Et si les forêts gabonaises protégeaient bien davantage que des éléphants, du carbone et du bois ? Dans un entretien accordé au média sud-africain Daily Maverick, l’ancien ministre Lee White rappelle une fonction beaucoup moins connue du bassin du Congo : celle d’une immense pompe à humidité dont dépend une partie des pluies africaines. Il annonce 500 millions de réfugiés hydriques.

Lee White à l’époque où il travaillait pour la Wildlife Conservation Society (WCS). © Dailymaverick.co.za / Andrew Coates

 

Lee White emploie une image saisissante. Pour l’ancien ministre gabonais des Eaux et Forêts, le bassin du Congo est le « cœur qui pompe l’Afrique ». Un cœur végétal dont les battements se mesurent aussi en eau recyclée et renvoyée vers l’atmosphère.

Cette humidité alimente de vastes flux de vapeur d’eau capables d’influencer les régimes de précipitations bien au-delà de l’Afrique centrale. D’où l’avertissement lancé par Lee White : « Si nous perdons le bassin du Congo à cause de la déforestation », estime-t-il, l’avenir même du continent serait compromis. Il évoque des conflits autour de l’eau et va jusqu’à avancer le chiffre de 500 millions de réfugiés hydriques.

Ce chiffre doit toutefois être pris pour ce qu’il est : une projection de Lee White, et non une estimation scientifique faisant consensus. Le mécanisme général qu’il décrit, lui, est bien documenté.

Quand la forêt fait aussi tomber la pluie

Une forêt tropicale ne se contente pas de recevoir la pluie. Elle participe aussi à sa fabrication. Les arbres puisent l’eau dans les sols avant d’en restituer une partie dans l’atmosphère par évapotranspiration. Cette humidité peut ensuite être transportée sur de longues distances avant de retomber sous forme de précipitations.

Le World Resources Institute souligne ainsi que le bassin du Congo influence les régimes pluviométriques au-delà de la région. Sa dégradation ne signifierait donc pas seulement davantage de CO2 dans l’atmosphère ou moins de biodiversité. Elle pourrait également peser sur l’agriculture, la sécurité alimentaire et l’accès à l’eau de populations situées très loin du Gabon.

C’est précisément ce changement d’échelle que met en avant Lee White. La forêt gabonaise n’est pas seulement une affaire nationale. Elle appartient à une mécanique climatique continentale.

Le Gabon parmi les mieux préservés

Dans cet ensemble, le Gabon reste l’un des pays les mieux préservés du bassin. Plus de 85 % de son territoire demeure couvert de forêt primaire et son taux de perte forestière reste parmi les plus faibles de la sous-région.

À l’échelle du bassin du Congo, la tendance est cependant plus préoccupante. Environ 780 000 hectares de forêt primaire ont disparu en 2024. Une perte encore limitée proportionnellement, mais dont l’accumulation fragilise progressivement un système écologique qui fonctionne comme un tout.

Lee White y voit aussi un déséquilibre économique. Les pays forestiers sont appelés à préserver des services écologiques dont bénéficie une partie du monde sans toujours être rémunérés à la hauteur. Sur les mécanismes internationaux de compensation, son jugement est sans détour : « les marchés carbone ont totalement échoué ».

Derrière le carbone apparaît ainsi une question plus fondamentale : celle de l’eau. Le Gabon ne protège pas seulement une forêt. Par le maintien de son couvert végétal, il contribue à préserver une partie du château d’eau atmosphérique de l’Afrique.

 

 
GR
 

0 commentaire

Be the first one to leave a comment.

Post a Comment