Chaque grand rendez-vous culturel raconte une histoire. Certains célèbrent des artistes. D’autres créent des marchés. Quelques-uns, plus rares, dessinent des trajectoires pour les nations. Le Festival des Musiques Urbaines d’Anoumabo (FEMUA), qui vient de refermer sa 18ᵉ édition à Abidjan, appartient incontestablement à cette dernière catégorie. Cette année, le Gabon y occupait une place singulière : celle de pays invité d’honneur. Une première dont la portée dépasse largement le protocole culturel.

Le Femua 2026 aura offert au Gabon davantage qu’une scène : il lui aura tendu un miroir. © GabonReview / Facebook

 

Au fil des années, le FEMUA s’est imposé comme bien davantage qu’un festival musical. Porté par le groupe Magic System et son commissaire général A’Salfo, l’événement est devenu une plateforme de rencontres entre artistes, entrepreneurs culturels, décideurs publics et investisseurs africains. Une sorte de laboratoire vivant où se réfléchit une autre économie de la culture sur le continent.

Le choix du Gabon comme invité d’honneur n’était pas anodin. Lors de la présentation officielle, A’Salfo expliquait : « Le choix du Gabon est un choix naturel vu les liens qui existent entre les deux nations (…). Il fallait aussi montrer que la culture peut contribuer fortement à l’intégration entre nos pays et au rapprochement des peuples. »

Cette déclaration mérite qu’on s’y arrête. Car derrière les mots se dessine une conviction devenue centrale dans plusieurs pays africains : la culture n’est plus seulement affaire de prestige ou d’animation ; elle est désormais un outil diplomatique, économique et stratégique.

Le Gabon a répondu présent avec une délégation d’envergure. Près de 150 acteurs culturels, artistes et représentants ont participé à l’événement. Une mobilisation importante qui a permis de donner à voir une diversité artistique gabonaise mêlant modernité et traditions. Concerts, pavillon d’honneur, gastronomie, échanges culturels : pendant plusieurs jours, le Gabon a tenté de raconter son identité culturelle hors de ses frontières.

Parmi les espaces les plus remarqués figurait la Nuit du Gabon, pensée comme une immersion dans l’univers artistique et patrimonial national. Le pavillon gabonais, installé durant toute la semaine du festival, constituait également une vitrine de promotion culturelle et économique.

Mais au-delà de la visibilité offerte au Gabon, c’est probablement la Côte d’Ivoire qui apparaît comme le principal sujet d’observation. Car le FEMUA est aussi le résultat d’un modèle.

Abidjan s’est progressivement imposée comme l’une des capitales culturelles africaines. L’industrie musicale y est structurée. Des maisons de production se développent. L’événementiel culturel s’industrialise. Des festivals émergent. Les métiers du spectacle se professionnalisent. Un écosystème entier s’organise autour de la création.

Le succès ivoirien n’est pas le fruit du hasard. Il repose sur une vision : considérer les industries culturelles et créatives comme un secteur économique stratégique.

Et c’est peut-être là que réside la principale leçon du FEMUA 2026 pour le Gabon.

Car les débats n’ont pas manqué, y compris au sein de la délégation gabonaise. L’absence de certaines figures emblématiques a alimenté discussions et réactions sur les réseaux sociaux, rappelant une réalité importante : construire une industrie culturelle suppose également des mécanismes transparents, inclusifs et structurés.

Mais il serait dommage que ces controverses masquent l’essentiel.

Le véritable héritage de cette participation ne réside peut-être pas uniquement dans les prestations artistiques. Il se trouve dans ce qu’un tel événement permet d’observer : la manière dont un pays africain a réussi à transformer sa culture en espace d’investissement, de rayonnement et de création de valeur.

Le FEMUA 2026 aura offert au Gabon davantage qu’une scène ; il lui aura tendu un miroir.

Celui d’une Afrique culturelle qui change d’échelle.

Certains bâtissent déjà les infrastructures de cette nouvelle économie. D’autres disposent encore des talents sans toujours disposer des outils.

Le défi gabonais n’est plus de démontrer sa richesse culturelle.

Il est désormais de construire l’écosystème qui lui permettra de prospérer.

Hugues-Gastien MATSAHANGA

Essayiste, Spécialiste des Industries Culturelles et Créatives

 
GR
 

0 commentaire

Soyez le premier à commenter.

Poster un commentaire