Dette : derrière la pelleteuse d’Oligui, la facture grimpe vers 94 % du PIB
Routes, bâtiments, logements, eau, énergie : depuis trois ans, le Gabon construit à un rythme rarement observé. Mais derrière les inaugurations apparaît désormais une autre courbe, beaucoup moins photogénique. Le FMI projette la dette publique à 86,1 % du PIB en 2026 et 94,3 % en 2027. Entre ambitions d’investissement revues à la baisse, déficit proche de 10 % du PIB et nouvel emprunt obligataire de 920 millions de dollars, une question devient difficile à éviter : jusqu’où le pays peut-il pousser la pelleteuse sans pousser, avec elle, la dette ?

Construire aujourd’hui, rembourser demain : le pari gabonais devient de plus en plus coûteux. Au fur et à mesure que les chantiers avancent, la question de leur financement devient impossible à contourner. © GabonReview
Marwane Ben Yahmed l’a résumée dans Jeune Afrique en une formule : il existe une différence entre «s’endetter pour produire» et «s’endetter pour inaugurer». Derrière la pique, les chiffres donnent matière à réflexion.
Selon les données publiées par le FMI, la dette publique gabonaise, estimée à 70,9 % du PIB en 2024 puis 78,9 % en 2025, atteindrait 86,1 % en 2026. Pour 2027, la projection monte à 94,3 %. En trois ans, cela représenterait une progression de plus de 23 points de PIB.
Le déficit suit la même direction. Le Fiscal Monitor du FMI situe le besoin de financement public autour de 10 % du PIB en 2026. Autrement dit, l’État dépense beaucoup plus qu’il ne collecte et doit trouver ailleurs une partie de l’argent nécessaire pour maintenir son programme.
L’investissement XXL a déjà été retaillé
Mais, le plus intéressant se trouve peut-être dans les propres documents de l’État. En septembre 2025, le gouvernement présentait un projet de budget 2026 particulièrement offensif : 3 321,5 milliards de FCFA de dépenses d’investissement et un besoin de financement annoncé à 3 213,3 milliards. Le Conseil des ministres reconnaissait lui-même que le recours à l’emprunt serait nécessaire et recommandait de ne lancer que les projets disposant d’études sérieuses et d’un financement identifié.
Le budget finalement adopté fin décembre était déjà moins extravagant. Les crédits d’investissement s’établissaient autour de 2 173 milliards de FCFA.
Quelques mois plus tard, nouveau coup de rabot : dans le collectif budgétaire, les investissements ont été ramenés autour de 1 169 milliards de FCFA. Près de 968 milliards ont ainsi été retranchés par rapport à la loi initiale, notamment en raison de la déprogrammation de projets dépourvus d’études de faisabilité.
Ce recul ne signifie pas que le Gabon cesse d’investir. Il montre plutôt que l’ambition initiale s’est heurtée à la réalité du financement et à la maturité parfois insuffisante des projets.
920 millions de dollars à 9,375 %
L’État continue parallèlement de chercher de l’argent sur les marchés. Fin juillet, le Gabon a emprunté 920 millions de dollars sur les marchés internationaux, soit environ 500 milliards de FCFA, en émettant des obligations remboursables jusqu’en 2033, avec un taux d’intérêt de 9,375 %.
Ce taux n’est pas anodin. Il signifie que l’argent destiné aujourd’hui à accélérer la transformation du pays devra être remboursé demain avec des intérêts particulièrement lourds.
Le gouvernement assume pourtant cette stratégie. En juin, le ministre des Finances estimait la dette globale à environ 8 700 milliards de FCFA et indiquait que plus de 3 000 milliards avaient été payés depuis août 2023. Pour l’exécutif, emprunter n’est pas un problème si l’argent finance des infrastructures capables de développer l’économie et de générer de nouvelles recettes.
Le pari est simple : la richesse créée demain doit permettre de rembourser les emprunts d’aujourd’hui.
C’est là que se trouve le risque. Le FMI ne prévoit que 2,7 % de croissance en 2026. Si la dette augmente beaucoup plus vite que l’économie, son remboursement laissera moins d’argent pour les autres dépenses. La loi de finances 2026 prévoyait déjà environ 420 milliards de FCFA pour les seuls intérêts et frais liés à la dette.
Le débat n’est donc pas de savoir s’il fallait construire. Le déficit d’infrastructures du Gabon est suffisamment ancien pour que l’investissement soit difficilement contestable.
La question est désormais beaucoup plus brutale : les routes, bâtiments, barrages et logements construits aujourd’hui créeront-ils assez de richesse demain pour payer les emprunts contractés pour les réaliser ? Car la pelleteuse laisse deux traces. L’une se voit sur le terrain. L’autre s’inscrit dans les comptes publics.
















2 Commentaires
Le problème n’est pas qu’Oligui investisse, mais que l’essentiel de ces investissements semble aujourd’hui concentré dans les infrastructures. Or toutes les infrastructures ne sont pas automatiquement des investissements productifs.
S’endetter peut être parfaitement justifié si les projets réalisés permettent ensuite à l’État de faire des économies, d’augmenter durablement ses recettes ou de créer suffisamment d’activité économique pour accroître la richesse nationale.
En revanche, si nous empruntons à des taux élevés principalement pour construire des ouvrages qui génèrent peu de revenus, peu de gains de productivité et de nouvelles dépenses d’entretien, alors nous ne sommes pas simplement en train de moderniser le pays : nous transférons une facture de plus en plus lourde aux années suivantes.
La vraie question n’est donc pas combien de routes, de bâtiments ou de logements ont été construits, mais combien de richesse supplémentaire ces investissements permettront au Gabon de produire. Si la dette augmente beaucoup plus vite que la capacité du pays à créer de la richesse ou à réduire ses dépenses, alors ces investissements, aussi visibles soient-ils, risquent de nous conduire dans l’abîme.
Bonjour Gayo,
Cette nuance est recevable: « Or tous les infrastructures ne sont pas automatiquement des investissements productifs ».
Tous les investissements ne sont pas productifs à court terme. Investir dans l’éducation nationale (rétablissement des bourses, régularisation des situations des enseignants, etc.), la santé (44 milliards de Fcfa), la recherche scientifique (13:milliards infectés dans l’enseignent supérieur)
n’est pas productif à court terme. Mais ces investissements sont essentiels à long terme à la création d’une structure économique moderniste.
J’ai une proposition forte: les investissements rentables à court terme doivent être dirigés vers le domaine maritime: tourisme, pêche maîtrisée, transport, musée de la mer, etc.
Pour finir, certains pays européens ont des dettes qui dépassent 100% du PIB. On en parle !? Il y aura toujours un déséquilibre macro-économique dans les économies africaines tant que la question de la souveraineté n’est pas réglée.
Cordialement.