HABANA

 

La menace de fermer certains établissements supérieurs publics a été mise à exécution par le Syndicat national des enseignants chercheurs et chercheurs (Snec).Bien que des négociations aient été entamées avec la tutelle, les portails de l’Université Omar Bongo (UOB), l’Ecole normale supérieur (ENS), l’Université des sciences et techniques de Masuku (USTM) ont été barricadés.

Le grand portail fermé par le Snec. © Gabonreview

 

Le Syndicat national des enseignants chercheurs  (Snec national) est passé à la vitesse supérieure. Il a barricadé les entrées principales de l’Université Omar Bongo (UOB), l’Université des sciences et techniques de Masuku (USTM), l’Ecole normale supérieur (ENS) et celles de l’Institut de technologie d’Owendo (ITO). Si la consigne avait été donnée par le président du Snec national qui s’exprimait le 29 juin, sur l’enlèvement du président du Snec-UOB, elle a finalement été exécutée.

«C’est la grève du Snec-national et la section ENS étant un démembrement du Snec national, nous nous alignons bien évidemment sur ce combat transversal dont les points figurent sur la banderole affichée dans tous les portails des établissements d’enseignement supérieur affiliés au Snec», a confié la vice-présidente du Snec-ENS. Au nombre des revendications, la régularisation des situations administratives des enseignants du supérieur, l’augmentation des capacités d’accueil dans les universités et grandes écoles, l’arrimage de la pension retraite, le paiement des services rendus et le paiement de toutes les vacations. Autant de revendications, à en croire certaines indiscrétions, sur la table de la tutelle qui, il y a quelques semaines avait ouvert des négociations avec le Snec.

Les universitaires à côté de l’essentiel ?

La liste des revendications du Snec. © Gabonreview

«Il faut d’abord reconnaître que nous sommes tous les universitaires, et qu’à l’UOB, il y a deux syndicats : le Snec et la Force de réflexion et d’action pour l’enseignement supérieur (Frapes)», a déclaré un enseignant chercheur se réclamant de la Frapes. «Il y a que c’est le Snec national qui est en grève mais la Frapes n’a pas demandé à ses syndicalistes d’aller faire une grève. Donc c’est normal qu’il y ait une université à double vitesse», a-t-il poursuivi.

Lui qui fait partie des enseignants continuant de dispenser les cours malgré les barricades, revendique d’ailleurs sa liberté de faire cours, face aux collègues qui tentent souvent, tant bien que mal, de les sortir des amphis. «Tout le monde n’est pas obligé de suivre une position de grève qui n’est pas du tout recevable. C’est vrai on n’a pas de reclassement, on n’a pas nos rappels, on n’a pas de protocole jusque-là. Mais est-ce que c’est ça l’essentiel ?», a-t-il commenté.

Pour lui, l’essentiel est de garder à l’esprit que certains étudiants ont fait 2 à 3 ans à la maison et que l’heure est au rattrape du calendrier universitaire. Alors que ce calendrier pose justement problème, l’un de ses collègues dans le même cas que lui assure que «depuis que l’Université est passée au LMD, il n’y a jamais eu une harmonisation de rentrée universitaire», du fait que, a-t-il expliqué, la Faculté de droit et des sciences économiques (FDSE) ait choisi un mode de LMD qui prendrait beaucoup plus de temps. Concrètement ? «Passer d’abord des examens, amener tout le monde aux examens et faire des rattrapages. Ce qui n’est pas le cas en FLSH où il y a le contrôle continue qui élime certains et ceux qui vont à l’examen, sont ceux-là qui passent les rattrapages». «Nous avons supprimé la section examen». Il assure par ailleurs que même si les deux facultés commencent en même temps, elles ne termineront pas à la même date. «C’est un problème mineur», a-t-il lâché, rappellent que les enseignants perçoivent leurs salaires. «Là encore il y a une question d’éthique. Personnellement je n’ai pas de reclassement depuis près de 7 ans. Je devais être avec eux, au portail. Mais je me dis ce n’est pas ça l’essentiel», a-t-il conclu.

Une main noire politique ?

Les portails de l’UOB et de l’ENS fermés par le Snec. © Gabonreview

Telle que les choses se présentent ici, certains enseignants disent avoir l’impression que les enseignants grévistes portent un masque. «Ce ne sont plus des universitaires mais des politiciens extrémistes qui s’expriment et ça c’est dommage», a ironisé l’un d’eux. «Mais ils savent aussi que parmi eux, il y a des enseignants qui font aussi de la politique et qui peuvent déchiffrer ce qu’ils sont en train de faire pour que le mouvement accouche d’une souris», a renchéri un autre insistant sur le fait que les plus perdant sont les enfants. «Nous, on aura toujours nos reclassements, au aura toujours nos rappels mais les enfants ne vont pas rattraper le temps perdu», a-t-il déploré. «C’est le temps professionnel qui est réduit. Au bout, quelque soit leur intelligence, leur réussite ils auraient perdu 2 à 3 ans de leur vie à ne rien faire et peut-être aller travailler en étant contractuel» s’est-il plaint, soulignant que les grèves à l’université ont amené des gens à avoir leur doctorat à 34 ans, alors qu’ils auraient pu l’avoir à 29 ans.

 
GR
 

1 Commentaire

  1. Yaf dit :

    Je lis un article quasi à charge contre le mouvement de grève observé actuellement dans l’enseignement supérieur. Et je ne peux m’abstenir de faire un commentaire sur les témoignages des collègues opposés à l’évidence. Pour cela, je partirai des points de convergences, que je nomme les « évidences », avant d’interroger la légitimité des divergences relevées dans l’article de Gabonreview. Partons donc des convergences. Nous formulons tous le constat d’un immobilisme érigé en règle de gouvernance dans ce secteur de l’éducation qu’est l’enseignement supérieur. Un bref examen des cahiers de charge des différents syndicats de ce secteur de l’éducation, depuis le début des années 90 à nos jours, révèle les mêmes revendications posées à la tutelle. Pourtant, plus de 30 ans après les premiers cahiers de charge posés par le Snec, pour ne parler que de ce syndicat, la réponse de la tutelle est demeurée la même: esquive, saupoudrage, menaces, coupure de salaires, etc. Jamais un jour quelqu’un n’a affiché le courage politique de shooter dans la fourmilière. Cette stratégie de l’esquive et de la diversion a eu pour conséquence un véritable effet « boule de neige ». Les problèmes se sont accumulés, et paraissent aujourd’hui insolvables. Quoique! Certains pays voisins, en proie aux mêmes difficultés par le passé, ont affiché plus de volonté politico-administrative en introduisant les réformes nécessaires à la bonne marche des choses dans l’enseignement supérieur et la recherche. Chez nous, la tutelle, telle un apprenti rugbyman, choisit de botter en touche, à chaque fois, privilégiant la malice comme stratégie opérante. Conséquences: persistance d’une série de revendications passées à la conscience collective comme inaccessibles, voire fantaisistes: « régularisation des situations administratives des enseignants du supérieur, augmentation des capacités d’accueil dans les universités et grandes écoles, arrimage de la pension retraite, paiement des services rendus et paiement de toutes les vacations ». Toutes choses qui interrogent sur la place de l’éducation, celle de l’école de République, garant de l’égalité des chances entre citoyens, dans la façon dont nos gouvernants définissent les priorités nationales. cette dernière remarque n’est pas exagérée car, depuis 1990 au moins, le fonctionnement de nombreux secteurs de l’administration public est porté par une alternance permanente et récurrente de brèves phases de marche et de longues phases d’arrêt. c’est le descriptif d’un climat social délétère entre partenaires sociaux et gouvernants, dont les relations se résument à la seule politique de la « corde raide », seul gage de toute avancée sociale, je dis bien toute avancée sociale depuis ces années de « renouveau démocratique ». Nos gouvernants se sont révélés incapables de prévoir, anticiper, se bornant à un saupoudrage permanent, au cas par cas. Conséquences: délitement de l’État et une République qui se révèle dans toute son incongruité. Dès lors que ce constat est reconnu, aussi bien des grévistes actuels que des non-grévistes qui annoncent une voix discordante, sur quoi se fonde la divergence quant au modus operendi pour ramener la sérénité au sein de la maison « enseignement supérieur »? Que proposent les non grévistes pour une amélioration significative des conditions de vie et de travail des trois corps fondateurs de l’Université: le corps pédagogique, le corps estudiantin et le corps administratif? Faut-il, pour le corps enseignant, s’inscrire dans la logique d’un sacerdoce? Cela me parait inopérant car incompatible avec les exigences concurrentielles, compétitives de notre monde. Faut-il attendre de la tutelle une prise de conscience miraculeuse sur les besoins criards en matière d’éducation en général? J’en doute. Le bref rappel historique formulé plus haut suffit à délégitimer cette posture. Que reste-t-il? J’ai envie de dire, la « corde raide ». La seule méthode qui a marché à ce jour. Ainsi ce mouvement me parait tout à fait légitime et, quelle qu’en soit l’issue, il accouchera, à l’échelle du microcosme de l’enseignement supérieur ou, plus largement au niveau de l’ensemble des agents de l’État, d’un effet positif ne serait-ce que parce qu’il aura le mérite d’avoir relancé l’éveil des consciences, après des années de léthargie imposées par cette chape de plomb dite « mesures d’austérités », qui s’est abattue sur le commun des citoyens quand le puissant a continué à s’engraisser copieusement. Enfin, parler d’éthique quant au salaire perçu me parait inapproprié. A titre de rappel et à toute fin utile, l’aménagement des structures d’accueil, pas plus que la gestion des carrières administratives, ne sont du ressort de l’enseignant-chercheur. Voila.

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