Malgré la volonté affichée du chef de l’État, le processus ITIE au Gabon s’enlise dans les lenteurs financières et les défaillances institutionnelles.

Les membres du collège élargi de la société civile au sein du Groupe multipartite de l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives au Gabon (ITIE-Gabon), ce 10 novembre 2025. © GabonReview

 

Le collège élargi de la société civile au sein du Groupe multipartite (GMP) de l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives au Gabon (ITIE-Gabon) a tenu, ce 10 novembre 2025, une conférence de presse pour alerter sur la situation critique du processus. Dix-huit ans après sa première adhésion et quatre ans après sa réintégration, l’initiative censée garantir la transparence et la redevabilité dans la gestion des ressources extractives semble à nouveau minée par les mêmes dysfonctionnements.

Les représentants de la société civile ont salué la vision du président Brice Clotaire Oligui Nguema en matière de souveraineté économique et de gouvernance transparente. Ils ont également reconnu les efforts du ministre d’État, Henry Claude Oyima, qui a permis le paiement des cotisations internationales dues à l’ITIE et initié le règlement des prestations du cabinet Moore Insight.

Cependant, ces avancées demeurent limitées face à une administration budgétaire jugée lente, complexe et peu transparente. Selon les membres du GMP, la mise en œuvre de l’ITIE-Gabon reste paralysée par des retards chroniques dans la délivrance des ordonnances de paiement, des réaffectations arbitraires de crédits et l’absence d’un programme budgétaire clairement défini dans les lois de finances successives. En conséquence, sur un montant global de 563 millions de francs CFA alloué entre 2022 et 2025, seule une faible part aurait été effectivement exécutée, ce qui réduit considérablement la portée du processus.

Les mêmes causes produisent les mêmes effets

Radié une première fois en 2013 pour non-respect des exigences de transparence, le Gabon avait réadhéré à la norme ITIE en 2021 avec l’ambition de relancer une gouvernance plus ouverte du secteur extractif. Deux rapports ont été publiés en 2023 et 2024, mettant en évidence d’importants écarts entre les paiements déclarés par les entreprises minières et pétrolières et les recettes effectivement perçues par l’État. Malgré ces efforts, la société civile déplore une répétition des erreurs du passé : faible implication institutionnelle, retards budgétaires récurrents et manque d’autonomie opérationnelle de l’ITIE-Gabon.

«Malheureusement, les leçons apprises de cette radiation en 2013 n’ont pas été capitalisées, occasionnant un « bis repetita » lors de la seconde adhésion de 2021», a regretté, le membre en charge du secteur pétrole au Collège de la société civile au GMP, Guy René Mombo Lembomba, soulignant que «L’ITIE-Gabon a été régulièrement privé de ses dotations budgétaires par les services financiers compétents, amoindrissant ainsi ses résultats et son impact».

Face à cette situation préoccupante, la société civile appelle à une refondation complète du mécanisme ITIE-Gabon. Elle propose l’organisation d’un Conseil présidentiel spécial consacré à la relance du processus, afin de redéfinir les priorités et les objectifs stratégiques du pays à l’horizon 2032. Elle demande également la révision du décret n°0077/PR/MER du 21 mars 2022, jugé à l’origine de plusieurs dysfonctionnements, ainsi que le paiement immédiat des prestations dues au cabinet Moore Insight pour permettre la production du rapport ITIE 2023.

La société civile plaide enfin pour la levée de tous les blocages budgétaires au niveau du Trésor et du Budget, estimant que seule une initiative nationale conduite « avec les Gabonais, par les Gabonais et pour les Gabonais » permettra de restaurer la confiance, relancer le dialogue et replacer la transparence au cœur de la gouvernance des ressources naturelles.

«L’ITIE favorise le maintien des niveaux élevés de transparence et de redevabilité dans la vie publique et les activités du gouvernement. (…) Ensembles, préservons et sécurisons la poursuite du Processus de l’ITIE au Gabon et soutenons en toute loyauté, le leadership national et continental de Son Excellence monsieur Brice Clotaire Oligui Nguema», a conclu Guy René Mombo Lembomba.

 
GR
 

0 commentaire

Soyez le premier à commenter.

Poster un commentaire