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S’il faut se garder de tout réduire aux questions de survie, il faut tout autant éviter de légitimer une générosité de façade. En 2021, la pandémie du coronavirus appartiendra aux souvenirs. Mais, ses effets seront perceptibles comme jamais.

Pour l’heure, une seule question semble intéresser les dirigeants du continent : le traitement de la dette extérieure. Se réfugiant derrière l’argument éculé de l’urgence, l’UA a tôt fait de se féliciter du moratoire du G20. © Gabonreview

 

L’heure est sans doute à la mobilisation générale. Le moment invite certainement à la conjugaison des forces. Inédits et imprévisibles, ces événements envoient un message anxiogène, à rebours des vanités des uns et certitudes des autres. Cristallisant l’attention, le covid-19 contraint à parer au plus pressé, à céder à la culture du court terme. Pourtant, on ne devrait pas s’empêcher de se projeter dans l’avenir. On ne devrait pas se garder d’envisager le jour d’après. Bien au contraire. La remise du continent en ordre de marche prendra des allures de travail d’Hercule. Disant vouloir anticiper cette perspective, la Banque mondiale a recommandé d’agir sur trois volets : l’intégration sous-régionale, la santé et l’activité économique.

Prêt-à-penser et solutions toutes faites

Pas assez habituée à une vision prospective et d’ensemble, manifestement soucieuse de tirer bénéfice politicien de cette situation, l’élite dirigeante semble ne pas encore avoir cerné les vrais défis. Au-delà des visioconférences, de la nomination de quatre envoyés spéciaux de l’Union africaine (UA) ou des annonces, le jour d’après semble ne pas être une préoccupation partagée. Dans une certaine mesure, chacun l’envisage à sa manière, avec tout de même une constante : les arrière-pensées politiciennes. Profitant de l’impotence de l’UA, jouant sur l’incurie des commissions économiques régionales, bénéficiant de la malice de nombreux dirigeants, le covid-19 trouve assurément un terrain fertile. Dans les toutes prochaines années, il crachera tout son venin, aux risques et périls de populations déjà éreintées par une gouvernance hasardeuse.

Contrairement au sentiment dominant, les effets à moyen et long termes du covid-19 sont loin d’être cernés. Politiques, économiques, sociaux ou sociétaux, ils ne sont nullement pris en compte dans les stratégies mises en œuvre. S’il faut se garder de tout réduire aux questions de survie, il faut tout autant se méfier du prêt-à-penser et des solutions toutes faites, applicables en tout lieu. A quel point ces restrictions de libertés affecteront-elles le fonctionnement des États ? Quelle en sera l’influence sur la sincérité du jeu démocratique ou la légitimité des institutions ? Quelles retombées pour les partis politiques, les syndicats et les organisations de la société civile ? Pendant combien de temps le secteur productif s’accommodera-t-il du télétravail ? Dans quel état en sortira-t-il ? La petite économie réussira-t-elle à se relever de cette période ? Réorganisé et peut-être désorganisé, pour les besoins de la cause, le secteur sanitaire se remettra-t-il d’équerre ? Qu’en sera-t-il des systèmes éducatifs ?

Générosité de façade

À l’évidence, une lourde hypothèque pèse sur les prochaines années. Mais, rien n’est définitivement perdu. A condition de faire montre de transparence, d’inclusion et de responsabilité, la contrainte covid-19 peut se muer en opportunité. A quelque chose près, c’est la recommandation de la Banque mondiale aux pays de la région Mena (en anglais Middle East and North Africa – Afrique du Nord et Moyen-Orient en français.) L’insécurité alimentaire étant le risque le plus immédiat, une coordination renforcée s’impose. S’étant, à ce jour, uniquement intéressés aux questions financières, l’UA et ses huit organes régionaux (UMA, Cedeao, CEA, Igad, SADC, Comesa, CEEAC, Cen-Sad) doivent élargir leur champ de vision. Au lieu de porter la bonne parole des institutions de Bretton Wood, ils doivent analyser leur diagnostic pour inventer des solutions adaptées aux contextes régionaux. Sur l’Etat de droit, l’accès à l’information publique, les processus électoraux comme sur la libre concurrence, les finances publiques, ou la redistribution des richesses nationales, ils doivent édicter des normes contraignantes et exigibles à tous.

Pour l’heure, une seule question semble intéresser les dirigeants du continent : le traitement de la dette extérieure. Se réfugiant derrière l’argument éculé de l’urgence, l’UA a tôt fait de se féliciter du moratoire du G20. Refusant d’envisager les conséquences de cette décision sur l’exercice budgétaire 2021, elle s’est enfermée dans une logique de très court terme. Faute d’avoir eu le cran de formuler ses propres propositions, la voilà condamnée à légitimer une générosité de façade. Pour ses membres, cet attentisme proche de la paresse intellectuelle deviendra inévitablement un boulet. Dans moins d’une année, ils seront bien en peine d’expliquer le subit alourdissement du service de la dette. Or, à ce moment-là, le Covid-19 appartiendra déjà aux souvenirs. Mais, ses effets seront perceptibles comme jamais.

 
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4 Commentaires

  1. diogene dit :

    Le moratoire est un écran de fumée.

    Le sida, ébola, covid19 et de nombreuses épidémies sévissent sur la planète.
    Elles sont le résultat de la surpopulation qui induit des besoins de place, de nourriture , etc…
    La planète est épuisée !
    La solution : stopper la croissance démographique et inverser son cours actuel.
    Mais l’économie de croissance a besoin de bras pour travailler(le moins couteux possible), de connards pour consommer ses produits inutiles et fragiles voire mal sains et toxiques. Paradoxal !
    Reste la décroissance programmée.

    Puisque l’humanité doit disparaitre, il ne reste plus qu’à définir quand et comment.
    A voir la tournure que prennent les évènements, je pense : bientôt !

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