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Censée s’appuyer sur le principe de précaution, l’argumentation du gouvernement semble destinée à couvrir des visées politiciennes.

D’essence sanitaire, la riposte contre le coronavirus est désormais traitée comme une question de sécurité intérieure. Relevant des prérogatives de la puissance publique, elle est analysée comme un facteur de survie du pouvoir en place. © Gabonreview/capture d’écran sur France24

 

Les événements de ces derniers jours sont indignes d’une société civilisée.  Des morts par balles, par-ci. Des blessés ou des mutilés, par-là. A Libreville, Port-Gentil et Moanda notamment, un déferlement de rage et de haine. Partout, les populations ont choisi de dire leur ras-le-bol par un concert de casseroles. Mal entraînées, peu au fait des techniques de maintien de l’ordre et usées par une mobilisation au long cours, les forces de sécurité ont répondu par la méthode forte. Rivalisant de zèle et d’imprécision, de hauts gradés, des membres du gouvernement, et même de hauts magistrats se sont lancés dans des déclarations tout à trac, donnant l’impression de chercher à culpabiliser puis à terroriser la population.

Un sentiment d’injustice

Face à des populations criant leur mal-être, se sont dressés des agents incapables de tenir leurs nerfs et affichant un sentiment d’impunité. A ces protagonistes se sont ajoutés des dirigeants convaincus d’être «chefs de tout mais responsables de rien», selon la formule de François Hollande. Divergentes ou convergentes, ces postures ont néanmoins un déterminant commun : la stratégie de lutte contre la covid-19.  En moins d’une semaine, le discours officiel s’est vidé de son sens. La rhétorique a perdu de son charme. La cause en est sortie dévaluée, totalement délégitimée. Pour ainsi dire, le point critique a été atteint. D’essence sanitaire, la riposte contre le coronavirus est désormais traitée comme une question de sécurité intérieure. Relevant des prérogatives de la puissance publique, elle est analysée comme un facteur de survie du pouvoir en place.

Au-delà des divergences d’approche, ce retournement de conjoncture prend racines dans une critique de la stratégie gouvernementale, particulièrement sur un point : la valeur de la vie humaine. Vivant de petits métiers, les classes populaires ont accepté de réduire leurs activités. Ayant l’impression d’être des laissées-pour-compte, elles sont gagnées par un sentiment d’injustice. Peut-on se soucier de la santé d’autrui tout en l’empêchant de subvenir à ses besoins élémentaires ? Le droit à la vie tient de la liberté et du droit à la sûreté. Autrement dit, pour protéger la vie humaine, il faut, tout à la fois, garantir la possibilité d’action et de mouvement et, se garder de tomber dans l’arbitraire. Sauf face à des personnes extrêmement dangereuses, le recours à la force ne se justifie en aucune manière. Les forces de l’ordre l’ignoraient-elles ?

Limiter les débats sur la situation du pays

Se gargarisant des pouvoirs exceptionnels conférés par l’état de catastrophe sanitaire, le gouvernement ne peut le comprendre. Face à la détresse des populations, il se fait menaçant. Mais son argumentation se révèle peu adaptée. Censée s’appuyer sur le principe de précaution, elle semble plutôt destinée à couvrir des visées politiciennes. Le risque sanitaire serait-il devenu un prétexte de basse politique politicienne ? Au sein des classes populaires, nombreux l’affirment. Les bars, restaurants, night-clubs et lieux de culte sont-ils fermés ? D’aucuns y voient, non pas une mesure de prévention mais, un stratagème pour limiter les débats sur la situation du pays. La même analyse vaut pour la modification des horaires du couvre-feu. Quant à l’interdiction du commerce de friperie, elle est interprétée de deux manières : tantôt comme une mesure de lutte contre des velléités factieuses, tantôt comme un moyen d’affamer les jeunes pour mieux les manipuler à l’approche de consultations électorales.

Entre mimétisme aveugle, surdité aux requêtes populaires et sentiment d’invulnérabilité, le gouvernement n’a laissé aucune respiration possible au corps social. Se gargarisant d’être passé à la «phase de coercition», il s’est condamné au recours à la force et, par voie de conséquence, à l’affrontement. Était-ce inévitable ? Devait-on absolument en arriver là pour sauver des vies ? Pour l’heure, deux conceptions du droit à la vie s’affrontent. S’il entend convaincre l’opinion publique, le gouvernement doit encore méditer sur la portée et les implications de ce droit fondamental. Autrement, il laisserait s’installer un climat électrique et de défiance populaire.

 
GR
 

4 Commentaires

  1. Hugo dit :

    Tout ça cache quelque chose qui se prépare en sourdine. Quoi ? Peut être l’annonce du décès d’Ali Bongo (enfin), et l’annonce de la vacance du pouvoir.

    Et si c’est le cas, dites vous bien que les carottes sont cuites. Et que les futurs élections présidentielles ne seront qu’une formalité pour nous imposer « démocratiquement » (mon œil) un nouveau Bongo au pouvoir (Junior ou Nourredine).

    Tout est prêt pour ce scénario MACABRE.

  2. Pascal NGOUA dit :

    Il y a effectivement quelque chose qui se trame derrière tout ce cirque. Qui est à l’origine ? Certainement pas Ali Bongo qui est porté disparu depuis octobre 2018. Mais je sais une chose avec quasiment certitude : le clan Bongo veut se maintenir au pouvoir. Avec le soutien de la France ? Gros point d’interrogation.

    Il ne faut pas oublier. Ne pas oublier que les français les apprécient pour avoir toujours été de bons fidèles marionnettes ou valets. Un peu à l’image de celui de Côte d’Ivoire (Alassane Ouatarra), ou encore celui du Tchad (Idriss Deby). Blaise Compaore était aussi un bon serviteur de la France, mais la révolution Burkinabèse a eu raison de lui. Il est en Côte d’Ivoire tout simplement pour éviter la justice française. Le Quai d’Orsay a demandé à Alassane Ouattarara de le protéger.

    Il y a deux JOKER en liste pour le Gabon : les deux jeunes Bongo que vous connaissez déjà : Junior et Nourredine. On les teste actuellement pour voir leur cote de popularité. Est-ce une bonne chose que d’avoir encore (et par magouille) un Bongo à la tête du pays ? Peut-être au Grand Bonheur des tékés. Dans ce cas, le Gabon appartiendrait-il donc aux habitants du Haut-Ogooué ?

    La françacfrique n’est pas malheureusement pas encore morte. Et c’est bien triste pour le Gabon et les reste de l’Afrique.

  3. diogene dit :

    Ce qui est clair c’est que l’armée et la police ne sont plus sous contrôle !

    Le cedoc est depuis toujours  » un état dans l’état »; il y a de la GP dans la GR , idem dans chaque corps où des factions occultes sont à l’œuvre en dehors de la hiérarchie officielle.
    De plus les loyalistes au Gabongo sont sur armés tandis que les loyalistes au Gabon n’ont que des miettes ou des jouets.

    L’état ne contrôle que le goudron : les provinces enclavées, les quartiers sous intégrés ou matitis sont des zones de non droit ! Le débat continu dans ces zones…

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