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Si le ministère public avait requis 10 ans, l’ancien député a été condamné à six. Comme si la justice avait subitement choisi d’accéder aux prétentions de la défense. Comme si sa posture était finalement devenue intenable. Comme si elle cherchait à tirer quelqu’un d’affaire.

En s’ouvrant à la communauté internationale et en mettant à l’index les atteintes à l’Etat de droit et aux valeurs démocratiques, Bertrand Zibi Abéghé a mis le régime sous pression, jouant sur l’image de la justice et d’Ali Bongo. © Gabonreview

 

Si elle se comprend, l’émotion déclenchée par la libération de Bertrand Zibi Abéghé s’explique aussi. Sur le lien entre justice et politique, comme sur le respect des droits civils et politiques, chacun s’est retrouvé face à sa conscience. En leur for intérieur, les défenseurs des droits humains, les hommes politiques, les magistrats ou les journalistes se sont posé des questions. Quelle idée nous faisons-nous de la démocratie ?  Quelle compréhension avons-nous de la liberté individuelle, c’est-à-dire du droit de chacun d’agir comme il l’entend sans encourir des mesures de rétorsion en marge de la loi ? Quelle conception le pouvoir judiciaire a-t-il de cette notion ?  En est-il le gardien ou le fossoyeur ? La justice est-elle rendue au nom du peuple ou du pouvoir politique ? Faut-il croire en son indépendance ou acter sa subordination au pouvoir exécutif ?

Une pierre dans le jardin du président de la République

Après six années d’une détention aux allures de règlement de comptes, l’ancien député a retrouvé la liberté. A la seule évocation de son cas, on se demande qui sera le prochain. On cherche à comprendre comment tout cela a pu arriver dans notre pays, au lendemain d’une élection présidentielle particulièrement meurtrière. On veut savoir pourquoi le Dialogue national d’Angondjé n’a pas été capable de se saisir de cette affaire. A la fin, on se pose deux questions : «Était-ce vraiment nécessaire ?», «A qui tout ceci profite ?» Le traitement réservé à Bertrand Zibi Abéghé a manifestement été guidé par une volonté d’infliger une punition «pour l’exemple.» Autrement dit, cette affaire exhale un parfum d’arbitraire, jetant une pierre dans le jardin du président de la République, par ailleurs «garant de l’indépendance du pouvoir judiciaire

Tout au long des six années écoulées, des choses ont été dites sur les conditions et les raisons de cette incarcération. On a parlé de traitements dégradants, d’immixtion de la Garde républicaine dans la procédure, de contournement des règles, de fabrication puis de disparition de preuves, de subornation de témoins, de marchandage voire de chantage… On a entendu un membre du gouvernement présenter à Ali Bongo des excuses, accusant Bertrand Zibi Abéghé d’arborer «un style méprisant» et d’avoir tenu des «propos discourtois et dénués de tout fondement.» On a aussi vu un ministre de la Justice affirmer avoir été nommé pour régler cette affaire, s’autorisant même à annoncer sa sortie. Même si l’homme est demeuré en détention, ce micmac ne crédibilise pas notre magistrature.

Peine calculée

En s’ouvrant à la communauté internationale, Bertrand Zibi Abéghé a mis le régime sous pression, jouant sur l’image de la justice et d’Ali Bongo. Dans sa lettre ouverte à la cheffe de Délégation de l’Union européenne, il pointait les manquements aux droits de la personne humaine et aux principes de bonne gouvernance. Par son recours à la protection consulaire américaine, il avait indiqué n’avoir aucune confiance dans le système carcéral, semant le doute sur le rôle du ministère de la Justice et la Commission nationale des droits de l’homme. A travers leur demande d’intervention adressée à la Chambre des représentants, ses avocats avaient mis à l’index les atteintes à l’Etat de droit et aux valeurs démocratiques. Quand bien même les autorités nationales ont feint de ne pas entendre ces différents messages, la peine infligée à Bertrand Zibi Abéghé semble avoir été calculée pour leur offrir une sortie par le haut. En tout cas, elle paraît fondée sur des éléments étrangers au droit.

Initialement poursuivi pour «instigation aux actes et manœuvres de nature à provoquer des troubles ou manifestations contre l’autorité de l’Etat», «instigation aux violences et voies de fait» et «détention illégale d’arme à feu», l’ancien député a quand même passé cinq ans en détention préventive. Comme le rappelle Me Charles-Henri Gey, ses avocats ont «fini par plaider, à titre principal, la relaxe pure et simple (…) et, à titre subsidiaire (…) que la durée de sa détention couvre sa peine.» Si le ministère public avait requis 10 ans, il a été condamné à six. Comme si la justice avait subitement choisi d’accéder aux prétentions de la défense. Comme si sa posture était finalement devenue intenable. Comme si elle cherchait à tirer quelqu’un d’affaire ou à lui retirer une épine du pied. Eu égard à ces incertitudes, la libération de Bertrand Zibi Abéghé doit être le point de départ d’une réflexion sur la place et le rôle de la justice, jusque-là perçue comme aux ordres.

 
GR
 

3 Commentaires

  1. armand claude nguimbi dit :

    la justice gabonais, et ces magistrats est une honte pour la justice et la démocratie dans le monde. les magistrats gabonais aux ordres sont les plus nulles d’Afrique.

  2. armand claude nguimbi dit :

    la justice gabonaise, et ces magistrats est une honte pour la justice et la démocratie dans le monde. les magistrats gabonais aux ordres sont les plus nulles d’Afrique.

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