Ce jeudi 15 janvier 2026, le procureur général près la Cour d’appel judiciaire de Libreville a présidé une rencontre de cadrage avec les Officiers de Police Judiciaire (OPJ). Entre dénonciation des dérives procédurales, extorsions financières et violations des droits humains, le Dr Eddy Minang a tracé les nouvelles lignes rouges d’une pratique judiciaire qui se veut désormais exemplaire sous la « Ve République ».

Le procureur général près la cour d’appel judiciaire de Libreville, le Dr Eddy Minang, face aux officiers de police judiciaire, le 15 janvier 2026 pour un rappel à l’ordre sur le respect des procédures et des droits des justiciables. © GabonReview

 

Le ton était presque martial et le message sans équivoque. Dans la grande salle d’audience de la Cour d’appel, le Dr Eddy Minang, assisté des membres du parquet de la République et du parquet général, a fait face aux auxiliaires de justice pour une mise au point chirurgicale sur trois axes majeurs : la compétence territoriale, la rigueur procédurale et le respect sacré des libertés individuelles.

Premier point de crispation : le refus de certaines unités de reconnaître la pleine compétence du Tribunal de première instance de Ntoum, opérationnel depuis mai 2025. Le Procureur a fustigé le maintien illégal des transferts de dossiers vers Libreville pour les zones de Ntoum, Kango et Cocobeach. «Les règles de compétence sont d’ordre public et d’application immédiate», a-t-il rappelé avec fermeté, annonçant que le Tribunal de Libreville a désormais instruction de rejeter systématiquement toute procédure ne relevant pas de son ressort territorial.

Enquêtes sous influence et « business » du retrait de plainte

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Le Dr Eddy Minang s’est ensuite attaqué aux déviances professionnelles qui ternissent l’image de la chaîne pénale. Il a vigoureusement condamné l’immixtion des OPJ dans les litiges civils (dettes, loyers, conflits de propriété) et surtout, la multiplication des règlements transactionnels occultes au sein des unités.

Le magistrat a particulièrement pointé du doigt l’exigence illégale de frais pour le retrait des plaintes : «Il est inadmissible que l’on fasse payer le retrait de la plainte. […] Une telle pratique est illégale, est inadmissible et ceux qui vont continuer à s’y adonner s’exposeront à des sanctions».

L’indépendance de l’enquêteur a également été réaffirmée face aux interférences hiérarchiques. Le Procureur a rappelé que seul le Parquet dirige l’action publique : «Il est inconcevable que […] vous receviez en matière pénale judiciaire des ordres et des instructions provenant d’une autorité autre que le procureur de la République».

Droits humains : La garde à vue n’est pas une zone de non-droit

Le volet le plus sensible de cette rencontre a concerné le traitement des usagers. Le procureur général s’est indigné des gardes à vue prolongées sans autorisation écrite, ainsi que de la disparition d’objets personnels dans les commissariats et brigades. «En faisant disparaître les objets personnels du gardé à vue, vous transformez l’unité judiciaire en un lieu d’insécurité», a-t-il martelé.

Enfin, une mise en garde sévère a été adressée concernant la violation de la présomption d’innocence via les réseaux sociaux. Le Dr Eddy Minang a dénoncé la « viralité » des photos de suspects et de victimes avant tout jugement : «Quelle est cette propension à diffuser, à publier à chaque fois les images des personnes qui sont gardées à vue ? […] Tant que la justice ne s’est pas prononcée, tout individu est présumé innocent».

En clôturant cette séance, le procureur général a envoyé un signal fort : l’action judiciaire au Gabon ne tolérera plus les pratiques d’un autre âge. Pour les OPJ, l’obligation de résultats rime désormais avec obligation de probité.

 
GR
 

1 Commentaire

  1. Yann Levy Boussougou-Bouassa dit :

    Ce rappel est hautement nécessaire,le respect de son contenu encore plus.

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