Iboga : quand l’argent menace de dénaturer la spiritualité
Face à la montée du tourisme spirituel autour de l’iboga et du Bwété, Guy Bertrand Mapangou, président du Conseil économique, social, environnemental et culturel (CESEC), alerte sur la marchandisation des savoirs initiatiques. Pour lui, la vente de titres de « Nimas » et de connaissances traditionnelles à des étrangers constitue une menace culturelle et spirituelle qui pourrait finir par vider le Bwété de son sens.

Pour Guy Bertrand Mapangou, président du CESEC, vendre l’iboga et ses savoirs associés est un danger culturel et spirituel. © GabonReview / Illustration IA
Depuis une dizaine d’années, l’iboga, et notamment l’ibogaïne qui en est issue, bénéficie d’une réputation internationale grandissante en raison de son potentiel étudié dans le traitement des addictions et des traumatismes. Cette notoriété croissante attire toutefois des réseaux et des individus intéressés par sa dimension spirituelle et thérapeutique, ouvrant la voie à une véritable économie autour des pratiques initiatiques gabonaises.
Dans une tribune particulièrement critique, Guy Bertrand Mapangou dénonce l’existence de réseaux organisés de trafiquants opérant au Gabon et à l’étranger, avec, selon lui, la complicité de certains Gabonais, tradipraticiens, initiés et même dépositaires de la tradition. Il leur reproche notamment de monnayer auprès d’étrangers des titres de Nimas et des savoirs issus de l’initiation.
«Vendre l’iboga et ses savoirs associés est un danger culturel et spirituel», affirme-t-il, estimant qu’un savoir initiatique ne saurait être réduit à une marchandise. «Un savoir initiatique ne se vend pas. Un rite se vit, il ne se consomme pas comme un forfait bien-être», martèle le président du CESEC.
Pour Mapangou, la transformation de l’initiation en produit touristique accessible à ceux qui peuvent payer constitue une rupture avec les fondements du Bwété. Il pointe particulièrement la responsabilité des gardiens de la tradition qui accepteraient de vendre des titres ou des connaissances sans respecter le parcours spirituel qu’ils supposent. «Ce n’est plus du Bwété, c’est du folklore commercial», tranche-t-il, évoquant également l’exposition des auteurs à des sanctions pénales.
Guy Bertrand Mapangou voit dans ce processus une menace plus profonde
Au-delà de la question financière, l’ancien ministre voit dans cette marchandisation une menace plus profonde : celle d’un bouleversement des critères de légitimité spirituelle. «Cette situation ouvre une brèche que rien ne peut refermer facilement : celle où l’argent devient le nouveau critère de légitimité spirituelle, à la place du respect, de la transmission et du sens», prévient-il.
L’alerte porte ainsi sur la préservation d’un patrimoine spirituel que le président du CESEC considère comme intimement lié à l’identité culturelle gabonaise. «L’iboga a survécu à la colonisation, aux interdits, à l’oubli. Il ne survivra pas nécessairement à l’indifférence des initiés qui devraient le protéger en premier», écrit-il.
Pour Guy Bertrand Mapangou, l’enjeu dépasse donc la seule protection d’une plante. L’iboga, ou «Éboghè», demeure à ses yeux un élément central du Bwété, à la fois support de guérison, de révélation et de transmission. Mais sa valeur spirituelle se trouve aujourd’hui confrontée aux logiques commerciales nées de sa notoriété internationale. «L’iboga est bien un pont vivant entre les vivants et les ancêtres, le cœur battant du rite Bwété», rappelle-t-il, avant de résumer son inquiétude : «Éboghè sert à guérir, à révéler, à transmettre. Aujourd’hui il sert aussi à s’enrichir. Et c’est là que le problème commence».
















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