Eramet : Paris renforce son pouvoir d’actionnaire, quel pouvoir de négociation pour le Gabon ?
Pour sécuriser ses approvisionnements en métaux critiques, la France s’apprête à devenir le premier actionnaire d’Eramet. Pour le Gabon, l’enjeu dépasse le sauvetage financier du groupe : comment convertir ce renforcement de Paris en garanties pour l’industrie et l’emploi ? Une interrogation soulevée par Ike Ngouoni, qui invite Libreville à réexaminer son pouvoir de négociation.

À l’Élysée, le 20 juillet 2026, le Gabon et Eramet posaient les bases d’une transformation accrue du manganèse sur place. La montée de l’État français au capital du groupe donne une nouvelle portée politique aux garanties industrielles attendues par Libreville. © Com. présidentielle Gabon
Le manganèse gabonais participe à l’ambition minière française. Le 12 octobre, Eramet a confirmé une augmentation de capital de 500 millions d’euros qui doit faire de l’État français son premier actionnaire, devant la famille Duval. Déjà détenteur de 27,1 % du capital, Paris renforcera sa participation, avec un plafond de 49 % des droits de vote effectifs en assemblée générale.
Pour le groupe, qui a enregistré une perte nette de 477 millions d’euros en 2025, l’urgence est financière. Pour la France, l’objectif est également stratégique : préserver un acteur essentiel à ses approvisionnements et à ceux de l’Europe en métaux critiques.
La souveraineté française concerne Libreville
Le Gabon est directement concerné. Eramet détient 63,7 % de Comilog, contre 28,9 % pour la République gabonaise. Le renforcement français intervient donc dans la maison mère d’une entreprise dont les décisions pèsent sur l’avenir industriel du pays.
Dans une brève analyse sur LinkedIn, Ike Ngouoni, communicant et homme politique gabonais, ancien porte-parole de la présidence sous Ali Bongo, souligne cette dimension : « Pour la France, c’est un geste assumé de souveraineté minière. » Son interrogation porte sur les contreparties que Libreville pourrait obtenir de cette nouvelle configuration.
L’État français était déjà actionnaire. Sa montée au capital ne transforme pas automatiquement les discussions avec Eramet en négociations entre gouvernements. Elle renforce néanmoins leur portée politique : Paris entend peser davantage pour défendre ses intérêts miniers. Libreville peut chercher à inscrire ses propres exigences industrielles dans cette relation. C’est dans ce contexte que Ike Ngouoni interroge : « Jusqu’ici, Libreville négociait avec un actionnariat industriel. Désormais, c’est avec Paris. Ce changement de contrepartie ne garantit rien en soi. Mais il impose à l’État gabonais une question qu’il ne pouvait pas poser dans les mêmes termes il y a six mois : jusqu’où peut-on exiger quand on négocie d’État à État ? »
Transformer les engagements en résultats
Le protocole annoncé le 20 juillet fournit un point d’appui : il prévoit l’étude de projets permettant de transformer jusqu’à 700 000 tonnes de minerai par an au Gabon d’ici fin 2031. Leur réalisation reste notamment conditionnée à l’accès à l’énergie, que le Gabon s’engage à assurer.
L’enjeu consiste désormais à préciser les financements, les échéances et les emplois attendus. La recapitalisation d’Eramet ne réserve aucune enveloppe automatique aux projets gabonais. Elle peut toutefois conforter la capacité du groupe à tenir ses engagements.
Un partenaire renforcé, des garanties à négocier
Le soutien français peut favoriser des investissements durables. Mais un actionnaire plus puissant peut aussi défendre plus fermement ses priorités. Comme le relève Ike Ngouoni, « ce changement de contrepartie ne garantit rien en soi ».
Pour Libreville, cette recomposition ouvre donc une question de méthode : quels engagements demander, comment en suivre l’exécution et quelles obligations assumer en retour ? L’approvisionnement énergétique engage aussi la crédibilité de la partie gabonaise.
La France mobilise son État actionnaire pour sécuriser des ressources stratégiques. Le Gabon dispose, lui, du minerai et d’un objectif de transformation locale. Tout l’enjeu sera de faire converger ces intérêts dans des investissements vérifiables. Les gains gabonais se mesureront aux usines construites et aux emplois créés.
















0 commentaire
Be the first one to leave a comment.