Ali Bongo : «J’ai pris acte, une fois pour toutes, de ce qui s’est passé»
Il ne sollicitera plus les suffrages des Gabonais, mais ne quitte pas pour autant la scène. Dans son message du 17-Août, Ali Bongo acte la fin de ses ambitions électorales tout en revendiquant la présidence du PDG, qu’il veut reconstruire pour contribuer à faire émerger «une opposition responsable et une alternative crédible». Derrière les vœux d’Indépendance, l’ancien président dessine ainsi les contours de son après-pouvoir.

Près de trois ans après sa chute, Ali Bongo acte la fin de ses ambitions électorales et esquisse une nouvelle place dans le jeu politique gabonais. © Getty Images
Diffusé ce lundi 17 août, notamment sur la page Facebook d’Ali Akbar Onanga Y’Obegue, secrétaire général de l’aile du PDG demeurée fidèle à l’ancien chef de l’État, un document est intitulé «Message de vœux au peuple gabonais à l’occasion du 66e anniversaire de l’Indépendance du Gabon ». Sans indication sur son lieu d’émission, le texte porte en revanche une signature politiquement éloquente : Ali Bongo Ondimba s’y présente en qualité de «Président du Parti Démocratique Gabonais». Et, derrière les traditionnels vœux d’unité et d’espérance, l’ancien chef de l’État y clarifie surtout ce qu’il entend désormais faire de son avenir politique.
Près de trois ans après le coup d’État du 30 août 2023, Ali Bongo Ondimba ferme lui-même la porte à un retour par les urnes : «Je ne solliciterai plus de mandat électif.»
Mais il en ouvre aussitôt une autre. «Renoncer à exercer le pouvoir ne signifie ni renoncer à ses convictions, ni cesser de transmettre l’expérience acquise, ni devenir indifférent au destin de son pays», écrit-il. L’ancien chef de l’État ne sera donc plus candidat. Cependant, il n’annonce nullement sa disparition de la vie politique.
Le passé «acté», le bilan revendiqué
Le message évite soigneusement l’affrontement avec le pouvoir actuel. Brice Clotaire Oligui Nguema n’est jamais nommé et le 30 août 2023 n’est pas explicitement évoqué. Ali Bongo dit simplement avoir «pris acte, une fois pour toutes, de ce qui s’est passé».
Il assure ne pas vouloir «nourrir ces querelles byzantines» ni «prêter le flanc au désordre». Mais l’apaisement n’équivaut pas à l’effacement. L’ancien président glisse cette défense condensée de son héritage : «reconnaître ce qui a été accompli n’est ni une nostalgie ni une posture, c’est un droit de mémoire».
Pas d’inventaire, donc, encore moins de mea culpa. Ali Bongo refuse surtout que sa chute résume ses quatorze années au pouvoir.
Le PDG prié d’apprendre l’opposition
C’est sur le PDG que le texte prend toute sa portée politique. Ali Bongo signe d’ailleurs son message comme «Président du Parti Démocratique Gabonais», dans un contexte où la direction du parti reste disputée. Il entend désormais consacrer son énergie à «accompagner sa reconstruction», transmettre, conseiller et préparer une nouvelle génération. Surtout, il demande à cette formation, qui a gouverné le Gabon pendant plus d’un demi-siècle, de «se renouveler profondément».
Puis vient la phrase la plus lourde de sens : le PDG doit contribuer, «dans le respect des institutions et des choix du peuple, à l’existence d’une opposition responsable et d’une alternative crédible pour notre pays».
Le basculement est considérable. L’ancien parti au pouvoir est explicitement projeté dans l’opposition par celui qui revendique toujours sa présidence. Après des décennies passées au cœur de l’État, il lui faudrait désormais apprendre à convaincre sans disposer de l’État.
Reste une question : quelle influence Ali Bongo conserve-t-il réellement sur un PDG fracturé et dans l’opinion gabonaise ? Son message ne permet pas de le mesurer. Il clarifie en revanche son positionnement.
Ali Bongo renonce aux urnes, pas à peser. Derrière les vœux consensuels du 17-Août se dessine une reconversion politique : celle d’un ancien président qui ne veut plus gouverner lui-même, mais entend encore participer à la fabrication de l’après.















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