La Coalition pour la Nouvelle République et ses alliés, REAGIR et Ensemble pour le Gabon, ont livré, samedi 4 avril 2026 à Libreville, une déclaration publique sans ménagement. Dénonçant pêle-mêle la mal gouvernance, le recours au FMI, les manœuvres protocolaires et le Code de la nationalité, ils ont livré un réquisitoire aussi structuré qu’implacable contre un pouvoir qu’ils estiment miné de l’intérieur.

Président de la CNR, Vincent Moulengui Boukosso le 4 avril 2026 à Libreville. © GabonReview

 

La Coalition pour la Nouvelle République et ses alliés politiques ont tenu, samedi 4 avril 2026 à Libreville, une conférence de presse au vitriol, dénonçant ce qu’ils qualifient de «mal gouvernance récurrente» et de dérives autocratiques du régime en place.

La sortie est cinglante, méthodique, sans concession. Réunis sous la bannière de la CNR, aux côtés de REAGIR et d’Ensemble pour le Gabon, les ténors de l’opposition gabonaise ont dressé un réquisitoire implacable contre un pouvoir qu’ils accusent d’avoir substitué le spectacle à la gouvernance. Le ton est donné d’emblée, par une citation de Mao Zedong mobilisée comme bouclier théorique : «Lorsque l’adversaire ne vous attaque plus sur vos positions idéologiques et politiques, dites-vous bien que vous êtes déjà dans l’erreur.» Une manière élégante de retourner contre leurs détracteurs les «tirs groupés» essuyés depuis leur conférence du 7 mars dernier.

Sur le front économique, la coalition enfonce le clou. Elle rappelle avec une ironie acérée la déclaration tonitruante d’un ancien ministre de l’Économie qui avait juré : «Je n’irai jamais jusqu’à aller chercher le FMI parce que ce serait humiliant et contre-productif pour notre souveraineté.» Or le pays s’y trouve aujourd’hui contraint, sans budget adopté pour l’exercice 2026. La CNR n’hésite pas à évoquer le spectre des plans d’ajustement structurel de 1986 et 2007 (privatisations, gel des recrutements, compression des budgets sociaux) pour avertir d’une répétition tragique de l’histoire.

Manœuvres nocturnes et agenda inavoué

La coalition dénonce également la convocation nocturne et téléphonique de partis politiques à la présidence de la République, sans carton d’invitation, sans ordre du jour, sans les égards protocolaires élémentaires dus aux formations politiques, une méthode que la CNR compare sans détour à celle du CTRI lors du dialogue national inclusif. Qualifiant cette pratique de «dérive institutionnelle et démocratique inacceptable», elle affirme avoir eu raison de boycotter ce qu’elle décrit comme une opération de communication déguisée en visite de chantiers, poursuivant un double agenda : contraindre l’opposition à cautionner des priorités gouvernementales jugées «aux antipodes des besoins urgents et vitaux du peuple gabonais», puis «la jeter en pâture à la vindicte du peuple désillusionné». L’objectif à terme, selon la CNR, serait de «crédibiliser puis liquider les partis de l’opposition».

Abordant le nouveau Code de la nationalité, la coalition exige «le retrait pur et simple de l’ordonnance n°0004/PR/2026» du 26 février 2026, fustigeant la précipitation avec laquelle a été promulgué un texte qui touche pourtant au fondement même de l’identité nationale, promulgué trois jours avant la session parlementaire qui aurait pu en délibérer dans les formes. Elle appelle à l’ouverture d’une consultation nationale sur ce sujet «de très haute importance».

Conclusion lapidaire, à ranger parmi les formules qui font mouche : «L’ennemi du pouvoir actuel, c’est le pouvoir lui-même. Ce régime porte en lui les germes de son discrédit, qui l’enfonce chaque jour dans la mal-gouvernance, l’état de non-droit et l’autoritarisme aggravés.» Une épitaphe politique prononcée à voix haute, et en plein jour.

 
GR
 

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