Justice | Suite à la diffusion de vidéos tournées au domicile d’Ali Bongo : Ni vengeance ni tribunaux populaires
Il faut laisser les professionnels faire leur travail, loin du tumulte des réseaux sociaux et des analyses à l’emporte-pièce.

De cette cacophonie, seuls Sylvia Bongo et Noureddin Bongo Valentin tirent bénéfice, l’affaire étant passée des prétoires aux réseaux sociaux, les opinions personnelles ayant supplanté le droit, les ambitions masquées ayant pris le pas sur l’idéal de justice. © GabonReview (capture d’écran).
Au-delà des arrière-pensées politiciennes ou carriéristes, le Gabon a mal. Mal à sa justice. On l’a dit tout au long de l’ère Ali Bongo, notamment durant les opérations Mamba et Scorpion. Malgré les allégations alors portées contre les accusés, en dépit des dénégations des zélateurs, tout le monde en convenait : les procédures étaient viciées, exhalant des effluves de règlement de comptes. Il ne s’agissait alors pas de se prononcer sur la gravité ou l’impact des fautes supposées, mais d’exiger le respect de la loi. Il n’était nullement question de soutenir quelqu’un, mais de réclamer des procès équitables, respectueux des droits des parties. Depuis la diffusion de vidéos mettant en scène de hauts magistrats, d’une part, Ali Bongo, Sylvia Bongo et Noureddin Bongo Valentin, d’autre part, on se retrouve dans la même situation. Et ce n’est à l’avantage ni de l’autorité judiciaire ni du pouvoir exécutif.
Cacophonie
Depuis quelques jours, le climat rappelle celui ayant prévalu lors de la mise en cause de Magloire Ngambia, Etienne Ngoubou ou Brice Laccruche-Alihanga. À coup de parallèles mystificateurs, certains ont tôt fait de détourner l’affaire de son essence. Se posant en protecteurs ou en contempteurs du président de la République, ils ont non seulement transformé un débat de principes en une querelle de personnes, mais ils l’ont aussi politisé, jetant l’opprobre sur la magistrature. Comme d’autres naguère, ils ont involontairement établi un lien indissociable entre politique et justice. Comme d’autres avant eux, ils ont malencontreusement laissé le sentiment de faire passer leurs intérêts personnels avant ceux de la communauté. À tout ce beau monde, il faut rappeler la nécessité de ne pas confondre justice et vengeance. À chacun d’eux, il faut redire l’urgence de ne pas transformer les réseaux sociaux en tribunaux populaires.
De ces dérives, émergent de nombreuses questions. D’abord sur la confiance. Peut-elle éclore quand, sous prétexte de citoyenneté, des détenteurs de l’autorité publique se prononcent sur des matières techniques ou sujets sensibles, au risque de semer la confusion ? Ou quand des activistes autoproclamés mènent des enquêtes parallèles ? Ensuite sur la gouvernance. Peut-on y adhérer quand le secret de l’instruction est violé ? Ou quand la moindre révélation provoque un effet boule de neige ? Enfin sur l’effectivité de l’Etat de droit. Peut-on y croire quand certains somment les magistrats de protéger l’exécutif ou quand ils excusent une faute par une autre ? Ou quand des dispositions constitutionnelles sont foulées au pied ? De cette cacophonie, seuls Sylvia Bongo et Noureddin Bongo Valentin tirent bénéfice, l’affaire étant passée des prétoires aux réseaux sociaux, les opinions personnelles ayant supplanté le droit, les ambitions masquées ayant pris le pas sur l’idéal de justice.
Tentative de manipulation de l’opinion
Les justiciers du net ont certainement des raisons de s’ébrouer. Ils ont aussi le droit de suivre les affaires de leurs pays et même donner leurs avis. Mais, ils ne doivent pas se substituer aux institutions. Encore moins aux professionnels assermentés. Si le Gabon a mal à sa justice, c’est d’abord en raison des influences extérieures, pressions diverses et immixtions intempestives dans les procédures. Or, c’est exactement l’objectif poursuivi par les auteurs de cette vidéo, où l’on peut voir de hauts magistrats transiger avec la famille nucléaire d’Ali Bongo au domicile de ce dernier, tout en se disant en mission commandée par… le président de la République. En la diffusant, le clan Bongo Valentin espérait susciter analyses, commentaires et interventions. Au-delà, il avait à cœur de discréditer la procédure et, avec elle, la justice. Est-il en passe d’y parvenir ? Eu égard à la tonalité des échanges, c’est à craindre. Dans tous les cas, on est en face d’une tentative de manipulation de l’opinion. Faut-il la relayer ou lui donner de la résonance ?
Certes, on peut difficilement rester indifférent à certaines révélations. Certes, dans le contexte actuel, le silence et la sagesse n’induisent pas la réciproque. Résidant désormais au Royaume-Uni, Sylvia Bongo et Noureddin Bongo Valentin jouissent par conséquent de protections nouvelles, notamment celles consacrées par les traités internationaux et le droit britannique. Or, aux termes de celui-ci, les risques de mauvais traitements suffisent à motiver le rejet d’une demande d’extradition. Conscients de cela, les deux accusés déploieront toujours des trésors d’ingéniosité pour accréditer l’idée d’une justice aux ordres, inféodée au pouvoir politique. D’où la nécessité de laisser les professionnels faire leur travail, loin du tumulte des réseaux sociaux et des analyses à l’emporte-pièce.
















2 Commentaires
Hum… si je résume cet article c’est « passez il n’y a rien à voir l’état de regarder ». C’est bien essayé, mais c’est compliqué de rattraper une balle tirée.
@Ngomo Thierry. Tu devais avoir 0 en résumé tout le temps à l’école toi… Ou bien, tu veux plaire au patron de ton frère ? Ou tu cherches un.marche comme Erick ?