Dix jours pour poser les bases. Au Gabon, des experts sont réunis à Ntoum pour préparer la réforme de l’état civil et définir les conditions d’opérationnalisation du Centre national d’état civil. Organisés dans le cadre de la composante 2 du programme Gabon Digital, ces travaux doivent déboucher sur des propositions concrètes en vue des prochaines Assises nationales de l’état civil.

Photo de famille, le 28 septembre 2026. © GabonReview

 

Le Gabon veut accélérer la modernisation de son système d’état civil. Un atelier multisectoriel, organisé dans le cadre de la composante 2 du programme Gabon Digital, s’est ouvert le 28 septembre 2026 à Ntoum. Les travaux, prévus jusqu’au 8 octobre, doivent préparer les Assises nationales de l’état civil et définir les conditions d’opérationnalisation du Centre national d’état civil (CNEC). La rencontre réunit des représentants des ministères de la Justice, de l’Intérieur, de la Santé, de la Planification, de l’Économie numérique et de l’Éducation nationale, ainsi que des experts venus de l’étranger. La cérémonie d’ouverture a été présidée par le secrétaire général du ministère de l’Intérieur, de la Sécurité et de la Décentralisation, Malcom Emery Djenno Ngomanda.

Un système encore pénalisant

Cette initiative s’inscrit dans les priorités du Plan national de croissance et de développement (PNCD) 2026-2030. Elle vise notamment à garantir à chaque citoyen l’accès à une identité légale, de la naissance au décès, en passant par le mariage. Le projet Digital Gabon prévoit également la numérisation de l’état civil et la mise en place d’une identité numérique unique. Pour les autorités, les défaillances de l’état civil constituent un obstacle majeur à l’accès aux droits et aux services publics. L’absence ou la non-fiabilité de documents officiels prive encore de nombreux citoyens de passeport ou de carte nationale d’identité. Les jeunes sont particulièrement exposés à ces difficultés.

Sans pièces d’état civil fiables, ils peuvent se retrouver dans l’impossibilité de participer à certains concours administratifs ou de poursuivre des démarches essentielles. « Pour notre jeunesse, diplômée ou non, ce défaut d’état civil se dresse comme une barrière infranchissable, l’empêchant de participer aux différents concours de la Fonction publique et de prendre son destin en main », a déclaré Malcom Emery Djenno Ngomanda. Au-delà des conséquences individuelles, les insuffisances du système alimentent l’insécurité juridique, fragilisent la confiance des citoyens envers les institutions et favorisent les risques de falsification d’identité. Elles compliquent également la production de statistiques fiables, indispensables à la planification et au pilotage des politiques publiques.

Trois projets structurants

Instantanés des travaux. © GabonReview

À travers la composante 2 du programme Gabon Digital, le gouvernement entend apporter une réponse institutionnelle et technologique à ces difficultés. Trois projets sont au cœur de cette stratégie : le Registre biométrique des personnes physiques (RBPP), destiné à recenser les personnes vivant sur le territoire gabonais ; le Système national d’identité digitale, qui doit moderniser l’identification et faciliter l’accès aux services publics ; le Centre national d’état civil, appelé à renforcer la fiabilité, la conservation et la délivrance des documents d’état civil.

La modernisation de l’état civil devrait également contribuer à fiabiliser les données utilisées dans la constitution des listes électorales et, plus largement, à renforcer la sécurité juridique des citoyens. Financé par la Banque mondiale, le programme Gabon Digital est piloté par le ministère de l’Économie numérique. Sa gouvernance repose sur un comité de pilotage et un comité technique, en collaboration avec les administrations concernées. Le projet vise plus largement la transformation numérique de l’administration gabonaise et la dématérialisation des services publics.

La réforme avant la technologie

Les participants à l’atelier doivent établir un diagnostic partagé du système actuel, identifier ses principaux dysfonctionnements et formuler des propositions concrètes. L’approche se veut interministérielle afin de couvrir l’ensemble du cycle de vie du citoyen, de l’enregistrement de la naissance à la déclaration du décès. Pour Marlyse Lydie Madiba Iloumbou, coordinatrice générale du programme Gabon Digital, la technologie ne peut toutefois pas précéder les décisions politiques et juridiques.

« Les critères qui déterminent l’attribution de l’identité à un citoyen seront transposés dans une plateforme. Mais il faut d’abord que les décisions soient prises », a-t-elle expliqué. Selon elle, les dix jours de travaux doivent permettre de traiter des questions allant de la naissance au décès, en passant par le mariage. La responsable insiste ainsi sur une méthode en deux temps : d’abord, parvenir à un accord sur les règles, les procédures et les responsabilités ; ensuite, traduire ces décisions dans des plateformes numériques capables d’automatiser et de sécuriser la gestion de l’état civil.

Vers les Assises nationales

L’atelier constitue une étape préparatoire aux prochaines Assises nationales de l’état civil. Les recommandations issues des échanges devraient servir de base à des décisions politiques et administratives destinées à rompre avec les procédures manuelles actuelles. « Nous sommes conscients qu’il y a beaucoup de problèmes. Il va falloir prendre des décisions fortes. C’est pour cela que les experts sont réunis : pour discuter et formuler des propositions », a souligné Marlyse Lydie Madiba Iloumbou.

À terme, l’ambition est de simplifier l’accès à l’identité légale pour tous les Gabonais, de sécuriser les documents officiels et de mettre à la disposition de l’État des données plus fiables pour conduire ses politiques publiques. La numérisation ne sera donc pas une fin en soi, mais l’outil d’une réforme plus vaste de l’état civil gabonais.

 
GR
 

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