Décédé dans la matinée du 5 mai 2026 des suites d’une maladie, à l’âge de 87 ans, Eugène Revangue laisse derrière lui l’empreinte rare d’un homme dont la trajectoire épouse, sur plus d’un demi-siècle, à la fois l’histoire administrative et la conscience politique du Gabon indépendant.

Eugène Revangue (1938-2026), instituteur devenu haut fonctionnaire, directeur général de la Fonction publique et militant du PGP, aura servi l’État gabonais pendant près d’un demi-siècle avant de s’imposer, jusqu’à ses derniers jours, comme l’une des voix les plus respectées du Conseil des sages et dignitaires. © D.R.

 

Il y a des vies qui ressemblent à des édifices. Construites pierre après pierre, à la force d’un labeur obstiné et d’une exigence morale jamais démentie, elles finissent par former quelque chose qui dépasse l’individu et appartient à tous. Celle d’Eugène Revangue, «le Villageois», comme il aimait à se désigner lui-même, était de celles-là. Né le 10 août 1938, instituteur de la deuxième promotion de l’École normale de Mitzic, il enseigne d’abord à la mission protestante d’Andendè, à Lambaréné, avant de franchir le pas vers la haute administration par voie de concours. Le 1er août 1959, un décret l’intègre dans la fonction publique. Il n’en sortira, définitivement, qu’en 2005.

Eugène Revangue, «Le Villageois» de Lambaréné, s’est éteint à l’âge de 87 ans, laissant derrière lui l’héritage d’une vie entière mise au service du Gabon. © D.R.

Entre ces deux dates s’étire une carrière d’une densité exceptionnelle. Agent spécial du Trésor à Mimongo puis à Mouila, il forge ses premières armes dans les finances publiques des toutes jeunes années de l’indépendance. Insatiable, il suit en parallèle des études de droit par correspondance à l’Université de Dakar-Fann, avant d’être admis en 1964 à l’Institut des hautes études d’outre-mer, à Paris, le creuset où se forma une génération entière de hauts fonctionnaires franco-africains.

Un architecte des institutions sociales gabonaises

De retour au pays en janvier 1967, Eugène Revangue enchaîne les responsabilités : chargé d’études au cabinet du ministre de l’Agriculture, contrôleur fiscal aux Finances, directeur adjoint du Budget chargé du patrimoine, stagiaire du Fonds monétaire international.

Fin 1973, il prend la direction générale adjointe de la Caisse gabonaise de prévoyance sociale, au moment précis où s’engage la réforme qui aboutira à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS). Il sera aussi le premier directeur général de l’Institut de l’économie et des finances (IEF), avant de diriger la Fonction publique de 1981 à 1991, puis la Caisse nationale de garantie sociale (CNGS).

Un militant de la première heure, fidèle à ses convictions

Ce parcours de grand commis ne raconterait qu’une moitié de l’homme. Issu de la matrice de l’opposition historique gabonaise, Eugène Revangue forge sa conscience politique au sein du Parti gabonais du progrès (PGP), fondé en 1990 par l’avocat Pierre-Louis Agondjo Okawe. Dans ce creuset de gauche, marqué par la dénonciation du parti-État de l’époque Omar Bongo et la défense des libertés publiques, il s’imprègne d’une culture politique faite de rigueur morale et de méfiance envers les compromis clientélistes.

Cette socialisation militante éclaire son parcours ultérieur de chroniqueur virulent contre les dérives de la gouvernance, et donne toute sa cohérence à sa présence au sein du Conseil national des sages de la Transition, où il plaida jusqu’au bout pour une refondation institutionnelle fidèle aux aspirations démocratiques des années 1990.

En novembre 2024, il avait encore pris la plume pour expliquer son vote favorable au référendum constitutionnel, avec la clarté d’un homme dont toute la vie avait été une longue leçon d’État et d’honneur.

Eugène Revangue s’est éteint le 5 mai 2026 au matin. Le Gabon perd l’un de ses derniers grands commis de la génération pionnière qui, à mains nues ou presque, construisit à la fois l’architecture administrative et la conscience démocratique d’un pays neuf.

 
GR
 

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