Il a toujours estimé qu’il avait gagné. Il a toujours estimé qu’on le lui a volé. Trois ans plus tard, le Professeur Albert Ondo Ossa parle, et ce qu’il dit devrait faire trembler plus d’un mur à Libreville. Chiffres en main, mots aiguisés comme des lames, l’économiste et candidat de l’Alternance 2023 dresse, dans un entretien exclusif publié par à Afrik.com ce 1er juin, le bilan le plus accablant qui soit de la gouvernance post-coup d’État : 37 % de Gabonais sous le seuil de pauvreté, un endettement public hors normes, une jeunesse sacrifiée, une justice aux ordres, et des ressources nationales captées par une poignée de privilégiés pendant que le peuple croupit. Sans haine, dit-il. Mais sans une once de complaisance.

Albert Ondo Ossa : «La transition s’est laissée emporter par les mêmes dérives que ceux qu’elle prétendait chasser». © GabonReview (montage)

 

Trois ans après avoir vu sa victoire électorale, ainsi qu’il le répète souvent, confisquée par le putsch du général Oligui Nguema, le Professeur Albert Ondo Ossa n’a rien perdu de sa verve. Rencontré à Paris fin mai 2026 par Afrik.com, l’économiste et candidat de la coalition Alternance 2023 livre une charge frontale, méthodique, sans fioritures : celle d’un homme qui a compté ses coups, pesé ses mots, et décidé que l’heure était venue de tout dire.

Un pays sous perfusion de mensonges

Il commence par les chiffres, et les chiffres seuls suffisent à faire mal. 37% de Gabonais sous le seuil de pauvreté, un endettement public à 85 % du PIB, un chômage des jeunes culminant à 50 %, une inflation débordant sa cible communautaire. Et Ondo Ossa d’asséner, avec la sécheresse du professeur qui a tout vu : «Je crois qu’il faut tenir aux Gabonais un langage de vérité, car la situation économique et sociale de notre pays est préoccupante. Le coût de la vie augmente, le chômage frappe durement la jeunesse, les familles souffrent et s’appauvrissent davantage, les entreprises peinent à survivre et l’endettement devient un sujet majeur d’inquiétude» Puis, sur la gouvernance : «La gestion d’un État ne s’improvise pas !» Cinq mots. Le scalpel, pas le sabre.

Sur la transition, l’académicien monte d’un cran. La période qui a suivi le coup d’État aurait dû, selon lui, consolider le pacte républicain, renforcer les institutions, redonner aux Gabonais foi en leur État. Elle a fait l’inverse : «Elle s’est laissée emporter par les mêmes dérives, celles-là même qui ont enfoncé et décrédibilisé les pouvoirs précédents, les dérives tant dénoncées par la population, à savoir le goût du pouvoir, le diktat, la gabegie, le clanisme, la roublardise, le mensonge et le faux.» Le catalogue est implacable. Chaque mot est une pierre dans le jardin d’Oligui.

Un pays riche qui appauvrit les siens

La notation Fitch CCC-, symptôme d’une confiance internationale en berne, lui inspire une formule qui résume sa vision de la bonne gouvernance : «Une bonne gouvernance ne se limite pas à la construction de quelques bâtiments, à une pratique politique qui consiste à dresser les citoyens les uns contre les autres. La bonne gouvernance, c’est aussi une justice libre et impartiale, capable d’attirer les investisseurs, et une répartition équitable des ressources du pays.» Libreville et ses façades rénovées prennent l’uppercut sans broncher.

Il y a aussi le personnel. Bilie-By-Nze toujours en détention. Sa propre épouse et sa fille retenues au Gabon, privées de leurs documents de voyage. «Cela montre à quel point les tenants du pouvoir vont jusqu’aux extrêmes, jusqu’à s’attaquer à l’avenir des enfants.» L’indignation, ici, n’est plus académique.

Et pour clore ce procès en règle, Ondo Ossa dégaine la vérité arithmétique qui rend toute excuse impossible : «Le Gabon est un pays riche avec une population très faible, moins de 2 millions d’habitants. Si les revenus de l’État étaient bien répartis, il n’y aurait aucun problème.»  Voilà posée, nette et définitive, la question que personne au pouvoir ne veut entendre.

Le Professeur se défend de toute rancœur, dit vouloir «contribuer au rassemblement des Gabonais» et regarde l’avenir «avec lucidité mais sans haine». Soit. Mais à lire cet entretien jusqu’au bout, on comprend que la lucidité, chez Ondo Ossa, est une arme. Tranchante. Et que le silence qu’on lui a imposé n’a fait que l’affûter.

 
GR
 

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