.
Le ministre répond à la saisine
Dans une réponse datée du 25 août 2026, le ministre de la Justice a informé SOS Prisonniers Gabon que des instructions avaient été données au procureur de la République «aux fins d’ouverture d’une enquête».
L’ONG rappelle que cette démarche s’inscrit dans les prérogatives du ministre chargé de la Justice prévues par l’article 17 du Code de procédure pénale. Celui-ci lui permet notamment de dénoncer au ministère public les infractions à la loi pénale dont il a connaissance et d’enjoindre, par des instructions écrites, d’engager ou de faire engager des poursuites.
SOS Prisonniers Gabon dit saluer cette décision, estimant qu’elle traduit la nécessité de faire prévaloir la loi et de garantir l’égalité de tous devant la justice.
«Notre démarche n’est pas de condamner avant de juger, mais de demander que chaque allégation soit sérieusement examinée et que nul ne soit placé au-dessus de la loi», insiste l’organisation.
Elle attend désormais du parquet qu’il mène les investigations avec «diligence, impartialité et rigueur», afin que les faits soient établis et que les éventuelles responsabilités soient déterminées conformément à la loi.
«La vérité doit être établie par l’enquête, la justice doit être rendue par les juridictions compétentes et les droits de chaque citoyen doivent être protégés», conclut SOS Prisonniers Gabon.
















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