TATIE

Un peu comme Saint Paul dans les Evangiles qui trouva sa rédemption et se convertit au christianisme sur le chemin de Damas, après avoir persécuté l’Eglise, Le Parano de l’Eternel, bandit à la petite semaine des quartiers populaires de Libreville, a rencontré Dieu en prison. S’il garde ses tics, manies et langage de Goudronier, il prêche désormais, à ses anciens confrères délinquants juvéniles, la reconversion et le retour à une vie normale. Les contours et la petite histoire d’un phénomène en buzz naissant sur les réseaux sociaux.   

Le Parano de l’Eternel, au centre. © Gabonreview/Capture d’écran

 

Fin-juin dernier, paraissait sur Facebook une vidéo amateur, tournée dans les geôles de Sans-Famille, le tristement célèbre pénitencier de Libreville. Un groupe de détenus y présentait, à grands éclats de rires, un certain monsieur Machette qui «a terrorisé Libreville». A la manœuvre, un jeune homme dénommé Le Parano de l’Éternel, Stany Mohamed Lekogo de son vrai nom. Comment donc un détenu pouvait-il avoir un smartphone à l’intérieur de la prison lui permettant de s’exprimer sur les réseaux sociaux, s’interrogeaient alors de nombreux internautes.

Montage © Gabonreview

De Sans-Famille à YouTube, Tik Tok, Facebook et WhastApp

Sorti de prison, on redécouvre le même jeune homme sur une chaine YouTube dédiée crée le 9 juillet 2020. Si elle compte près de 3000 abonnés, elle n’a que 169 000 vues au compteur pour une trentaine de vidéos. Bien maigre. Accro aux réseaux sociaux, le jeune homme marque également sa présence sur les réseaux Tik Tok, Facebook et WhastApp. Selon ce qu’on peut apprendre de ses vidéos, le braqueur des quartiers Akébé, qu’il a renommé «Akébé des Boss», a décidé de changer et de revenir à une vie normale. Il aurait rencontré Dieu, comme il s’est plu à le répéter sur les deux médias qui l’ont reçu ces derniers temps : Urban FM et Label TV : «Le Tout-Puissant, l’Éternel Dieu, m’a fait grâce. Il a touché mon cœur, j’ai changé de vie». Mais aussi et surtout, à ses dires, sa mère envisageait de le renier, en ayant marre d’être pointée du doigt dans son voisinage comme étant la génitrice d’une terrible frappe à la petite semaine. Touché par le désespoir de sa mère, Le Parano de l’Éternel change de braquet : il prêche désormais la reconversion à ses anciens compagnons d’arme, les «Goudronniers», ces braqueurs popularisés par la chanson éponyme de Don’zer.

Si en Jamaïque il n’y a que deux manières de sortir du ghetto : une balle dans le dos ou un disque à succès sous le bras, au Gabon la vie de Goudronnier n’a également que peu d’issues : la prison, les infirmités du fait des balles parfois encaissées des flingues de la police, la folie du fait des malédictions lancées par les victimes (hé, oui, on y croit), au pire des cas la mort, et moins grave, «finir pauvre». En tout cas, Le Parano de l’Éternel s’attèle depuis un bon moment à convaincre ses anciens compagnons de délinquance juvénile, de ce que la prison, souvent banalisée, est un enfer.

© D.R.

«Le Ngori est bolet» : les frappes ne paient plus

L’ancienne frappe appelle désormais les Goudronniers à arrêter le braquage. D’où le leitmotiv «Le Ngori est bolet». Ce qu’il faut sans doute traduire par «le travail est mort», «le braquage ne paye plus», «le braquage est terminé» ou «le braquage est mort». Difficile en tout cas d’en avoir une explication stricte de lui-même. Pour converser avec Le Parano de l’Éternel ou l’interviewer, il faut désormais passer par un manager qui parle de lui en termes de «mon artiste». Sans doute parce sur YouTube, le jeune homme ponctue sa tchatche d’expressions comme «Couvre-Feu», repris sur la chaine YouTube de Kevin Mkg, et qu’il a inspiré à quelques beatmakers locaux la chanson, d’audience marginale, «On tue kinkin» qui était l’un de ses anciens slogans de jubilation.

S’il s’est lancé dans une campagne de sensibilisation, invitant les goudronniers à apprendre un métier, passer le permis de conduire ou essayer de foncer jusqu’au baccalauréat, il engage également des anciens comparses à le rejoindre dans cette action. Dans l’une de ses dernières vidéos, deux anciens jeunes malfaiteurs, repris de justice récidivistes aux noms incroyables (Ulrich Le-Voteur-Sur-les-Vrais-Sabres ou Le-Novelas-des-PK) avouent avoir «gaspillé dans Libreville». Ils confessent, reconnaissent avoir gaspillé de l’argent mal gagné, regrettent leur vie passée, et conseillent à leurs anciens compères et aspirants goudronniers de quitter la délinquance, un mode de vie qui ne «paye pas».

Sur les réseaux sociaux, notamment dans les commentaires sur YouTube, nombreux reprochent au Parano de l’Eternel de continuer à user du jargon des Bangandos (expression signifiant jeunes délinquant). La réelle reconversion du jeune homme qui se vante d’être «un modèle de réinsertion» passe également et surtout par le changement de son langage. Jusqu’où ira donc la croisade de cette ancienne petite frappe ? Simple buzz et autosatisfaction d’un accro des réseaux sociaux ? Wait and see, le temps nous dira.

 
GR
 

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