Si les investissements dans la fibre optique s’accélèrent sur le continent, le Gabon peine encore à franchir un cap. Avec une vitesse médiane de téléchargement de 42,25 Mbit/s et une latence de 179,8 millisecondes au deuxième trimestre 2026, le pays affiche des performances en progression, mais demeure en retrait sur plusieurs indicateurs. À cela s’ajoute le prix du forfait fibre d’entrée de gamme de 50 Mbit/s, supérieur à 40 dollars par mois, soit près du double des tarifs pratiqués dans plusieurs marchés ouest-africains.

Installation de fibre optique aérienne en 2017 au Gabon. © YvanGabonPictures/Vivendi/GVA

 

Le marché africain du haut débit par fibre optique poursuit sa transformation. Les déploiements se multiplient, les performances progressent et certains pays commencent à étendre leurs réseaux au-delà des principaux centres urbains. Dans cette course, le Gabon avance, mais à un rythme plus modeste que plusieurs marchés comparables.

Selon les données compilées par TelecomLead à partir notamment des mesures d’Ookla, le pays a enregistré une hausse de 15,9 % de sa vitesse médiane de téléchargement entre 2023 et le deuxième trimestre 2026, pour atteindre 42,25 Mbit/s. Une progression qui reste toutefois inférieure à celle enregistrée sur plusieurs marchés d’Afrique de l’Ouest. 

1 800 kilomètres de réseau en perspective

Le marché gabonais du très haut débit fixe repose principalement sur deux opérateurs. Moov Africa Gabon Telecom, présent dans 19 villes, propose des débits pouvant atteindre 500 Mbit/s. De son côté, Canalbox commercialise des offres illimitées à 50 et 200 Mbit/s. 

Pour accélérer la couverture, un partenariat public-privé annoncé fin 2025 prévoit l’extension du réseau national de fibre optique sur 1 800 kilomètres. Le dispositif doit également instaurer un cadre d’accès ouvert et transparent aux infrastructures.

L’enjeu est de taille pour un pays où la couverture reste encore concentrée dans les principaux pôles urbains. L’extension du backbone pourrait permettre d’élargir l’accès au très haut débit et, surtout, de réduire les disparités territoriales.

Mais l’augmentation de la couverture ne suffira pas à elle seule. La question de la qualité du service demeure également centrale.

Des performances en progression, mais une latence préoccupante

Sur le front des débits, le Gabon affiche des résultats intermédiaires. Entre 2023 et le deuxième trimestre 2026, la vitesse médiane de téléchargement a progressé de 15,9 %, atteignant 42,25 Mbit/s.

Le débit du segment inférieur du marché, mesuré par le P10, a pour sa part augmenté de 23,5 %, tandis que le P90 a progressé de 20,1 %. L’essentiel des gains a cependant été enregistré en 2024, ce qui traduit un ralentissement des améliorations récentes. 

Le principal point noir reste la latence. Celle-ci a diminué de 18,5 %, mais atteignait encore 179,8 millisecondes au deuxième trimestre 2026, soit le niveau le plus élevé parmi les six marchés étudiés dans l’analyse. 

« L’expansion du réseau principal pourrait contribuer à réduire cette latence et à améliorer la qualité du haut débit », relève l’analyse.

Cette faiblesse constitue un handicap pour les usages nécessitant une connexion réactive, notamment les services cloud, les jeux en ligne, certaines applications professionnelles et, plus largement, les services numériques à forte intensité de données.

Un forfait de 50 Mbit/s à plus de 40 dollars

Au-delà des performances techniques, c’est surtout le coût d’accès qui interpelle.

Au Gabon, le forfait fibre d’entrée de gamme de 50 Mbit/s coûte plus de 40 dollars par mois. À titre de comparaison, des offres équivalentes dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest se situent autour de 20 à 25 dollars mensuels. 

Le différentiel est donc conséquent : l’utilisateur gabonais peut payer près du double pour accéder à une vitesse de départ comparable.

Cette situation contraste avec les évolutions observées sur certains marchés voisins. Au Sénégal, par exemple, les offres résidentielles de Sonatel s’étendent de 30 Mbit/s à 1 Gbit/s, tandis que la restructuration du réseau fibre opérée en février 2026 a permis d’augmenter les vitesses et de réduire les prix mensuels des offres haut de gamme. 

Au Togo, autre marché comparable, Canalbox propose également des offres à 50 et 200 Mbit/s. Le pays a surtout réduit de 60 % en janvier 2025 le prix de gros de la fibre noire, avec l’objectif affiché de stimuler la concurrence et de favoriser une baisse des tarifs de détail. 

Le Gabon distancé par plusieurs marchés africains

La comparaison avec les autres marchés étudiés met davantage en évidence le retard gabonais.

En Côte d’Ivoire, la vitesse médiane de téléchargement du haut débit fixe a atteint 60,99 Mbit/s au premier semestre 2026, après une progression de 28,3 % depuis 2023. Le Ghana a, lui, enregistré une hausse de 69,3 %, portant sa vitesse médiane à 52,78 Mbit/s.  

Le Sénégal atteint désormais 38,55 Mbit/s, après une progression de 78 % depuis 2023. Le Nigeria, de son côté, a vu sa vitesse médiane passer de 13,50 à 34,47 Mbit/s, soit une multiplication par 2,55 en trois ans.  

Le Gabon conserve donc une vitesse médiane supérieure à celle du Sénégal et du Nigeria, mais avec une dynamique de progression nettement moins soutenue et une latence beaucoup plus élevée.

Surtout, contrairement à plusieurs marchés ouest-africains qui ont déjà engagé des politiques de partage d’infrastructures, de baisse des coûts de gros ou d’accès ouvert, le pays doit encore transformer ses investissements en amélioration concrète de l’accessibilité.

 
GR
 

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