HABANA

 

La Première ministre ne doit pas se laisser manger la laine sur le dos. Elle doit imposer son style, son rythme, sa méthode de travail et sa lecture de la situation. Elle doit aussi adapter la gestion de la crise sanitaire à la réalité locale.

Il est temps pour Rose Christiane Ossouka Raponda d’adapter la gestion de la crise sanitaire à la réalité locale. © Facebook/GabonPrimature

 

«La crédibilisation de la gouvernance financière (…) passe (..) par le maintien d’une relation de confiance avec (les) bailleurs de fonds», proclamait Rose Christiane Ossouka Raponda, dans sa déclaration de politique générale. Elle aurait pu appliquer son aphorisme à l’ensemble des domaines, notamment à la politique et au vivre-ensemble. Un an plus loin, il est peut-être temps ! Le climat général étant particulièrement anxiogène, la politique de l’autruche n’est plus d’aucune utilité. Il ne sert plus à rien de jouer les Ponce Pilate en se dédouanant à bon compte. Il ne sert non plus à rien de jouer les incompris ou d’abattre la carte de la victimisation. Il faut regarder la réalité en face et s’attaquer aux problèmes structurels : le règne de l’arbitraire, l’opacité, la préférence partisane et l’impunité.

Dérèglement institutionnel

Personne ne tient le Premier ministre pour «le détenteur suprême du pouvoir exécutif.» Nul ne lui demande d’aller au-delà de ses prérogatives. Mais, face au mal-être des populations, au vu du mal-vivre ambiant et eu égard au délitement des liens sociaux, on peut quand même lui exiger une chose : jouer pleinement son rôle constitutionnel. Chargé de conduire la politique de la nation, le gouvernement dispose de l’administration et des forces de sécurité. A charge pour lui de ne pas se laisser manger la laine sur le dos. A charge pour lui aussi d’identifier les priorités du moment. A charge, enfin, à son chef d’imposer son style, son rythme, sa méthode de travail et sa lecture de la situation.

A ce jour, il n’en est rien. Si la vie politique est anesthésiée par les restrictions imposées sous prétexte de lutte contre la covid-19, le gouvernement semble totalement paralysé, réduit au statut d’agence d’exécution. Tout se passe comme si la conduite de la politique relevait de la responsabilité d’officines. Spectatrice de ce dérèglement institutionnel, l’administration s’en trouve ankylosée, incapable de faire aboutir la moindre réforme. Bien entendu, les populations ne sont pas invitées à adhérer mais sommées de subir en silence : partout et sur tous les plans, les dirigeants donnent l’impression de vouloir faire leur bonheur malgré eux, sans justifier de la pertinence de leurs choix. Dernier exemple en date ? Les travaux en cours sur le front de mer de Libreville.

Lecture erronée de la situation

Rose Christiane Ossouka Raponda doit redonner au gouvernement et à l’administration leurs prérogatives et leur lustre d’antan. Pour elle, il est temps de se battre pour plus de transparence, de tolérance et de responsabilité. Pour le Gabon, il est urgent de revenir à l’esprit et à la lettre de nos institutions. Pour tout dire, il faut revenir à la normalité. Faut-il aussi changer de politique ? Faut-il persister à mettre en œuvre le Plan d’accélération de la transformation (PAT) ? Les zélateurs du régime le pensent. A leurs yeux, tout changement aurait valeur de renoncement à certains engagements, le gouvernement ayant conclu un accord sur trois ans avec le Fonds monétaire international (FMI). Autrement dit, s’étant notamment engagé à «réaliser un assainissement budgétaire (…) tout en protégeant la croissance, l’environnement et les populations les plus vulnérables», «consolider la stabilité et l’inclusion financière» et, «améliorer la gouvernance, promouvoir la lutte contre la corruption», le Gabon s’aliénerait la sympathie de ses partenaires en revenant là-dessus.

Pour autant, on peut nourrir quelques doutes sur l’impact de ce programme sur la gouvernance. Après tout, dans le passé, le FMI en a conclu d’autres sans faire évoluer le rapport de nos gouvernants à la chose publique et à l’intérêt général. De plus, il est temps d’adapter la gestion de la crise sanitaire à la réalité locale. Non pas pour faire la réclame des vaccins, mais pour se rendre à l’évidence : malgré la doxa dominante, la covid-19 n’est ni la principale préoccupation sanitaire des populations ni la première cause de mortalité au Gabon. Jusqu’à quand le gouvernement feindra-t-il de ne pas le savoir ? Fortement marquée par le maintien de «la stratégie de riposte contre la Covid-19», la première année d’Ossouka Raponda à la Primature a été un échec. En persistant dans une lecture erronée de la situation, la suite pourrait être une catastrophe. Pourquoi un tel entêtement ? La Première ministre y a-t-elle un intérêt particulier ? Peut-être. Pendant ce temps, le peuple continue de souffrir le martyr.

 
GR
 

4 Commentaires

  1. ISABELLE dit :

    Elle n’est pas 1er ministre, mais plutôt valet ou marionnette des Bongo. Pourtant, vous le savez. Les Bongo peuvent très se passer de 1er ministre. A quoi sert même ce poste ?

  2. Lavue dit :

    Pour les cancres, incapables de réfléchir et d’apporter des solutions efficaces aux problèmes des populations, le mimétisme aveugle est la meilleure façon de se dédouaner, de cacher leurs limites. Et puis quand on souffre en plus de légitimité (élection présidentielle 2016 reconnue par l’Union Européenne comme totalement biaisée), on s’efforce à s’attirer la bienveillance de la puissance coloniale en voulant paraître sérieux. Voilà ce que perçoit le peuple. Tout le sérieux supposé du Gouvernement ne s’exprime que sur la COVID-19. Pour les autres sujets, rien à faire allez voir ailleurs.
    Il y a également l’état de santé d’ALI BONGO, personne ne sait si ce Monsieur est encore capable d’analyse, de discernement logique. Que reste-t-il de son niveau intellectuel suite à l’AVC qui l’a sérieusement foudroyé? C’est pas en venant faire des lectures devant le parlement que cela témoigne qu’il est en possession de toutes ses capacités intellectuelles. Si tel n’est pas le cas, il ne fait aucun doute que c’est son épouse qui pilote, avec l’assistance des autorités françaises, la gestion du pays. Le fait que toute décision prise en France est systématiquement reprise au Gabon justifie cette assertion.
    A Cette incapacité au sommet, si vous ajoutez les irresponsables élus du PDG, qui cautionnent tels des moutons de pâture toutes actions du pilotage à vue du gouvernement, la messe est dite.
    Il est difficile de se fonder un espoir pour le pays dans ce contexte. La pauvre OSSOUKA a été choisie, certainement à cause de la mollesse et la fidélité supposées des femmes à l’endroit des tenants du pouvoir. On ne l’a pas choisi de manière anodine, détrompez-vous. N’attendez de cette dame aucune initiative qui aille à l’encontre des intérêts des maîtres qui l’ont installé à ce poste inutile.

    La politique c’est dure, mais parfois simple à comprendre.

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