La demande de pardon adressée au peuple par le Parti démocratique gabonais (PDG) ressemble à une formalité.

Si le PDG croit solder le passé à si bon compte, il doit se rendre à l’évidence : nulle part au monde, le pardon n’a été décrété de façon unilatérale. Partout, il a été la résultante d’un processus impliquant l’ensemble des parties. © GabonReview

 

C’est le dernier artifice de communication à la mode au Parti démocratique gabonais (PDG) : une demande de pardon adressée au peuple, mais formulée dans un cadre strictement partisan.  Inauguré par la nouvelle secrétaire générale, ce procédé a ensuite été repris par d’autres personnalités, durant les «Assises d’autocritique et de refondation» tenues le week-end écoulé à Libreville. Autrement dit, sans énumérer les faits ni préciser les dates de leur commission, encore moins identifier les fautifs ou consulter les victimes, les membres de la direction autoproclamée du PDG se prononcent pour une amnésie collective, synonyme d’oubli social et d’absolution juridique. Comme on pouvait s’y attendre, cette initiative suscite colère et réprobation au sein d’une bonne partie de l’opinion. Du coup, certains plaident pour la mise en place d’un mécanisme de justice transitionnelle conforme aux principes universellement admis. Plus primesautiers, d’autres en appellent à une dissolution pure et simple de l’ex-parti unique.

Toute la lumière sur le passé

De toute évidence, le PDG semble acquis à l’idée d’une reconstruction sociale fondée sur un principe moral aux frontières mal définies : le pardon. Seulement, sa hiérarchie n’en dit pas davantage, laissant le sentiment d’accomplir une formalité. Est-elle prête à faire toute la lumière sur le passé ? Pour des actes de quelles natures ? Les crimes financiers, les abus motivés par la volonté de se maintenir au pouvoir ou les deux en même temps ? Quelle période serait couverte ? Les cinq dernières années, l’ensemble de l’ère Ali Bongo, la période post-conférence nationale ou la totalité du règne du PDG ? Sont-ils prêts à répondre de leurs actes devant des juridictions impartiales, quitte à solliciter ensuite une amnistie ? Ou veulent-ils faire la promotion de l’impunité ? Reconnaissent-ils aux victimes le droit de ne pas leur accorder ce pardon ? Sur toutes ces questions, les nouveaux hiérarques du PDG ne disent mot, se contentant de proclamer leurs remords sans aller au-delà. Ont-ils seulement réfléchi aux implications de leur initiative ? En ont-ils pris toute la mesure ? On peine à le croire.

Si elle peut permettre la réhabilitation des victimes et des bourreaux, la demande de pardon s’inscrit dans un triptyque comprenant la vérité et la justice.  Autrement, elle peut devenir contre-productive. Quelle crédibilité accorder à une requête formulée de façon quasi-mécanique, du bout des lèvres et sans en énumérer les raisons précises ? Comme on l’a vu en Tunisie au lendemain de la chute de Ben Ali, la demande de pardon n’est ni une fin en soi ni une incantation. S’inscrivant dans une approche centrée sur les victimes, elle peut être acceptée ou rejetée. Mieux, elle s’accompagne généralement de mesures de réparation, financières ou d’ordre moral. Si le PDG croit solder le passé à si bon compte, il doit se rendre à l’évidence : nulle part au monde, le pardon n’a été décrété de façon unilatérale. Partout, il a été la résultante d’un processus impliquant l’ensemble des parties.

Noyer le poisson

Pourtant, le PDG fait comme s’il pouvait en être autrement. N’ayant jamais reprogrammé son logiciel, il s’est toujours comporté comme un parti unique, s’affranchissant des lois, règlements ou procédures pour soumettre les institutions à la seule volonté de ses dirigeants. Aveuglés par l’illusion de toute-puissance, ses élites ont fonctionné comme en terrain conquis, s’autorisant toutes les brimades à l’égard d’autres citoyens. Attirés par le gain facile, ils ont entretenu l’opacité pour mieux faire main basse sur l’argent public et, plus largement, dissimuler l’ensemble de leurs forfaits.  Du coup, on peine à savoir à qui pensent-ils en faisant acte de contrition. S’adressent-ils à l’État, longtemps spolié ? Ou au peuple, privé de ses droits fondamentaux ? Pour quels faits précisément ? On aimerait être fixé.

A moins d’ouvrir une enquête indépendante sur une période précise, une demande de pardon paraît ou prématurée ou destinée à noyer le poisson. Les membres du directoire du PDG sont-ils disposés à jouer le jeu ?  Si on peut leur donner acte d’être implicitement passés aux aveux, si on doit leur savoir gré d’avoir involontairement soutenu l’idée d’un mécanisme de justice transitionnelle, l’on se demande s’ils sont prêts à aller au bout de leur pensée. Pour l’heure, leur demande semble peu élaborée voire malicieuse : sans vérité ni justice préalable, elle aura toujours les allures d’une simple manœuvre politicienne.

 
GR
 

9 Commentaires

  1. Gayo dit :

    C’est pour noyer le poisson et amadouer les gabonais. Si les nazi étaient dans le déni de leurs crimes pour les plus farouches, ne reconnaissant aucun mal, j’ai du mal à croire que les pdgistes qui ont commis des crimes moindre puissent avoir des regrets sincères. Aussi longtemps que le PDG continuera à exister dans notre pays, sa présence restera un mépris et une injustice envers les gabonais.

  2. Gayo dit :

    Payer ses employés avec l’argent du trésor publique est un acte mafieux et criminel suffisamment grave. Même sans compter les autres crimes, refuser de dissoudre le PDG c’est refuser de rendre justice au Gabon et a son peuple.

  3. Gayo dit :

    Ne pas rendre justice au Gabon et à son peuple en dissolvant le PDG c’est refuser de conjurer le mal que le Gabon a subit et laisser la porte pour qu’il revienne. Le PDG doit être dissout et certains cadres doivent répondre de la gouvernance criminelle du parti. Dieu le père n’a pas hésité à sacrifier son fils unique pour donner l’amnistie à ceux qui demandent un pardon sincère, pas celui de Angélique Ngoma pour ne pas laisser le mal impuni. On ne doit pas violer cette loi spirituelle pour libérer notre pays du règne des ténèbres. Les seuls PDGistes qui ne comprennent pas la nécessité de dissoudre le PDG sont ceux qui ont le cœur endurci et impénitent malgré tout le mal fait a notre pays.

  4. Lavue dit :

    Ce raisonnement clair et limpide est trop compliqué pour les cancres et médiocres PDGistes. Même les personnes peu instruites ou dans le pays (les femmes et villageois pour la plupart) les rejettent aujourd’hui, ces gens qui ne connaissent pas la honte n’ont plus de crédibilité et pensent qu’ils sont les seuls à pouvoir diriger le pays malgré un échec de 56 ans aussi patent. La dissolution de cette grande secte serait le moindre mal pour eux, car ouvrir une démarche vérité, pardon et réconciliation n’est simplement pas de leur niveau. Avec des atrocités comme les crimes financiers, les rimes rituels dont les commanditaires PDG n’ont jamais été inquiétés comment imaginer qu’ils puissent prendre part à pareil exercice. C’est pas pensable.
    LPDG est le véritable danger qui guète OLIGUI et le CTRI. Ces diables PDGistes ne changeront jamais leur conception du pouvoir.

  5. Yann Levy Boussougou-Bouassa dit :

    Les spécialistes de la science politique vous diront qu’un parti politique est une sociation , soit une relation sociale fondée sur une coordination des intérêts. Ce faisant, ce sont donc les individus qui font le parti politique. Ceux qui pensent que dissoudre le PDG permettra de résoudre les problèmes de notre pays se trompent (en partie), car tant que son personnel gardera cette façon condamnable de conduire les affaires publiques, le PDG subsistera , et ce même s’il n’a plus d’existence juridique. Je me dis donc, que si on décide de dissoudre le PDG, ce doit être pour des motifs clairs (on sait tous à peu près de quoi il s’agit). Mais cela ne peut se faire sans la mise en cause judiciaire de ceux qui sont la cause des griefs qui sont faits à ce parti. Sans cela la dissolution du PDG aurait des allures de rodomontade populiste.

    • Gayo dit :

      L’Union nationale n’avait-il pas été interdit par le pouvoir PDG avant d’etre rétabli? Il y avait de la légalité mais pas de légitimé. Il existe donc des mécanismes légitimes et légaux pour dissoudre ou interdire un parti. Vous dites : Ceux qui pensent que dissoudre le PDG permettra de résoudre les problèmes de notre pays se trompent (en partie). C’est vous qui ne comprenez pas. Pendant ce temps dites nous que les criminels ne doivent pas payer le prix de leurs forfaits parce que ca ne ramène pas les victimes à la vie. Continuons avec l’impunité. Je suppose que vous aurez trouvé du sens que le parti nazi puissent continuer d’exister puisque selon votre raisonnement spécieux le parti n’est qu’une relation sociale fondée sur une coordination des intérêts. Vos raisonnement est spécieux puisque n’importe quelle association peut etre condamné pour les actes posés par ses membres dans un état de droit. Et cette condamnation peut aller jusqu’à la dissolution lorsque des actes criminels graves sont constatés.

      • Yann Levy Boussougou-Bouassa dit :

        Gayo, je sais fort bien qu’une organisation peut être sanctionnée du fait de l’activité de ses membres, et je n’ai jamais avancé qu’on ne doive pas sanctionner le PDG. Mon propos est limpide : ce sont des personnes qui font ce parti politique, donc s’il faut sanctionner, en plus d’une éventuelle dissolution de cette formation politique, il faudra traduire en justice toutes les personnes, issues de ce parti, à l’origine des fautes qu’on lui reproche. Si nos dirigeants venaient servir à la plèbe une simple dissolution de ce parti sans traduire en justice ses dirigeants, ils se moqueraient aussrément de nous. L’exemple du parti nazi que vous convoquez pour combattre mon propos ne fait que le servir, puisque non seulement le parti nazi a été interdit, mais ses dirigeants traduits en justice (procès de Nuremberg).

  6. Mezzah dit :

    Le PDG dans le format actuel n’a plus lieu d’être. Les dirigeants ont été nommés sans respecter les règles internes. Je me demande d’ailleurs pourquoi la justice et la Cour constitutionnelle ne se prononcent pas suite à la saisine de Maître NKEA NDZIGUE. C’est incroyable, comme dira une jeune gabonaise « dans quel pays nous sommes » ?

    J’interpelle encore le Président de la Transition en lui disant que plus longtemps il retardera la mise en place de la commission Vérité, Justice, Restitution, Réconciliation plus la haine contre ceux qui ont mis le pays dans cet état de délabrement avancé augmentera. On notera qu’au sein du PDG, certains adhérents souhaitent carrément la mort des autres. Ce n’est pas rien.

  7. Nathan Dzime dit :

    Aaah, qu’ils sont fiers ces chers PDGistes, dans nos bas-quartiers. Ils sont fiers car, estiment-t-ils, ils sont de retour. Et les voilà qui continuent de nous narguer…et même, menacer de représailles comme à leur habitude!

    Ils sont fiers, car disent-ils, ils ont réussi à placer aux commandes du CTRI, leurs Camarades les plus invétérés…donc ce sont eux qui mènent (à demi-mots), la politique du CTRI. Donc, nous les petites-gens sans-noms gabonais, n’avons pas trop intérêt à leur manquer d’égards!

    Ils ont même pour projet (en apothéose), de placer Oligui Nguema comme Distingué Camarade Président (DCP). D’ailleurs, n’avez-vous pas remarqué disent-ils, qu’à ce jour, le poste de DCP est vacant au PDG? Rien que çà.

    Alors une question au président Oligui: Monsieur le président, si vous réussissez votre inclusivite où ce sont les bourreaux, de leur propre chef, réhabilitent leurs victimes, ce sera un cas d’école (du jamais vu) dans le monde entier et de tout temps; mais est-ce que c’est bien comme ça ? Pourquoi ces gens-là continuent de nous polluer l’existence ? Que faille-il que nous fassions pour ne plus jamais entendre parler de cette association de fossoyeurs de la Nation gabonaise ? Où faut-il aller pour trouver justice?

    Patriotiquement Vôtre !

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