Linda Remichi : l’élégance comme héritage, le raphia comme langue maternelle
Née d’une mère couturière, façonnée par un héritage de tissu et de fil, Linda Remichi a mis des décennies à accepter ce que le destin lui avait cousu sur mesure. Aujourd’hui, derrière son label Isse By Lita (Isse : mot nzebi signifiant élégance, beauté et harmonie), cette Librevilloise aux racines gabono-portugaises réinvente le raphia, métisse les continents et porte la mode gabonaise sur les scènes d’Osaka, de Los Angeles et d’Accra. Portrait d’une créatrice qui brode l’identité africaine avec la grâce de quelqu’un qui n’a jamais eu à l’apprendre.

Deux trophées déjà dans le palmarès, comme si le Ghana avait voulu confirmer ce que le raphia murmurait depuis toujours : la beauté vraie finit toujours par être couronnée. © GabonReview
Il y a des destins qui ne se construisent pas, ils s’héritent. Celui de Linda Remichi, créatrice et fondatrice de l’atelier Isse By Lita, semble avoir été cousu bien avant qu’elle pousse son premier cri. Sa mère, Angela Cimarro, «Lita» pour les intimes, était couturière. Une femme, une machine à coudre, une vision. Linda naît en 1970, enfant d’Akébéville, de sang mêlé gabonais et portugais. «Je suis née dedans, en fait», dit-elle simplement en parlant de couture, comme si cela expliquait tout. Et peut-être que oui.
Elle traverse plusieurs vies avant de revenir à l’essentiel. C’est le Covid, ce grand silence forcé, qui rallume la flamme. Elle ressort sa machine à coudre – «j’en ai toujours une» – et les amis s’enflamment autour des premières pièces. C’est alors qu’intervient une sorte de fée marraine : la créatrice gabonaise Dorian Leet Cooper, fondatrice du label 3 Points, installée entre Libreville et Los Angeles. «Pourquoi tu n’en fais pas un métier ? Puisque ce que tu fais est joli et ça plaît.» La sentence est prononcée. L’atelier Isse By Lita est né d’un confinement, mais il était promis à l’espace entier.
Un nom qui est déjà un poème

Linda Remichi, invitée de GabonReview : parce que certaines histoires méritent d’être cousues et racontées. © GabonReview
Isse vient du Nzebi et signifie élégance, beauté et harmonie. By Lita (par Lita), vient du prénom de sa mère. Traduit librement, ça pourrait donner : l’élégance et la beauté de ma mère. Une fondation aussi solide que tendre. Dans ses influences, Linda convoque deux univers en apparence opposés : la rigueur intemporelle de Coco Chanel, «la reine en matière de mode» selon ses propres mots, et le foisonnement créatif de l’Afrique, de l’Asie, de l’Occident. «Mes créations sont métissées», revendique-t-elle. C’est précisément là que réside leur magie.
Le raphia réinventé, la mode repensée
Sa matière première ? Le raphia. Mais pas celui qu’on connaît. Celui qu’elle réinvente. Teintures naturelles, techniques développées en solitaire, associations audacieuses avec le lin, la soie, le brocard. «Je me suis transformée un peu en chimiste», confie-t-elle. De ce labeur patient naissent des pièces sans jumelles : robes jupes, pantalons casual chic, costumes masculins taillés sur mesure, prêt-à-porter en séries limitées de cinq (même coupe, jamais même tissu). Une philosophie résolument anti-série dans un monde saturé de répliques.
Bélier dans l’âme, Linda incarne à merveille les feux de son signe : énergie débordante, audace pionnière, résilience tranquille. «Le bélier, c’est quelqu’un qui fonce, qui fait preuve de beaucoup de résilience et qui, malgré les apparences, est très patient», a-t-elle été amenée à expliquer.
Sur les podiums internationaux, Isse By Lita a déjà planté son drapeau avec panache. En mars 2025, Linda foule les planches du Discovery Fashion Show de Los Angeles aux côtés de son amie Dorian Leet Cooper, par ses propres moyens, sans autre soutien que sa détermination. Quelques semaines plus tard, c’est Osaka et l’Exposition universelle, où le Gabon est représenté, par elle, dans l’écrin de la maison Cartier, qui avait créé et financé le pavillon des femmes. Une consécration autant qu’une évidence. Au Ghana, deux trophées remportés lors du Glam Fashion Show, dont le prestigieux Star International Fashion Designer, sont venus sceller une trajectoire fulgurante. Celle d’une créatrice qui n’a pas fini de s’élever, et qui emporte avec elle, à chaque escale, un peu de l’âme du Gabon… avec du raphia, de la soie, et l’âme de sa mère brodée dans chaque ourlet.













2 Commentaires
Encore une bi-nationale ?
C’est la seule chose que vous avez à dire ? Quand on a l’esprit étriqué, on ne lit pas GabonReview.