Un parlementaire français vient de lancer une grenade diplomatique en direction du Quai d’Orsay. Dans une question écrite publiée au Journal officiel de la République française, le député français Jean-Louis Roumégas accuse sans détour le gouvernement français de se rendre «complice» d’un régime gabonais qu’il décrit comme autoritaire ; celui-là même que Paris honore d’une invitation officielle tandis qu’Alain-Claude Bilie-By-Nze, ancien Premier ministre et figure de proue de l’opposition, croupit en détention préventive dans des conditions qualifiées d’indignes. Un réquisitoire qui place la diplomatie française face à ses propres contradictions.

Jean-Louis Roumégas, député Écologiste et Social, a  interpelé le gouvernement français sur la détention de l’ancien Premier ministre gabonais Alain-Claude Bilie-By-Nze. © GaonReview (montage)

 

Publiée au Journal officiel de la République française le 19 mai 2026, la question écrite n°15260 de Jean-Louis Roumégas, député de l’Hérault (Écologiste et Social), marque un tournant dans le retentissement international de l’affaire Bilie-By-Nze. Dans ce texte adressé au ministre de l’Europe et des affaires étrangères, l’élu français s’appuie d’emblée sur un fait difficilement contestable : les syndicats gabonais de magistrats et de greffiers eux-mêmes, le Synamag et le Synagref, «ont publiquement exprimé leur trouble et leurs interrogations face à une détention préventive dont les fondements légaux apparaissent pour le moins fragiles». Et le député de l’Hexagone d’en tirer la conclusion qui s’impose : «Lorsque les corps constitués du système judiciaire d’un pays s’émeuvent publiquement du sort d’un détenu, c’est le signe que l’État de droit est gravement compromis

Pour Roumégas, la détention de Bilie-By-Nze, poursuivi dans le cadre d’une procédure civile portant sur des faits qui remonteraient à dix-huit ans, ne saurait être lue hors de son contexte. Elle s’inscrit, écrit-il, dans «une logique de musellement de l’opposition» et constitue «une manœuvre destinée à détourner l’attention des nombreux échecs et scandales qui entachent l’action du nouveau pouvoir».

Une invitation à Paris qui fait grincer des dents

C’est sur le terrain diplomatique que la charge du député français est la plus cinglante. Alors que Bilie-By-Nze est maintenu en détention dans des conditions qualifiées d’indignes, la France a adressé une invitation officielle au président Oligui Nguema. Une décision que Roumégas fustige sans détour : «En invitant officiellement le chef de l’État gabonais à Paris tandis qu’un opposant politique est maintenu en détention préventive dans des conditions indignes, la France envoie un signal désastreux

La question posée au gouvernement est directe et sans concession : comment justifier « le maintien d’un soutien diplomatique et la tenue d’une visite officielle du chef de l’État gabonais à Paris, alors même que les atteintes aux libertés publiques, à l’opposition politique et aux droits fondamentaux se multiplient au Gabon» ? L’élu dresse un tableau sombre : coupure des réseaux sociaux depuis le 17 février 2026, interdiction des manifestations, réduction au silence des voix critiques, détentions arbitraires «fréquemment accompagnées d’allégations de tortures».

Un appel solennel à Paris

Au-delà du cas Bilie-By-Nze, Jean-Louis Roumégas élargit son propos aux multiples dérives qu’il impute au pouvoir en place : crise sociale, défaillances persistantes en matière d’eau, d’électricité, d’éducation et de santé, scandales financiers, controverses sur la souveraineté des îles Mbanié, Cocotiers et Conga, et dispositions polémiques du nouveau code de la nationalité : autant de dossiers que GabonReview a documentés de près.

L’injonction finale adressée au gouvernement français est sans ambiguïté : le député de l’Hérault appelle solennellement Paris à «ne pas se rendre complice, par son silence ou ses honneurs diplomatiques, d’un régime qui trahit chaque jour davantage les espoirs qu’il avait lui-même suscités», et à user de toute son influence pour que la détention de Bilie-By-Nze «et de tout prisonnier d’opinion cesse sans délai». Une mise en demeure publique dont le Quai d’Orsay ne pourra pas indéfiniment différer la réponse.

.

 
GR
 

0 commentaire

Soyez le premier à commenter.

Poster un commentaire