Une nouvelle enquête d’Afrobameter via le Cergep révèle une jeunesse gabonaise partagée entre un regain d’optimisme depuis la transition politique et une profonde inquiétude face à un chômage qui demeure massif.

La proportion de jeunes estimant que le pays évolue «dans la bonne direction» a presque été multipliée par dix depuis la fin du régime précédent, mais le chômage est leur principal problème © D.R.

 

Les jeunes Gabonais considèrent de plus en plus que leur pays avance «dans la bonne direction», mais demeurent confrontés à un chômage massif qui reste, à leurs yeux, le principal défi à résoudre. C’est ce que révèle un module d’enquête Afrobarometer mené au Gabon par le Centre d’études et de recherches en géosciences politique et prospective (CERGEP), qui met en lumière les attentes et les inquiétudes d’une population particulièrement jeune. Malgré un taux d’urbanisation supérieur à 80 % et un niveau d’alphabétisation des jeunes atteingnant 91 %, une large part d’entre eux peine à s’insérer dans un marché du travail profondément déséquilibré.

Le chômage des jeunes oscille entre 37 % et 40 %, une situation que les chercheurs attribuent en grande partie à l’écart persistant entre un système éducatif encore très théorique et les compétences effectivement recherchées par les entreprises. L’agriculture, la construction ou les industries extractives peinent ainsi à recruter, faute d’une main-d’œuvre formée de manière pratique et opérationnelle. Interrogés sur les obstacles qui entravent leur insertion professionnelle, les jeunes évoquent en premier lieu le manque de formation, l’inadéquation entre leurs qualifications et les exigences des postes, ainsi que l’absence d’expérience professionnelle.

Le chômage apparaît, de loin, comme le problème le plus urgent que le gouvernement doit résoudre. Depuis plusieurs années, des initiatives soutenues par la Banque mondiale tentent pourtant de répondre à cette crise structurelle. Afrobarometer note que l’arrivée au pouvoir de Brice Oligui Nguema, après le coup d’État d’août 2023, a marqué un tournant politique majeur. Ce d’autant plus qu’élu président, il affirme faire de l’emploi des jeunes et de la diversification de l’économie toujours fortement dépendante du pétrole, les piliers de son action publique. L’enquête montre d’ailleurs un changement notable dans la perception des jeunes.

Si leurs évaluations de la performance du gouvernement restent nuancées, elles se révèlent nettement plus positives qu’en 2021. Un regain d’espoir après la transition politique ? Les appréciations concernant la gestion économique enregistrent une hausse, et la proportion de jeunes estimant que le pays évolue «dans la bonne direction» a presque été multipliée par dix depuis la fin du régime précédent.

Cet optimisme retrouvé n’efface pourtant pas les tensions qui traversent la jeunesse. Plus de la moitié des jeunes interrogés déclarent avoir envisagé d’émigrer, principalement en quête de meilleures perspectives professionnelles et économiques.

Cette intention éclaire le paradoxe d’une génération à la fois confiante dans l’avenir du pays mais tentée par le départ, faute d’opportunités tangibles à court terme. À l’heure où le Gabon semble engagé dans une nouvelle phase de son histoire, l’étude rappelle que la consolidation de cette dynamique dépendra de la capacité des autorités à transformer l’espoir en emplois et en perspectives durables pour une jeunesse souvent présentée comme le socle de l’avenir du pays.

 
GR
 

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