Electricité : Pendant que le Gabon déleste, les fils Ping éclairent le Congo
Alors que les Gabonais subissent des délestages chroniques et que l’État peine à honorer ses factures auprès de ses propres producteurs d’électricité, deux entrepreneurs gabonais viennent de signer en RDC deux accords énergétiques représentant 350 millions de dollars (près de 195 milliards de FCFA). Une nouvelle qui force l’interrogation.

Cofondateurs du cabinet A-One Pacific Investments, Franck Ping et Jean-François Ping, les fils de Jean Ping, structurent en RDC des projets énergétiques que le Gabon peine encore à s’offrir pour lui-même. © Africa24tv.com
Ils s’appellent Franck Ping et Jean-François Ping. Cofondateurs du cabinet A-One Pacific Investments, créé en 2017, ils sont les fils de Jean Ping, l’ancien ministre gabonais des Affaires étrangères donc figure tutélaire de la diplomatie gabonaise, ancien président de la Commission de l’Union Africaine et ancien candidat à l’élection présidentielle. Mais c’est en dehors du Gabon, sur les rives du Congo-Kinshasa, que leur trajectoire entrepreneuriale s’écrit désormais avec le plus d’éclat.
En avril 2026, leurs deux accords finalisés avec l’Agence Nationale de l’Électrification et des Services Énergétiques (ANSER) de République Démocratique du Congo (RDC) ont matérialisé plusieurs mois de négociations discrètes. Le premier porte sur l’électrification hybride, solaire et hydroélectrique, de 36 territoires ruraux et périurbains, en partenariat avec le groupe allemand Gauff Engineering. Le second prévoit la construction de la centrale hydroélectrique de Mbombo, d’une puissance de 20,08 MW, avec l’indien Angelique International, pour alimenter durablement la ville de Kananga et ses environs.
Le Gabon à la croisée de ses paradoxes
Pendant ce temps, à Libreville et dans les provinces, les Gabonais composent avec les coupures de courant. La Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG) accumule les défaillances techniques et financières, et, selon certaines sources concordantes, la centrale flottante Karpowership a récemment cessé d’alimenter le réseau national, faute de règlement des dettes contractées par l’État. Le paradoxe est saisissant : un pays assis sur un potentiel hydroélectrique considérable, riche de ses ressources naturelles, encore incapable d’assurer à ses citoyens un accès stable à l’électricité.
Ce que réussissent les frères Ping en RDC (structurer des projets bancables, mobiliser des partenaires industriels internationaux de premier plan, convaincre des bailleurs de fonds exigeants) n’est pas une prouesse réservée à d’autres latitudes. C’est précisément ce dont le Gabon aurait besoin pour sortir de l’impasse énergétique dans laquelle il s’enlise depuis des années.
L’expertise existe, l’écosystème manque
La question n’est pas tant celle des compétences que celle des conditions. Si Franck et Jean-François Ping exercent leur talent de structuration financière pour le compte de la RDC plutôt que du Gabon, c’est aussi parce que l’écosystème national n’a pas encore su créer les conditions d’une commande publique ambitieuse, transparente et ouverte aux acteurs privés gabonais.
A-One Pacific Investments n’est pas une anomalie. C’est un signal. Celui d’une génération d’entrepreneurs gabonais capables de jouer dans la cour des grands, de mobiliser des centaines de milliards pour des projets d’infrastructure continentaux, mais qui ne trouvent pas, chez eux, le terrain propice à l’expression de leur savoir-faire. Pendant que le Gabon déleste, les siens éclairent le Congo. Il serait temps que cette lumière revienne à la source.













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